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Chiffres du sida

Un nouveau rapport des Nations-Unies estime que plus d’un tiers des jeunes qui ont aujourd’hui 15 ans mourront du sida dans les pays les plus touchés

27 juin 2000 (ONUSIDA)

GENEVE, 27 juin 2000 (ONUSIDA)

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- Le VIH/SIDA provoque un renversement dramatique de la démographie, avec des conséquences sociales à long terme pour les nations les plus cruellement frappées
- Une augmentation massive des ressources est nécessaire pour réduire la propagation et l’impact de l’épidémie

La propagation continue du VIH dans les régions du globe les plus cruellement frappées, particulièrement en Afrique subsaharienne, provoque des hausses drastiques de la mortalité chez les jeunes adultes, après des années de déclin des taux de décès, et modifie de manière dramatique les structures démographiques dans les régions les plus touchées.

Si l’épidémie de VIH, le virus responsable du SIDA, se stabilise dans de nombreux pays nantis, ainsi que dans une poignée de nations en développement, les taux de prévalence du VIH chez les 15 à 49 ans ont désormais atteint ou dépassé 10% dans 16 pays, tous situés en Afrique subsaharienne.

Aussi élevés que soient ces taux, ils restent en deçà de la vérité pour ce qui est de l’impact démographique du SIDA. La probabilité de mourir du SIDA est systématiquement plus élevée que ne l’indiquent les taux de prévalence. De nouvelles analyses prudentes démontrent que c’est le cas même si les pays réussissent à diminuer de moitié le risque d’infection par le VIH dans les quinze prochaines années. Par exemple, dans les pays où 15% des adultes sont actuellement infectés, pas moins d’un tiers des jeunes qui ont aujourd’hui 15 ans mourront du SIDA. Dans les pays où les taux de prévalence chez les adultes dépassent 15%, le risque de mourir un jour du SIDA est encore plus grand, même en supposant, là encore, que les programmes de prévention réussiront à réduire de moitié le risque de VIH.

- Dans des pays tels que l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, où un cinquième ou un quart de la population adulte est infecté, le SIDA finira par emporter près de la moitié de tous les jeunes de 15 ans.
- Au Botswana, où environ un adulte sur trois est déjà infecté par le VIH - la prévalence la plus élevée du monde - pas moins des deux tiers des garçons qui ont aujourd’hui 15 ans mourront prématurément du SIDA.

Ces chiffres proviennent d’un nouveau rapport des Nations Unies, qui démontre que les tendances actuelles de l’infection à VIH auront de plus en plus d’impact sur les taux de mortalité des nourrissons, des enfants et des adultes, sur l’espérance de vie, et sur la croissance économique dans de nombreux pays. Le dernier Rapport sur l’épidémie mondiale de VIH/SIDA, qui contient notamment une mise à jour par pays sur l’épidémie mondiale, a été préparé par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), et distribué aujourd’hui en vue de la XIIIe Conférence internationale sur le SIDA qui se tient à Durban (Afrique du Sud) du 9 au 14 juillet.

S’exprimant à la sortie du rapport à Genève, Peter Piot, Directeur exécutif de l’ONUSIDA, a prévenu : « Le tribut payé au SIDA par les pays durement touchés modifie leur tissu économique et social. Le VIH tuera plus d’un tiers des jeunes adultes dans les pays où son emprise est la plus forte, et pourtant la riposte mondiale n’est encore qu’une fraction de ce qu’elle pourrait être. Pour faire face à cette crise, la lutte devra prendre une tout autre envergure. »

Les impacts démographiques à long terme menacent la stabilité sociale

Dans les pays en développement, où la transmission du VIH se produit principalement par les rapports sexuels non protégés entre hommes et femmes, la majorité des personnes infectées deviennent séropositives alors qu’elles sont dans la vingtaine ou la trentaine et, en moyenne, succombent au SIDA environ une décennie plus tard. En conséquence, la diminution de la main-d’[oe]uvre productive et l’accroissement proportionnel des citoyens qui appartiennent aux groupes les plus âgés et les plus jeunes - ceux qui sont le plus susceptibles d’avoir besoin d’assistance - contribuent de manière importante à l’instabilité sociale.

- Jusqu’ici, un total de 13,2 millions d’enfants de moins de 15 ans ont perdu leur mère ou leurs deux parents à cause du SIDA depuis le début de l’épidémie.

- L’épidémie sape l’enseignement de base dans certaines régions de l’Afrique : diminution des fonds nécessaires aux frais de scolarité, obligation pour les jeunes gens d’entrer plus tôt dans le monde du travail, et mort des enseignants bien avant l’âge de la retraite. En Côte d’Ivoire, 7 décès d’enseignants sur 10 sont dus au VIH. En 1998, la Zambie a perdu 1300 enseignants pendant les dix premiers mois de l’année - ce qui représente les deux tiers des nouveaux enseignants formés chaque année.

