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Canada | Dépistage aux frontières

Les immigrants porteurs du VIH ne constituent pas une menace

24 septembre 2000 (La Presse)

MONTREAL, 24 septembre 2000 (La Presse)

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par Silvia Galipeau

Les immigrants porteurs du VIH/sida ne constituent en rien une menace pour la santé publique des Canadiens. Une telle affirmation ne fait que renforcer l’idée que le virus est une maladie importée.

C’est du moins ce qu’affirment certains médecins et groupes de défense des personnes atteintes du VIH/sida, outrés par l’annonce de la ministre fédérale de la Citoyenneté et de l’Immigration, Elinor Caplan, la semaine dernière, laquelle a demandé à ses fonctionnaires de préparer un plan d’action pour imposer des tests de dépistage obligatoires aux nouveaux candidats à l’immigration. Si les tests s’avéraient positifs, interdiction d’entrée. "L’important, en abordant ce sujet, consiste à se préoccuper de la santé des Canadiens", déclarait la ministre mercredi dernier.

C’est faux, rétorquent médecins et intervenants. "Sur un plan épidémiologique", affirmait hier Alix Adrien, médecin conseil à la direction de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, "non, il n’y a pas de danger pour la population ou pour la sécurité des Canadiens de ne pas adopter de politique restrictive".

Une politique contre-productive

Pire, selon lui, une telle politique risque d’être contre-productive. "Cela renforcera l’idée que l’infection au VIH est une infection importée. Cela accroîtra un faux sentiment de sécurité".

Il s’est aussi avoué surpris de la déclaration de la ministre. "Je suis surpris que le Canada, qui veut jouer un rôle dans la lutte contre le sida à l’échelle globale, prenne une telle décision". La ministre de la Coopération internationale, Maria Minna, a plus que triplé la somme allouée à la lutte contre le VIH dans les pays en voie de développement, portant l’enveloppe totale à 120 millions de dollars pour les trois prochaines années.

Même déception de la part du Réseau juridique VIH/sida. "C’est très choquant. Ce n’est vraiment pas une bonne idée pour la seule raison que les immigrants ne représentent pas un risque pour la santé publique. On ne demande pas à tous les Canadiens de passer un test de dépistage. Pourquoi ? Parce que le VIH ne se transmet pas si facilement que ça. On peut se protéger", déclarait Ralph Jürgens, directeur général du Réseau.

L’exemple australien

Il favoriserait davantage une politique comme celle menée par l’Australie, qui, si elle impose un test de dépistage obligatoire, ne prend de décision que sur une base individuelle. "Il faut voir chaque cas individuel, le bien qu’il peut apporter à la société, le coût, etc.". Résultat : depuis l’adoption de cette politique en 1994, aucun candidat n’a vu sa demande de résidence permanente en Australie refusée, uniquement à cause du VIH.

Enfin, soulignait-il, la mesure prônée par la ministre Elinor Caplan va à l’encontre de la position de l’Organisation des Nations unies (ONU), laquelle précise dans son programme sur le VIH/sida que "la discrimination fondée sur l’infection au VIH dans le contexte de la réglementation applicable aux voyages, des conditions d’admission, des procédures relatives à l’immigration et à l’asile serait une violation du droit à l’égalité devant la loi". D’autres pays, les États-Unis entre autres, appliquent néanmoins déjà une telle loi.