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Téléphonie sociale

A travers le prisme de Sida-Info-Service

17 juin 1999 (L’Humanité)

PARIS, le 17 juin 1999 (L’Humanité)

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Lire notre article : Sida Info Service : la bonne volonté ne suffit pas

PARIS, le 17 juin 1999 (L’Humanité) — Sixième étage d’un petit immeuble situé à deux pas du Père-Lachaise. Sur les bureaux ou les étagères, un foisonnement de documentation ministérielle ou associative. Derrière les écrans bleus, des voix émergent et cassent l’ambiance feutrée. Les paroles, douces et rassurantes, émanent des "écoutants" de l’association Sida-Info-Service, SIS dans le jargon local. "Ici, vous êtes plongés dans une caisse de résonance !", ironise l’une d’entre eux. Une "caisse" confidentielle et gratuite (1) où viennent retentir des voix interrogatives, anxieuses, voire tétanisées.

Les questions, résumées anonymement par écrit, sont multiples. Certaines auraient pu être posées il y a cinq ans. Un appelant veut "l’adresse du centre de dépistage le plus proche". Un autre demande si "le sida peut, ou non, se transmettre par une fellation". D’autres appels sont plus dramatiques, tel celui qui demande si "on peut guérir du sida".

Souvent, les appels font suite à une prise de risques que l’on cherche à mesurer, comme la rupture accidentelle d’un préservatif. Ils montrent, aussi, que les rapports sexuels non protégés ont toujours cours. Ainsi cette jeune femme qui vient de rencontrer un nouveau petit ami "qui ne se protège pas". "Quelle attitude dois-je adopter ?", s’enquiert-elle en plein désarroi.

Malgré toutes les campagnes, 5 000 à 6 000 nouvelles contaminations ont lieu chaque année en France. Beaucoup des témoignages confiés à SIS montrent que l’information "a aujourd’hui plus de mal à passer", estime Jean-Louis, écoutant à Sida-Info-Service depuis 1991. "C’est presque normal, vu la raréfaction des campagnes de prévention", s’inquiète celui qui, à travers le prisme téléphonique de SIS, a vécu la période "d’euphorie" qui a suivi l’arrivée des multithérapies.

Au pôle parisien de l’association, le constat est presque unanime : les chiffres spectaculaires, "balancés sans ménagement ni précautions", sur la baisse de la morbidité et de la mortalité liées au virus ont généré des "effets pervers". "Le sida fait moins peur. Des personnes pensent encore que les traitements sont un remède miracle", précise Jean-Louis. Même son de cloche chez Thierry, écoutant depuis quatre ans : "Le soin et la guérison sont parfois confondus. Des gens s’imaginent même qu’ils peuvent redevenir séronégatifs après avoir été contaminés. Dans ce cas, notre rôle est de corriger ce dangereux amalgame. "Une image lui vient alors à l’esprit." Ces personnes se trouvent dans la position d’un trapéziste. Les médicaments forment une sorte de filet sur lequel ils comptent énormément. Avec ce filet, elles hésitent moins à faire des figures de haute voltige."

Valentin Lagares

(1) Sida-Info-Service : 0 800 840 800.