- L’agriculture, qui, dans de nombreux pays en développement, fait vivre jusqu’aux quatre cinquièmes de la population, est gravement désorganisée. En Afrique de l’Ouest, par exemple, on signale une réduction des cultures de rapport et des produits alimentaires.

- Le monde des affaires observe déjà l’impact du SIDA sur ses résultats. Dans une entreprise agricole du Kenya, les nouveaux cas de SIDA et les dépenses médicales se sont accrus en parallèle, décuplant en huit ans.

- La demande accrue de soins pour les maladies liées au VIH submerge les services de santé déjà débordés. De la Thaïlande au Burundi, des patients séropositifs pour le VIH occupent de 40% à 70% des lits dans les hôpitaux des grandes villes. Dans le même temps, le secteur de la santé voit disparaître de plus en plus de ses propres ressources humaines à cause du SIDA. Une étude en Zambie a révélé que les décès parmi le personnel hospitalier avaient été multipliés par 13, en grande partie à cause du SIDA, au cours d’une période de 10 ans.

« A cause du SIDA, la pauvreté va en s’aggravant en même temps que s’accroît la nécessité de déployer davantage de ressources pour freiner la propagation du VIH et soulager l’impact de l’épidémie sur le développement. Le moment est venu de faire la relation entre l’allégement de la dette et l’allégement de l’épidémie », a déclaré le Dr Piot. « Les pays en développement, qui supportent 95% du fardeau du VIH/SIDA, doivent au total quelque US$ 2 trillions. Mais l’Afrique reste la priorité, car c’est la région du monde où l’on compte le plus d’infections à VIH, le plus de décès, et la grande majorité des pays pauvres les plus lourdement endettés. »

« Les gouvernements africains paient quatre fois plus pour le service de la dette qu’ils ne dépensent actuellement pour la santé et l’éducation. Si la communauté internationale allège une partie de leur dette extérieure, ces pays pourront réinvestir les économies réalisées dans l’atténuation de la pauvreté et la prévention du SIDA et la prise en charge des personnes touchées. Sinon, la pauvreté continuera d’attiser les flammes de l’épidémie. »

Les taux d’infection toujours en augmentation dans de nombreux pays

En Afrique subsaharienne, où sévissent les épidémies les plus graves, l’ONUSIDA et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estiment que quelque 24,5 millions d’adultes et d’enfants vivent aujourd’hui avec le VIH, et que la proportion des personnes de 15 à 49 ans qui sont infectées par le virus est toujours en augmentation dans la plupart des pays. Dans des pays tels que le Cameroun, le Ghana et l’Afrique du Sud - où 4,2 millions de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH/SIDA, chiffre le plus élevé du monde - le taux de prévalence chez les adultes est monté en flèche de plus de la moitié ces deux dernières années.

Dans la totalité des pays de la région, les taux de prévalence du VIH chez les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont plus élevés - généralement deux ou trois fois plus élevés - que chez les jeunes hommes du même âge. Dans la tranche d’âge de 15 à 19 ans, le différentiel selon le sexe est encore plus prononcé. Les filles qui acceptent ou à qui l’on impose des rapports sexuels précoces sont particulièrement vulnérables à l’infection, non seulement parce que leurs organes génitaux n’ont pas encore atteint leur maturité, mais parce qu’elles ont souvent des partenaires plus âgés, qui ont plus de risques d’être infectés.

Sur les autres continents, l’épidémie n’a pas non plus perdu de son élan.

- Des programmes énergiques de prévention du VIH dans plusieurs pays de l’Asie et de l’Amérique latine ont, pour l’instant, permis d’endiguer la hausse massive des taux d’infection qui menaçait les hétérosexuels. Les rapports sexuels non protégés entre hommes et femmes contribuent toutefois à l’épidémie grandissante dans certains Etats très peuplés de l’Inde, où plus de 2% des 15 à 49 ans sont infectés. La transmission hétérosexuelle prédomine aussi dans les Caraïbes, où les Bahamas et Haïti ont des taux de prévalence chez les adultes plus élevés que partout dans le monde hors de l’Afrique.

- Le VIH se renforce parmi les consommateurs de drogues injectables et les hommes qui ont des rapports sexuels entre eux. Dans le monde entier, les consommateurs de drogues injectables continuent d’être exposés au virus, et à bien des endroits au moins une personne sur trois est infectée. Au cours des deux dernières années, l’augmentation relative de la proportion d’adultes vivant avec le VIH a été forte dans les pays baltes, mais le nombre d’infections est bien plus élevé et s’accroît encore dans la Fédération de Russie et en Ukraine, où près d’un adulte sur 100 est désormais infecté sur le plan national. Parmi les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, la prévalence du VIH est de 15-20% à de nombreux endroits et rien n’indique que le taux des nouvelles infections soit sur le déclin.

