Skip to main content.

Drogues et réduction des risques (RDR)

La France comble son retard dans la lutte contre l’hépatite C

30 avril 2000 (Le Monde)

PARIS, le 30 avril 2000 (Le Monde)

1 Message | | Votez pour cet article

Les pouvoirs publics veulent tirer parti de la compétence scientifique acquise avec le sida. Un nouveau traitement devrait arriver très prochainement sur le marché

FAUT-IL alerter ou rassurer ? L’hépatite C, qui touche environ 500 000 personnes en France, peut paradoxalement être, selon les cas, une affection bénigne ou une affection des plus graves. Alors que l’hépatite A ne devient jamais chronique et que cette transformation ne survient que dans 10 % des hépatites B, 80 % des hépatites C passent à la chronicité, c’est-à-dire que l’on retrouve des virus en réplication dans le sang six mois après le début de la maladie.

Or c’est précisément une partie (15 % à 30 %) de ces hépatites C devenues chroniques qui peuvent évoluer vers la cirrhose. Se développant en moyenne pendant une vingtaine d’années (les délais d’évolution extrêmes vont de cinq à cinquante ans), la cirrhose associe une fibrose du foie et des nodules formés par des amas de cellules hépatiques, qui ne sont plus organisées selon une architecture normale. La cirrhose fait, une fois sur deux, dans les dix ans, le lit du cancer primitif du foie, ce que l’on appelle le carcinome hépato-cellulaire, qui survient donc chez 3 % à 7 % des personnes infectées par le virus de l’hépatite C (VHC).

« Ce n’est pas facile d’avoir un discours qui évite aussi bien de minimiser que dramatiser l’hépatite C », reconnaît le professeur Stanislas Pol (Service d’hépato-gastro-entérologie, hôpital Necker-Enfants malades, Paris). Une étude, publiée en février dans la revue américaine Annals of Internal Medicine (2000 ; no 132, p. 105-111), illustre bien cette difficulté. L. B. Seeff et son équipe ont pu avoir accès à des sérums sanguins prélevés à la fin des années 40 , et conservés à - 20 0C, chez plus de 9 000 militaires américains. Dix-sept cas de séropositivité pour le VHC ont été mis en évidence.

Sur ce petit effectif, « l’infection par le VHC, observée sur une très longue période, a, dans la majorité des cas - du moins lorsque la contamination a lieu à un âge jeune -, une évolution lente et n’est que rarement responsable d’une hépatopathie sévère. Ce résultat est tout à fait en accord avec ceux déjà obtenus sur des cohortes plus importantes », écrit le docteur Bertrand Nalpas (unité 370 de l’Inserm, hôpital Necker-Enfants malades, Paris) en commentant cette publication dans la revue française Transcriptase (avril 2000).

Mais il ajoute : « On ne doit certes pas sous-estimer le pouvoir délétère du VHC. Néanmoins, cette infection est plutôt perçue comme gravissime par ceux qui en sont atteints, peut-être en raison de la présentation qui en a été initialement faite par le corps médical, relayé par les laboratoires pharmaceutiques. Un discours plus rassurant devrait être proposé aujourd’hui et les stratégies de prise en charge devraient tenir compte des résultats obtenus en matière d’histoire naturelle [l’évolution de la maladie]. »

Un plan national de lutte contre l’épidémie d’hépatite C a été lancé le 22 janvier 1999 par Bernard Kouchner, à l’époque secrétaire d’Etat à la santé et à l’action sociale, avec pour objectif de parvenir, d’ici à 2002, à ce que 75 % des personnes infectées connaissent leur état et que 80 % des patients qui en ont besoin puissent accéder aux traitements. L’Etat consacrera 27 millions de francs à ses actions contre l’hépatite C en l’an 2000. Dans cet esprit, l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) a officiellement reçu mission, le 1er janvier 1999, d’élargir son champ de compétence à l’hépatite C.

Des effets secondaires

« Nous en sommes au quatrième appel d’offres pour des études visant, d’une part, à mieux connaître la maladie et, d’autre part, à évaluer les traitements, comme cela a été fait pour le sida, indique le professeur Michel Kazatchkine, directeur de l’ANRS . Nous devrions disposer de résultats d’ici environ un an. Tous ces projets sont mis en place en coordination avec le Programme hospitalier de recherche clinique afin d’éviter les redondances. Nous avons, à ce jour, engagé 45 millions de francs dans la recherche sur l’hépatite C. »

« Nous sommes confrontés à une infection fréquente, précise Stanislas Pol, même si l’une des principales sources de contamination, la transfusion sanguine, a été tarie et que la politique de réduction des risques en matière de toxicomanie devrait également abaisser cette fréquence. Surtout, nous disposons, à présent, de traitements de plus en plus efficaces, avec l’association interféron 2 alpha et ribavirine. » C’est dans ce domaine que les choses ont le plus évolué, rappelle le professeur Daniel Dhumeaux, chef du service d’hépato-gastro-entérologie de l’hôpital Henri-Mondor (Créteil).

« Grâce à cette association entre interféron alpha et ribavirine, nous avons une efficacité globale de 40 %, avec des réponses durables, qui persistent encore plus de six mois après l’arrêt du traitement. Pour les patients infectés par certains génotypes [sous-types] du VHC et ayant une charge virale faible, le taux de réponse peut monter à 65 %. » La durée du traitement varie de six mois à un an, selon le génotype du virus et la quantité de virus détectable dans le sang.

