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Indignation après l’expulsion d’un Tunisien malade du SIDA

12 février 1997 (Quotidien du Médecin)

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MARSEILLE, 12 fév 1997 (Quotidien du Médecin) — L’association AIDES s’indigne du " double langage gouvernemental ", après l’expulsion d’un Tunisien malade du SIDA sous trithérapie. Son médecin, le Dr Bruno De Goer, indique que, faute de traitement, ce patient risque d’évoluer plus rapidement vers le SIDA et de développer des infections opportunistes.

Existerait-il un double langage gouvernemental en matière d’expulsion des malades du SIDA ? La question est posée par l’association AIDES, qui fait part de son indignation à la suite de l’expulsion, en fin de semaine dernière, d’un Tunisien de 39 ans, malade du SIDA et sous trithérapie.

En 1984, Ali B. a été frappé d’un arrêté d’expulsion à la suite d’une condamnation pour une affaire d’usage de stupéfiants. Pour raisons médicales, cet arrêté d’expulsion a été transformé en assignation à résidence dans le territoire de l’Isère. Afin de permettre à Ali B. de se soigner, des autorisations provisoires de séjour renouvelables lui ont été délivrées. La dernière en date allait jusqu’au 4 juin 1997.

Début février, le ministère de l’Intérieur a décidé d’abroger l’autorisation provisoire de séjour d’Ali B. et d’ordonner son expulsion. " Cette décision a été prise à la suite d’une décision de justice survenant à la suite de nouveaux délits perpétrés par cette personne ", affirme-t-on à la préfecture de l’Isère.

Vendredi dernier, Ali B. a donc été expulsé par bateau du port de Marseille. Arrivé à Tunis, il a indiqué que ses médicaments lui avaient été " confisqués " par les douaniers français. Il s’est aussi plaint de ne pas avoir pu prendre d’argent ni prévenir sa famille, qui vit à Paris.

Selon l’AFP, il a été pris en charge à Tunis par un médecin de la Santé publique tunisienne, qui devait le diriger vers un hôpital de la ville. Le jour de son expulsion, la direction générale de la Santé avait alerté les préfets des Bouches-du-Rhône et de l’Isère sur la " menace que ferait peser " sur Ali B. " L’interruption d’un traitement médical pour la pathologie grave dont il est atteint, traitement par trithérapie actuellement indisponible en Tunisie ". Cette mise en garde de la DGS est finalement restée vaine.

L’expulsion d’Ali B. est vivement critiquée par Bruno Spire, vice-président de AIDES-Provence. " En août, Alain Juppé a affirmé que des personnes atteintes de maladies graves ne seraient pas expulsées. Cet engagement a également été pris par le ministre de l’Intérieur, Jean-Louis Debré. On peut donc constater que le gouvernement adopte un double langage particulièrement scandaleux. "

Bruno Spire ajoute que l’absence, sur le territoire tunisien, de médicaments de trithérapie place Ali B. dans une situation médicale extrêmement grave. " La conférence de Washington a montré l’importance de la compliance des traitements et les risques de développement de résistance en cas d’interruption des soins. "

Un avis partagé par le médecin d’Ali B., le Dr Bruno De Goer, du service des maladies infectieuses de l’hôpital de Chambéry. " Ce patient, qui était effectivement sous trithérapie, court le risque d’évoluer plus rapidement vers le SIDA. Il risque aussi, faute de Bactrim, de développer des infections opportunistes. "

Le Dr De Goer indique qu’un autre de ses patients, lui aussi sous trithérapie, a été expulsé le mois dernier. " Deux patients expulsés en deux mois, cela commence à faire beaucoup. "

Pierre BIENVAULT

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