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Drogues et réduction des risques (RDR)

Drogues : les structures d’aide font face à l’hostilité des riverains

9 octobre 1999 (Le Monde)

PARIS, le 9 octobre 1999 (Le Monde)

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Créées dans le cadre de la politique de réduction des risques, ces « boutiques » permettent d’améliorer la situation sanitaire et sociale des drogués et de limiter les décès par surdose. Malgré leur utilité, elles sont parfois mal acceptées dans les quartiers où elles sont implantées.

LA POLITIQUE de " réduction des risques ", qui consiste à aider les toxicomanes afin de limiter les décès par surdose et la contamination par les virus du sida et des hépatites, connaît des difficultés croissantes sur le terrain. Certaines de ces structures qui fournissent un accueil sanitaire et social aux usagers de drogue sont confrontées à l’hostilité d’une partie de la population des quartiers où elles sont implantées.

Samedi 9 octobre, devait ainsi avoir lieu, dans le 18e arrondissement de Paris, une manifestation de riverains demandant à l’Etat d’assurer la sécurité publique autour de deux structures d’accueil pour toxicomanes : la Boutique, ouverte par l’association Charonne, et le Sleep-in, de SOS-Drogue international (SOS-DI) (lire ci-dessous). Les plaintes pour nuisances déposées par l’association Olive 18 et les copropriétaires d’un immeuble voisin sera examinée par le tribunal de grande instance de Paris le 5 novembre.

A Montpellier, la Boutique gérée par SOS-Drogue international est, elle aussi, visée par une plainte de copropriétaires. " Dans un premier temps, raconte Jean-Marc Borello, directeur de SOS-DI, la justice a donné raison à la partie civile en estimant que la Boutique portait atteinte au standing de l’immeuble. Nous avons interjeté appel et attendons une nouvelle décision au début 2000. " Au printemps 1998, la Boutique de la rue Beaurepaire, dans le 10 S,e- arrondissement parisien, qui fonctionne toujours, avait été assignée en justice par une association de riverains avant même son ouverture.

Services sanitaires

Mise en oeuvre par la France deux ans après ses voisins européens, la politique de réduction des risques liés à l’usage de drogue se concrétise notamment par des structures comme les boutiques ou les " sleep-in ". Ces lieux d’accueil permettent aux toxicomanes de se procurer des seringues stériles et des préservatifs, mais leur offrent également des services sanitaires tels que des douches et des lave-linge. Des médecins et des travailleurs sociaux y sont présents afin de les prendre en charge. Cette politique amorcée avec la vente libre des seringues, en 1987, a permis, selon la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), de faire passer le nombre de surdoses de 564 en 1994 à 143 en 1998. Elle a également permis de limiter le nombre de nouveaux cas de sida.

Les responsables de ces structures ne nient pas les nuisances liées à la présence de consommateurs de crack, notamment dans le 18 S,e- arrondissement de Paris, mais ils répliquent que les structures sont précisément implantées là où sont les toxicomanes. " Le trafic de drogue n’est pas une nouveauté dans l’arrondissement ", souligne d’ailleurs le commissaire divisionnaire Roland Maucourant, chef du 3 S,e secteur de Paris. Les toxicomanes se sont regroupés dans le quartier Marx-Dormoy après l’évacuation de la " scène du crack parisien ", place Stalingrad. " La stratégie de la police est de rendre la présence des toxicomanes la plus supportable possible pour les riverains par la dilution des regroupements, ajoute le commissaire. Ils sont passés de plusieurs centaines d’individus à Stalingrad à quelques dizaines d’individus. Nous intervenons lorsqu’il y a transaction, comme le prévoit la loi. "

Le procureur de la République de Paris, Jean-Pierre Dintilhac, qui entend appliquer davantage l’injonction thérapeutique qui permet à l’usager de drogue de ne pas aller en prison s’il accepte une cure de sevrage, souligne que ces difficultés ne surviennent pas uniquement avec des structures d’aide aux toxicomanes mais avec " toutes celles accueillant des populations marginalisées ou considérées comme à problème ".

Plan triennal

Pour Perlette Petit, directrice de l’association Charonne, qui gère entre autres la Boutique du 18 S,e- arrondissement, " C’est en ouvrant plusieurs structures simultanément et non en les créant une par une qu’on évitera de créer le sentiment de constituer des ghettos. "

De fait, les lieux d’accueil pour toxicomanes sont en nombre insuffisant et le plan triennal du gouvernement entend les multiplier (lire ci-dessous). Le gouvernement a affirmé à plusieurs reprises son attachement au renforcement de la politique de réduction des risques : en juin, Lionel Jospin a présenté un plan triennal dont elle était l’un des axes principaux. Quant à la garde des sceaux, Elisabeth Guigou, elle en a rappelé l’importance dans une circulaire aux parquets du 17 juin. Enfin, le premier ministre l’a confirmée dans une lettre adressée aux préfets, publiée au Journal officiel du 17 septembre.

Certains départements restent cependant réticents face à cette politique. " Il y a des conseils généraux et des municipalités qui freinent l’ouverture de nouvelles structures ou qui ne défendent pas les structures existantes ", souligne Bertrand Lebeau, ancien responsable du programme méthadone de Médecins du Monde. Pour soutenir ces structures, la présidente de la Mildt, Nicole Maestracci, rappelle dans une lettre datée du 24 septembre au président de l’association Charonne que si elles sont " gérées par des associations, personnes morales de droit privé, elles sont entièrement financées et contrôlées par l’Etat ". " L’association que vous présidez exerce donc dans ce domaine une mission de service public ", conclut-elle. S’ils saluent les avancées accomplies et l’action actuelle de la Mildt, beaucoup des intervenants en toxicomanie aimeraient voir mieux garantie la pérennité de leur action de santé publique. Comme l’affirme Gérald Sanchez, membre de la commission toxicomanie d’Act Up et habitant du quartier La Chapelle à Paris, " l’Etat ne doit laisser aucune marge de manouvre aux instances qui voudraient remettre en cause l’existence même des structures de réduction des risques. "

P. Be.

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