Ce traitement s’adresse, selon le consensus international de 1999, aux hépatites chroniques actives (modérées ou sévères, avec ou sans fibrose), aux hépatites aiguës, aux cirrhoses compensées, aux personnes coïnfectées par le VIH, aux transplantés et suppose l’arrêt de l’alcoolisme et de la toxicomanie. Ce traitement, qui est toujours démarré à l’hôpital par un spécialiste, mais peut à présent être renouvelé par le médecin de ville, est contre-indiqué en cas de grossesse.

Les effets secondaires du traitement ne sont pas négligeables. Après les injections d’interféron, il est courant d’éprouver des signes ressemblant à ceux de la grippe. Des nausées, une diarrhée, des douleurs abdominales ou articulaires, des éruptions cutanées, voire des manifestations dépressives, peuvent se produire. Médecins et patients attendent donc beaucoup de l’interféron pégylé, qui vient d’obtenir son autorisation de mise sur le marché, mais n’est encore disponible que dans le cadre d’une procédure exceptionnelle à l’hôpital. Il s’administre au rythme d’une injection par semaine. « Ses résultats sont supérieurs à ceux de l’interféron classique dans une proportion de trois à un », indique Daniel Dhumeaux. Des études préliminaires ont été entamées pour évaluer l’efficacité qu’aurait son association à la ribavirine.

Ces progrès modifient le contexte du dépistage de l’hépatite C. Au moins une personne infectée sur deux ignore qu’elle est porteuse du virus. L’exemple du sida a bien montré que l’existence d’un traitement efficace (beaucoup plus efficace dans le cas de l’hépatite B, où les véritables guérisons sont possibles) est une excellente incitation au dépistage. Quant à l’épineux débat sur l’indemnisation des personnes contaminées par transfusion sanguine, il est censé trouver une réponse avec le projet de loi portant modernisation du système de santé, que le conseil des ministres pourrait examiner avant la fin du mois de juin.

Paul Benkimoun

La coïnfection par le VIH et le VHC

« Que ce soit dans le domaine du dépistage, de la prévention ou de la prise en charge en ville et à l’hôpital, il existe une expérience notable acquise par les médecins suivant des patients infectés par le VIH », souligne le docteur Gilles Pialoux (service des maladies infectieuses, hôpital Rothschild, Paris). L’étude qu’il a conduite dans 46 hôpitaux sur 990 personnes séropositives pour le VIH et dont la sérologie VHC était connue dans 95 % des cas établit que 33,5 % des personnes infectées par le VIH l’étaient également par le VHC. Les buveurs représentaient 29 % de ces malades.

« Ce travail a également montré que les patients coïnfectés par le VIH et le VHC sont, à l’heure actuelle, encore insuffisamment pris en charge sur les plans diagnostique et thérapeutique, insiste le docteur Pialoux. Seulement 56 % des hépatites modérées ou sévères sont ou ont été traitées ».

200 à 350 millions de personnes infectées

En France, 500 000 personnes environ (400 000 à 700 000 selon les sources) sont infectées par le virus de l’hépatite C (VHC). L’Organisation mondiale de la santé estime que 1,1 % de la population française est touchée.

Dans le monde, de 200 à 350 millions de personnes sont porteuses du VHC. Les pays du tiers-monde sont les plus touchés ; Egypte (18,1 % de la population), Rwanda (17 %), Cameroun (12,5 %), Bolivie (11,2 %), Burundi (11,1 %), Guinée (10,7 %), Mongolie (10,7 %). En Europe, France exceptée, les chiffres sont relativement bas : Suède (0,003 %) ; Royaume-Uni (0,02 %) ; Allemagne (0,1 %) ; Suisse (0,2 %) ; Italie (0,5 %) et Espagne (0,7 %). Aux Etats-Unis, ce pourcentage est de 1,8 %.

En France, entre la moitié et les deux tiers des porteurs du VHC ignorent leur séropositivité, alors que, pour le VIH, on estime à 80 % le nombre de séropositifs dépistés. Chaque année, de 15 000 à 20 000 cas sont découverts et environ 5 000 contaminations nouvelles se produisent.

Les modes de contamination sont essentiellement : la voie sanguine (transfusion, avant le renforcement de l’hémovigilance, et toxicomanie par voie intraveineuse, ce qui est devenu le mode le plus fréquent) ; la toxicomanie par voie transnasale, qui favorise, en fragilisant les muqueuses, la transmission ; les endoscopes mal stérilisés. Quant à la contamination par voie sexuelle, elle est possible, mais rare, tout comme la transmission de la mère à l’enfant lors de l’accouchement .

Le risque résiduel de contamination lors d’une transfusion : 1 cas pour 220 000 dons du sang (650 000 pour le VIH).

Parmi les facteurs aggravants, on distingue le sexe masculin, l’âge avancé lors de la contamination, la consommation chronique d’alcool (à partir de trois verres de vin quotidiens).

Selon une enquête nationale du Réseau national de santé publique de 1994, un antécédent de transfusion sanguine est retrouvé chez 37 % des contaminés, une toxicomanie, souvent ancienne, dans 23 % des cas et une autre cause potentielle (hospitalière, professionnelle ou familiale) dans 19 %.

Forum de discussion: 1 Message