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Chiffres du sida

Recul du sida : les immigrés laissés pour compte

13 août 1998 (RFI)

PARIS, le 13 août 1998 (RFI)

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PARIS, le 13 août 1998 (RFI) — Une fois parvenus dans les pays industrialisés du Nord, les pauvres du Sud ne bénéficient pas pour autant des moyens de prévention et des traitements qui y sont disponibles. Etat des lieux.

L’association Migrants contre le sida (MAHA) résume la situation : "Nous restons une partie du tiers monde, même si nous vivons dans le ventre de la bête, au coeur du Nord nanti". Les populations immigrées, affirme de son côté la sociologue britannique Mary Haour-Knipe "sont souvent exclues des efforts de prévention du sida et doivent faire face à de graves difficultés d’accès aux soins. Ces situations favorisent un climat de malentendus et de méfiance, aussi bien du côté des populations vulnérables que chez ceux et celles qui voudraient les aider".

Partout dans les pays occidentaux, l’épidémie de sida recule. Mais au creux de ces sociétés, les communautés immigrées ou minoritaires restent à la traîne. Aux Etats-Unis, la diminution de la mortalité due au sida a été de 54 % entre 1996 et 1997 dans la population blanche alors qu’elle a plafonné à 37 % chez les Noirs.

En France, le nombre de nouveaux cas de sida est passé de 5 631 en 1994 à 3 043 nouveaux cas déclarés en 1996. Les étrangers représentent 14 % de ces nouveaux cas et plus grave, leur proportion a augmenté de 10 % en 1997. Autre chiffre alarmant, 42 % de ces étrangers vivant en France n’ont découvert leur séropositivité qu’à l’apparition de la première infection opportuniste, c’est-à-dire une fois la maladie déclarée, contre 21 % des Français.

Aucune protection sociale

Il ne faut pas croire que ces chiffres ne concernent que les immigrés en situation irrégulière ; même avec des papiers en règle et même pour certains naturalisés français, constate MAHA, l’accès aux soins demeure problématique. Pour le démontrer, il suffit d’observer ce qui se passe dans les centres de soins gratuits où 62 % des consultants sont immigrés ou d’origine étrangère ; parmi eux, 77 % n’ont aucune protection sociale selon un rapport du Haut Comité de Santé publique (1997).

Mais c’est dans la communauté africaine vivant en France que le manque d’information et d’accès aux nouveaux traitements est le plus flagrant : la baisse du nombre de nouveaux cas n’y est que de 12 % alors qu’elle est de 38 % chez les Maghrébins. Ces données ont été recueillies par le Réseau national de santé publique (RNSP) qui conclut dans un récent rapport concernant la population étrangère touchée par le sida vivant en France "à quel point son accès au dépistage est tardif et sa prise en charge aléatoire".

Ce rapport montre à l’évidence qu’entraînés par le mouvement associatif, les professionnels de la santé publique prennent enfin en compte la spécificité des groupes immigrés. Jusqu’en 1996, le Réseau national de santé publique ne publiait aucun chiffre sur le sida parmi la population étrangère de crainte de stigmatiser les groupes concernés.

Les associations d’immigrés souhaitent maintenant poursuivre ce travail avec les instances de santé publique liant immigration et sida, à travers la confrontation des données existantes sur la réalité sociale de ces malades en marge des avancées thérapeutiques.

Claire Viognier

Source : http://www.rfi.fr/fr.txt/Kiosque/Mfi/Sante/130898-1.html