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Chiffres du sida

Le sida s’installe dans les banlieues d’Ile-de-France

3 février 1998 (Impact médecin)

PARIS, le 2 mars 1998 (Impact Médecin)

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37 % des cas de sida sont déclarés en région parisienne où les hôpitaux prennent en charge plus de 45% des personnes atteintes par le VIH.

« Le sida est une épidémie urbaine. Il n’est pas étonnant que Paris et sa banlieue, avec leurs 10 millions d’habitants, concentrent les cas de sida », constate le Dr Jean-Baptiste Brunet, directeur du Centre européen sida (Ceses).

Selon l’observatoire régional de la santé (ORS) de l’Ile-de-France, cette région compte environ 37 % des cas de sida en France. A elle seule, l’AP-HP prend en charge 30 % des cas de sida en France. Cependant, comme le souligne l’association Aides Ile-de-France, qui organisait hier un Forum sida urgence banlieues, si l’épidémie semble stationnaire dans la capitale, elle augmenterait de manière préoccupante dans les villes de la petite couronne parisienne (+30 %) et surtout de la grande couronne (+70 %). Cette dernière comptait, en 1996, 22 % des cas de sida déclarés.

La Seine-Saint-Denis est le seul département de France où le nombre de cas continue d’augmenter, malgré les récentes avancées thérapeutiques. « Dans le contexte d’un rééquilibrage de l’offre de soins, il est normal que plus de personnes soient traitées en banlieue », explique France Lert, chercheur à l’Inserm.

Ce glissement vers la banlieue des personnes touchées par le VIH s’accompagne d’une modification de leur profil. Selon le dernier rapport de l’ORS de l’Ile-de-France, le pourcentage de personnes contaminées par relations hétérosexuelles est passé de 22 % en 1993 à 35 % en 1996. Ce mode de transmission est donc devenu aussi important que la contamination par voie homosexuelle et pourrait même le dépasser en 1998. Quant aux femmes, leur part dans la population totale des personnes atteintes par le virus ne cesse d’augmenter (24 % en 1996).

Ces phénomènes interviennent dans un contexte généralisé de précarisation des personnes infectées. « Les personnes exclues, sans domicile fixe, ne peuvent entamer de traitement sérieux, explique le Dr Didier Jayle, directeur du centre régional d’information et de prévention du sida (Crips). Lutter contre la maladie implique de s’attaquer préalablement aux problèmes sociaux. » Face à cette nouvelle population d’exclus, plus fragilisée et plus hétérogène que la précédente, l’offre de soins et les campagnes de prévention ne semblent pas toujours adaptées.

A l’exception des réseaux VIH-toxicomanie (Paris-Nord et Paris-Sud) qui interviennent sur le terrain, la densité médicale en banlieue parisienne est nettement inférieure à la moyenne nationale.

Pour les femmes résidant dans ces banlieues difficiles, il n’existe que quelques gynécologues spécialisés qui font partie des réseaux ville-hôpital.

Pour Tim Greacen, président d’Aides Ile-de-France, il faut désormais, dans le cadre de la réforme hospitalière, imaginer un autre hôpital, plus « actif », qui irait, dans les quartiers sensibles.

Frédéric Chouraqui

La région se mobilise

Face au fléau du sida, la région Ile-de-France, par le biais du conseil régional, se mobilise. 5,2 millions de francs ont ainsi été affectés, pour son budget de fonctionnement, au centre régional d’information et de prévention du sida (Crips), et 4,5 millions pour la prévention du sida dans les lycées. En 1997, la région a également financé, à hauteur de 500 000 francs, l’association Arc-en-ciel. Par ailleurs, elle accorde d’importantes subventions aux appartements thérapeutiques et, dans le cadre du contrat emploi-région, à l’observatoire régional de la santé (ORS).

Plus de 2 000 malades

De décembre 1990 à juin 1993, le nombre de personnes infectées présentes dans les hôpitaux de la région Ile-de-France est passé de 1 976 à 2 471, s’est stabilisé en 1996 et a amorcé une diminution en 1997, avec 2 109 malades. L’Ile-de-France représente 37 % des cas de sida déclarés en France et regroupe aujourd’hui environ 47 % de la prise en charge VIH, contre 54 % en 1990.

A Paris, le nombre de personnes atteintes par le VIH suivies dans les hôpitaux a baissé cette année de 8 %, augmenté de 33 % dans la petite couronne et de 70 % dans la grande couronne. Les établissements de l’AP-HP assurent 63 % de la prise en charge francilienne.

Sur l’ensemble des personnes contaminées par le VIH, les hétérosexuels représentaient 22 % en 1993, 35 % en 1996. Les femmes contaminées représentaient 17,9 % des malades en 1989, 23,7 % en 1996.

Source : Ors IDF, Aides IDF.

Questions au Dr Isabelle Grémy, épidémiologiste à l’observatoire régional d’Ile-de-France

« La prévention devient plus difficile »

Impact quotidien. Comment expliquer cette explosion de l’épidémie en banlieue parisienne ?

Isabelle Grémy. Les chiffres actuels sont à manier avec précaution en raison du temps de latence, parfois important, entre l’apparition de la maladie et la déclaration obligatoire. Par ailleurs, si, il y a quelques années, plus de la moitié des cas de sida en France étaient concentrés sur la région parisienne, aujourd’hui, celle-ci ne représente plus que 37 % des cas nationaux. La progression de l’hospitalisation des cas de sida en banlieue relevée par Aides n’est cependant pas un phénomène aussi alarmant qu’il y paraît. Avec l’arrivée des trithérapies, les personnes sont soignées avant que la maladie ne soit déclarée. Le nombre de malades du VIH continue ainsi à augmenter, alors que la mortalité liée au sida est en pleine régression. En revanche, en raison des traitements, les hospitalisations sont de plus en plus longues. D’où des chiffres apparemment spectaculaires...

Quelle évolution constate-t-on dans le profil des catégories touchées par le VIH ?

La part des femmes et des hétérosexuels est plus importante. Cette nouvelle population regroupe désormais les partenaires d’homosexuels, de bisexuels, d’hétérosexuels, sans oublier les personnes originaires de zones endémiques. Ils sont, du coup, beaucoup plus difficiles à cerner.

Quels nouveaux problèmes ce phénomène soulève-t-il ?

Entre 1993 et 1996, on a constaté que les personnes atteintes par le VIH étaient moins diplômées, plus étanches aux campagnes de prévention et que leur hospitalisation était plus tardive. Ces populations sont, de manière générale, plus hétérogènes et socialement plus vulnérables que ne le sont les homosexuels. Pour les associations, les messages de prévention sont plus difficiles à mettre en place. Il arrive, en outre, que ces malades soient dispersés dans les différents services de l’hôpital, ce qui rend leur prise en charge moins efficace.

Entretien avec F. C.

Impact Quotidien numéro 1176 page Impact - 1033 mots.
TYPE : ARTICLE, INFOGRAPHIE