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Hémophilie | Sang contaminé

Le combat victorieux d’Alain, hémophile, contaminé par le sida

7 mars 2000 (Le Monde)

PARIS, le 7 mars 2000 (Le Monde)

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CHAMBÉRY de notre correspondant

Il tient à conserver l’anonymat. A l’issue d’une longue procédure judiciaire, Alain vient d’obtenir la condamnation de la Croix-Rouge locale et du centre départemental de transfusion sanguine de Chambéry, jusqu’à présent « épargnés » par l’affaire du sang contaminé. Il veut faire savoir aux hémophiles savoyards, qui, comme lui, ont été infectés au début des années 80, qu’ils peuvent obtenir réparation. Depuis qu’il a appris sa séropositivité en 1986, puis, en 1991, qu’il était aussi atteint de l’hépatite C, Alain, âgé de quarante ans, mène en solitaire un combat contre la mort et contre l’oubli.

Traité à l’Espoir, un centre de la Croix-Rouge aujourd’hui fermé, Alain, hémophile, avait appris l’autoperfusion qui lui permettait de vivre une existence normale et d’exercer un métier d’employé de banque. Il s’approvisionnait directement au centre de transfusion sanguine de Chambéry (Savoie), où lui étaient délivrés, sur prescription médicale, les produits anticoagulants nécessaires. En mars 1986, sa vie bascule. Son médecin traitant lui indique qu’un prélèvement sanguin effectué en juin 1985 révèle qu’il est porteur du virus du sida.

Une volonté extraordinaire

Alain estime que ce dernier ainsi que le directeur du centre de transfusion sont responsables de sa contamination. Mais les deux médecins ne seront pas poursuivis. La plainte pour « empoisonnement » qu’Alain dépose fin 1992 entraîne certes l’ouverture d’une information contre X... pour « non- assistance à personne en danger et blessure par imprudence ». Mais une ordonnance de non-lieu - pour cause de prescription - est rendue par le juge d’instruction, confirmée par la cour d’appel en 1996 puis par la Cour de cassation un an plus tard.

Dans un arrêt rendu le 5 janvier, la chambre civile de la cour d’appel de Chambéry reconnaît néanmoins la responsabilité de la Croix-Rouge et du centre de transfusion sanguine de Chambéry, condamnés « in solidum » à verser quelque trois millions de francs de dommages-intérêts. La cour souligne qu’à partir de 1983 la grande majorité du corps médical et les centres agréés ne pouvaient ignorer le risque de contamination par des transfusions sanguines utilisant des produits non chauffés. Elle précise également que, bien qu’informée des risques, l’équipe médicale de l’Espoir a continué à prescrire ces produits entre 1983 et 1985.

« L’argent obtenu ne gommera jamais les blessures infligées et la vie ! », remarque toutefois Alain, qui s’est marié en 1991, mais ne pourra jamais avoir d’enfant. « Il est de plus en plus fatigué et ne peut plus travailler. Mais il a une volonté extraordinaire », commente son avocat, Me Michel Jugnet. Pour Alain, son combat est aussi celui de tous les hémophiles de Chambéry. « Nous étions cent dix- sept, plus de la moitié a été contaminée. Combien sont encore en vie aujourd’hui ? »

Philippe Révil

Le Monde daté du mardi 7 mars 2000

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