- Les décès dus au SIDA ont chuté de manière drastique dans les pays nantis et dans certaines régions de l’Amérique latine grâce à un traitement coûteux par des médicaments antirétroviraux. Toutefois, on a de fortes preuves que - par suffisance ou à cause d’autres facteurs - les comportements sexuels risqués sont en augmentation. A San Francisco, la proportion d’hommes gay signalant des partenaires multiples et des rapports sexuels anaux non protégés s’est élevée entre 1994 et 1998, parallèlement à la forte augmentation de la blennoragie rectale observée après des années de tendance à la baisse.

Des signes d’espoir, mais il faut étendre la riposte d’urgence et massivement

La situation globale est grave, mais le rapport de l’ONUSIDA présente de nouvelles informations qui démontrent une fois de plus que le monde n’est pas impuissant face à l’épidémie. Les pays qui, il y a des années, se sont attaqués à l’épidémie en utilisant des approches solides, récoltent aujourd’hui le fruit de leurs efforts sous forme d’une baisse des taux de VIH, ou de taux restés faibles et stables, d’une meilleure intégration des personnes déjà touchées par le VIH ou le SIDA, et d’une diminution des souffrances. Les pays qui ont adopté ces approches plus récemment peuvent s’attendre à constater bientôt des résultats similaires.

- Grâce à des campagnes d’éducation et d’information sur le SIDA, on observe une augmentation réjouissante - bien qu’elle ne soit en aucun cas suffisante - du nombre de jeunes qui utilisent toute la gamme des mesures de prévention : ils diffèrent le début de leurs premiers rapports sexuels, ont moins de partenaires occasionnels et ont des rapports sexuels protégés.

- Les pays en développement et les organismes donateurs considèrent de plus en plus les soins liés au SIDA comme un bon investissement ayant des bénéfices directs pour les séropositifs, ainsi que des retombées pour la prévention du VIH dans la communauté au sens large. Des initiatives concertées de toutes sortes vont dans le sens d’un meilleur accès aux soins et au soutien. En Amérique latine et dans les Caraïbes, par exemple, une enquête multinationale sur les prix payés pour les médicaments et les produits liés au VIH a révélé d’importantes différences de prix et permis d’obtenir des réductions par le biais de négociations avec des compagnies pharmaceutiques.

- Inspiré par le succès remporté par la campagne thaïlandaise, le Cambodge a lancé un programme pilote à Sihanoukville pour promouvoir « l’utilisation du préservatif à 100% » dans les rapports sexuels rémunérés. En tout juste deux ans, 65-75% des clients (militaires, policiers et conducteurs de motos-taxis) signalaient qu’ils utilisaient toujours des préservatifs avec des partenaires rémunérées - contre moins de 55% auparavant - tandis que des taux tout aussi élevés étaient signalés par les professionnelles du sexe travaillant dans des maisons de passe.

- L’expérience acquise au Malawi et en Ouganda démontre que les projets de microcrédit peuvent avoir beaucoup de succès même dans les communautés où les taux de prévalence du VIH sont élevés. Ces projets, qui consistent à accorder de petits prêts à des personnes qui désirent lancer une petite entreprise et qui semblent être à même de pouvoir rembourser, pourraient jouer un plus grand rôle pour soulager la pauvreté et atténuer l’impact économique du SIDA.

- L’utilisation du préservatif lors du premier rapport sexuel a augmenté d’une manière impressionnante au Brésil, où le gouvernement a joué un rôle actif dans la prévention du VIH, la prise en charge et la protection des droits des personnes affectées par le SIDA. En 1986, moins de 5% des jeunes hommes signalaient qu’ils avaient utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel. Ce chiffre atteignait presque 50% en 1999 - et parmi les hommes ayant un niveau d’éducation supérieur, il dépassait 70%.

- En Zambie, les nouvelles données de surveillance émanant de la capitale Lusaka indiquent que, parmi les filles enceintes âgées de 15 à 19 ans, la proportion d’infections par le VIH est tombée de près de la moitié au cours des six dernières années. Cela laisse espérer que la Zambie pourrait bien suivre l’exemple de l’Ouganda, où le déclin des taux d’infection chez les jeunes citadines a annoncé le revirement de l’épidémie. En Ouganda, le taux de prévalence du VIH chez les adultes sur le plan national a passé d’un pic de près de 14% au début des années 1990 à un peu plus de 8% aujourd’hui.

« De telles réalisations font que l’espoir reste vivant ; elles sont la preuve que le monde n’est pas impuissant face à l’épidémie », a déclaré le Dr Piot. « Mais jusqu’ici les résultats ont été dispersés ; ils n’ont pas été systématiques. Il faut tout faire pour changer partout le cours de l’épidémie, avec un accroissement massif des ressources émanant des budgets domestiques et de l’aide internationale au développement. »

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