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Financement de la lutte contre le sida

Démobilisation générale autour du dernier sidaction

7 juin 2000 (Libération)

PARIS, 7 juin 2000 (Libération)

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L’opération du week-end dernier n’a recueilli que 14 millions de francs.

Par Éric Favereau

Le financement privé de la lutte contre le sida en France est dans l’impasse. L’opération « Sida : 48 heures pour un vaccin », lancée le week-end dernier sur TF1, à l’initiative d’Ensemble contre le sida (ECS), n’a en effet recueilli que 14 millions de francs : 43 000 donateurs ont répondu à l’appel (1).

Un bilan médiocre. On est loin du million de donateurs des années 90. Depuis quatre ans, les sommes collectées par les dons privés n’en finissent pas de baisser. La démobilisation se ressent partout. Ainsi, la dernière opération conjointe de toutes les chaînes hertziennes remonte à novembre 1998 avec une soirée consacrée au disque Ensemble (Canal +, M6, TF1, France 2 et France 3). ECS avait alors récolté au total 99 millions de francs.

Lors des tout premiers Sidaction, les organisateurs avaient atteint plus de 200 millions de francs. « Comment ne pas se poser des questions, lâche Christian Saout, président de Aides. Faut-il s’habituer à ce que la lutte contre le sida collecte aussi peu d’argent ? Ou bien faut-il s’interroger sur la pertinence d’opérations de ce genre, coupées de la réalité du terrain ? » Pierre Bergé, président d’ECS, se refuse à dramatiser. « Quatorze millions, c’est une belle somme. Je suis très content de ce partenariat avec TF1. Mais, ajoute-t-il, je suis comme tout le monde, je regrette bien sûr la situation actuelle. Le sida s’est banalisé, les médias ont cessé de parler de la pandémie, répétant que le sida serait devenu une maladie comme les autres. Or, il y a urgence à continuer. Nous ne sommes pas là pour remplacer les pouvoirs publics, ils doivent faire leur travail. Malheureusement, ils ne le font pas. »

Un avis partagé par la présidente d’Act Up, Emmanuelle Cosse, qui met en cause également les médias : « Oui, c’est un mauvais résultat. Mais à qui la faute ? Les médias, les journaux n’en ont pas beaucoup parlé. Lorsqu’ECS a voulu monter une opération de collecte de fonds, il n’y a eu que TF1 qui a répondu présent. » Au final, l’inquiétude est identique : « Entre la diminution des fonds publics, la diminution des mécénats, c’est catastrophique pour la recherche, mais aussi pour les associations. On ne peut pas tomber plus bas. »

Aides, toutefois, analyse cette situation différemment : « Cela ne peut pas être toujours la faute des autres. Il y a des responsabilités, on ne peut pas les renvoyer que sur les médias et sur la faiblesse de l’engagement de l’Etat. Par exemple, cette année, il a été décidé de tout centrer sur le projet vaccin. Cela introduit une grande distance, on est loin du concret et de la difficulté de vivre que rencontrent les personnes touchées. ».

(1) Les dons sont possibles jusqu’au 11 juin. Par téléphone au 08.10.70.20.00, par le minitel sur le 36.15 TF1, ou encore sur le site www.tf1.fr