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Diabète | Prisons

Diabétiques en prison : un moindre accès aux soins

17 avril 2000 (Quotidien du Médecin)

PARIS, le 17 avril 2000 (Quotidien du Médecin)

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La prise en charge des patients diabétiques insulinotraités dans les prisons françaises est mal connue. Une équipe dijonnaise a réalisé une enquête auprès de l’ensemble des maisons d’arrêt françaises pour évaluer la prévalence du diabète insulinotraité, sa prise en charge et le nombre d’épisodes aigus nécessitant une hospitalisation. Les impératifs de sécurité ainsi que le manque de formation du personnel limitent les possibilités de prise en charge, en particulier l’autosurveillance et l’autocontrôle chez ces patients, par ailleurs fragilisés.

CINQUANTE-QUATRE MILLE personnes sont détenues en France, avec une forte prévalence de troubles psychologiques, de toxicomanie et d’infection à VIH. Parmi les détenus, la prévalence du diabète insulinotraité et ses contraintes sont mal connues. Une enquête par questionnaire envoyé à chaque responsable médical des maisons d’arrêt françaises a été réalisée. Sur 163 questionnaires envoyés, 113 ont été retournés. Ces questionnaires portaient sur la période juin 1998-juin 1999 : 60 % des prisons avaient au moins un diabétique insulinotraité, avec une prévalence de 0,42 %. La moyenne d’âge des diabétiques insulinotraités emprisonnés est de 44 ans. La plupart des diabétiques font au maximum deux injections - un traitement intensif (trois ou quatre injections quotidiennes) n’étant réalisé que dans 23 % des cas.

Les glycémies capillaires

Dans la prise en charge du diabète insulinotraité, l’autosurveillance est fondamentale. La majorité des diabétiques a une ou deux glycémies capillaires par jour. Celles-ci sont réalisées dans 44 % des cas à l’infirmerie aux heures de présence du personnel, ce qui ne correspond pas toujours au moment le plus adapté pour pouvoir réguler les doses d’insuline. Seulement 56 % des détenus disposent de leur lecteur de glycémie en cellule. Ils ne sont plus que 38 % à avoir leur matériel d’injection. Cela peut aussi se comprendre pour des impératifs de sécurité et en raison de la forte prévalence de toxicomanie. Des centres de détention acceptent plus facilement de garder le matériel d’injection en cellule lorsqu’il s’agit de stylos plutôt que de seringues.

Quarante pour cent des diabétiques n’ont pas de régime spécifique. Seul un sur deux a accès à une consultation spécialisée en diabétologie, mais, dans 81 % des cas, sans difficultés.

Le pourcentage de détenus qui ont bénéficié, l’an dernier, d’un dosage d’hémoglobine glyquée est de 80 %, un examen ophtalmologique de 72 % et un dosage de micro-albuminurie de 47 %, ce qui est globalement proche de la moyenne nationale. Le taux d’hémoglobine glyquée moyen est de 9 % dans cette population.

Les auteurs ont retrouvé 20 admissions hospitalières pour acidocétose et 14 pour hypoglycémies, ce qui, pour eux, paraît élevé, compte tenu du nombre moyen de diabétiques insulinotraités incarcérés.

Durant cette année, il y a eu 42 cas de refus d’injection d’insuline. La santé est un moyen de pression pour les problèmes judiciaires.

Les recommandations spécifiques américaines

Globalement, pour les auteurs, les diabétiques insulinotraités emprisonnés ont une moindre autonomie de prise en charge, surtout en ce qui concerne l’autocontrôle et les difficultés à bénéficier d’un traitement intensif en raison des problèmes de conservation du matériel d’injection et des heures de présence du personnel. Le nombre de consultations spécialisées est également insuffisant.

Les inégalités sociales sont aggravées par la prison, car lorsque le prisonnier a de l’argent, il « cantine », ce qui lui permet d’améliorer ses repas. L’éducation du personnel vis-à-vis du diabète est également notoirement insuffisante. L’Association américaine des diabétiques édite des recommandations spécifiques pour les personnes incarcérées. Les auteurs suggèrent à l’ALFEDIAM*, organisme francophone, d’en faire de même.

Dr Jean-Michel BORYS

D’après une communication de J.-M. Petit, J.-M. Brun (CHU de Dijon), réunion Diabète Grenoble 2000.

* Association de langue française pour l’étude du diabète et des maladies métaboliques.

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