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Drogues et réduction des risques (RDR)

Collectif Stalingrad, pas Vichy : non à la traque des usagers de drogues

11 juin 2002 (Collectif anti-traque)

PARIS, 11 juin 2002 (Collectif anti-traque)

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Drogues : usagers de drogue citoyens face à la surenchère sécuritaire

Depuis septembre 2001, un "Collectif anti-crack" sévit dans notre quartier. Une alliance de riverains inhospitaliers et de commerçants gênés dans leurs affaires s’est mis en tête de faire la loi à Stalingrad et de décider qui avait le droit d’y vivre, et comment. Des escouades de "pères de famille" font la morale depuis des semaines aux usagers qu’ils trouvent dans la rue. Et s’en prennent maintenant aux lieux privés dans lesquels les drogues sont échangées puis consommées, instrumentalisant l’inquiétude des familles qui y vivent. La "chasse aux dealers" s’organise. Nous ne l’acceptons pas.

Nous n’acceptons pas qu’une sorte de police privée remette au goût du jour des pratiques qui rappellent davantage Vichy que Stalingrad : on mène l’enquête, on instruit le procès, on juge et on dénonce publiquement, on s’échange des informations et des noms entre "victimes de l’insécurité", on fait le tri entre bons et mauvais voisins, on se cherche des boucs émissaires.

Nous n’acceptons pas qu’une sorte d’église missionnaire se permette, depuis une ignorance à peu près complète de la réalité vécue par les usagers de drogues, de leur prêcher l’abstinence, en les tutoyant. Nos "pères de famille" se comporte en Pères blancs : ils voudraient eux aussi que leurs indigènes oublient qu’ils sont ici chez eux.

Nous n’acceptons pas la démagogie qui consiste à opposer les pauvres toxicomanes à leurs méchants dealers. Le rêve simpliste d’une "chasse aux dealers" escamote le vrai problème : il y aura des trafiquants et des lieux de vente clandestins tant que les drogues seront prohibées, c’est-à-dire tant que ceux qui en consomment n’auront pas d’autres possibilités d’approvisionnement. Faire la chasse aux dealers, en l’état de la législation, n’a pas d’autre effet que compliquer encore un peu plus la vie des usagers de drogues.

Nous n’acceptons pas le réflexe qui consiste à chasser hors de sa vue un problème dont on ne veut pas la solution, mais le simple éloignement. La fermeture de ce qu’ils appellent des "crackhouses" ne fera que déplacer les difficultés dans d’autres quartiers, sans les résoudre. Pour qu’il n’y ait plus d’usage ni dans les rues, ni dans les cages d’escalier, il faut ouvrir d’autres lieux : des lieux officiels et protégés où les usagers de drogues pourraient trouver les informations, l’aide sociale, le soutien médical et - pourquoi pas ? - les produits dont ils ont besoin, s’ils le souhaitent.

En somme, nous n’acceptons pas que le sentiment d’insécurité qui s’est emparé d’une partie des riverains accroisse l’angoisse de tous les habitants et l’insécurité réelle vécue par les usagers de drogues, déjà contraints à la clandestinité, harcelés par la police et la justice, exposés au risque de contamination par le sida ou l’hépatite, mis en danger par les produits frelatés que la prohibition met en circulation.

Nous exigeons donc des pouvoirs publics qu’ils fassent cesser cette chasse à l’homme, et des candidats aux législatives dans notre circonscription qu’ils s’en démarquent clairement. Nous invitons les habitants du quartier à ne pas laisser le champ libre au simplisme et à l’ inhospitalité.

Que le Collectif anti-crack se le tienne pour dit : l’indésirable, à Stalingrad, c’est lui.

Que les usagers de drogues du quartier se rassurent : ils sont les bienvenus parmi nous.

COLLECTIF STALINGRAD, PAS VICHY

Le Collectif anti traque est un collectif d’habitants des 10ème, 18ème et 19ème arrondissements.