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Ali Ellatay | Cinéma et vidéo | Gaël Morel | Homosexualité

Deux visions sur l’homosexualité en terres d’exil

30 octobre 1997 (lemegalodon.net)

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Une chronique d’Ali Ellatay.

Lire également : Kamal T. Fizazi : les gays égyptiens ne sont pas la propriété des homosexuels blancs

Récemment sorti, le film Celluloïd Closet dissèque à coup de montages serrés, d’anecdotes décryptées et d’interviews, le combat des gays américains pour une représentativité digne à l’écran. Un beau travail sur la censure et l’art de la contourner, le culot de suggérer en alternance avec la honte d’avouer... avant l’audace d’y aller. Tout y est passé au scalpel sauf le plus grand des tabous : les couples « mixtes » comme on dit en France. Ou comment filmer un homme blanc qui aime un autre de couleur, issu d’une communauté minoritaire.

En Amérique, les gays attendent toujours leur « Devines qui vient dîner ce soir », et en attendant, les couples homos tolérés sont blancs. Pas plus d’un malheur à la fois semble être la devise à Hollywood. Dans le succès populaire « Philadelphia » de Jonathan Demme, le couple de star est certes mixte, un blanc (Tom Hanks) et un noir (Denzel Washington), mais ils ne forment pas de couple.

Ailleurs dans le vieux continent civilisé, les mentalités sont peut-être un peu moins bigotes, mais le résultat n’en est pas moins édifiant. Pourtant l’homosexualité a été un thème de prédilection pour des auteurs engagés, fermement décidés au passage de faire sauter tous les tabous, y compris ceux de la lutte des classes, du racisme et des deux à la fois, c’est-à-dire des rapports entre ancien colonisateur et ancien colonisé. Et là, pas de doutes : il y a deux écoles européennes diamétralement opposées. À l’avant-garde la « british », à la traîne la française.

En Angleterre, il y a des noirs qui tournent des films sur les gays, ce n’est pas rien. On peut discuter du travail d’Isaac Julien par exemple, mais il n’est pas inutile de rappeler que dans les autres pays européens on ne trouve même pas l’équivalent. Pas d’Isaac Julien turc à Berlin, pas d’Isaac Julien comorien à Marseille, pas d’Isaac Julien arabe à Paris. Pas de Hanif Koreichi non plus.

Quand l’irlandais Stephen Frears adapte My Beautiful Landrette, ça donne un film sans faux-fuyants : deux hommes s’aiment, deux cultures s’affrontent. Pendant ce temps-là en France, André Téchiné (Les Innocents, J’embrasse pas), Patrice Cherreau (L’Homme blessé) et Cyril Collard (Alger La Blanche et Les nuits fauves) représentaient les Arabes d’une manière paternaliste proche du ridicule : tous les jeunes protagonistes arabes sont beaux, physiquement plastiques, décoratifs. Ils sont là pour à la fois rassurer les bonnes consciences de gauche (les Arabes peuvent donc s’intégrer) et assouvir par un alibi culturel un fantasme cul douteux. Et dans tous les cas, l’arabe est en seconde position, dans le rôle de faire-valoir du héros. Car le héros blanc est antiraciste, bien sûr, son amant arabe ou noir est d’abord là pour ça.

Depuis les choses ne bougent pas. D’Angleterre nous arrive Beautiful Thing qui traite de l’homosexualité naissante chez deux ados qui tombent pour la première fois amoureux. Ils sont tous les deux blancs et issus de la classe prolo. La voisine noire d’à côté ne compte pas autant pour du beurre : le film, parfait, décrit tous les protagonistes avec une égale dignité pour chacun.

Samir in À toute vitesseRien à signaler en France, sinon le premier film du jeune Gaël Morel, acteur chez son maître Téchiné dans Les roseaux sauvages. À toute vitesse exhibe des corps d’ados arabes beaux à craquer, bons à baiser, et nécessaires pour la bonne conscience du héros toujours prêt à voler au secours du basané orphelin.

Les Français en sont encore au « beur is beautiful ». Ils adorent filmer des Français aimant des Arabes, des noirs, des métisses, mais ils ne savent toujours pas raconter la vie de leurs « protégés ». En fait, ils ne connaissent pas la culture des autres — de là à parler de partage de valeurs...

A quand un film avec un arabe pas forcément beau, pas du genre rassurant, qui trouverait le moyen d’imposer son point de vue avant de jouer à la bonne victime en quête du héros blanc ?

Signé : Ali Ellatay

Réponse de Gaël Morel reçue le 29 novembre 1999

En réponse à Ali sur son article concernant « À toute vitesse » : Je trouve votre lecture du film militante et aveuglée par une forme d’aigreur qui dépasse votre seul combat. La rancoeur et la jalousie sont universelles, comme vous nous le prouvez.

Et si en voyant mon film on se dit « Beur is beautiful », c’est tant mieux parce qu’en 95, on en était encore au voleur de voiture et racaille de cité. les soirées beurs homos, etc. sont arrivées bien plus tard. Quand au beur inquiétant dont vous pleurez l’inexistence ce n’est que le fait de votre inculture cinématographique. Moi, par contre, j’ai vécu et longuement séjourné au Maroc. Les débats sur avoir le droit de parler de quelqu’un qui n’est pas soi a déjà été soulevé par Minute, le journal FN, sur les mêmes arguments que vous à propos d’Alger la blanche.

Ce que je pense, moi, c’est que l’amour plus que la connaissance est la meilleure façon d’appréhender l’autre. Je suis un cinéaste et quand je filme Samir dans À toute vitesse, je ne filme pas LES BEURS de la même façon que lorsque je filme un blanc, je ne filme pas LES BLANCS.

Il est regrettable que vous vous serviez de cette association au but louable pour vous vautrer dans la rancoeur et la mauvaise fois nazillarde. Cher Ali, en tout « beur » que vous êtes votre plume est celle d’un petit nazillard.

En inventant Samir, je ne connaissais pas Rachid O. Lorsque ce dernier, Marocain vivant au Maroc, a vu ce film il s’est reconnu, avec l’histoire du livre etc.

De plus ce film a été vu et encensé par Les Matins du Sahara.

Essayer d’écrire sans revanchardise et haine de l’autre car dans l’histoire l’ignorant et le mépris de l’identité de l’autre c’est vous...

Gaël Morel

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Bonne conscience : Gaël Morel

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