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Drogues et réduction des risques (RDR)

Usagers de drogues par injection : 18 % partagent encore leur seringue

5 avril 2000 (Quotidien du Médecin)

PARIS, 5 avril 2000 (Quotidien du Médecin)

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Douze ans après la mise en vente libre des seringues, un utilisateur de drogues par injection sur cinq partage sa « petite pompe ».

L E décret de 1987 autorisant la vente libre des seringues a eu un impact globalement positif. Pour l’essentiel, cette offre est assurée par les pharmacies ; les programmes d’échange de seringues (PES) en fournissent quelque 10 %. Pourtant, en France, comme dans d’autres pays, la pratique du partage persiste.

La mise en commun du matériel de préparation et la réutilisation des filtres peuvent être des vecteurs potentiels d’infections par le VIH et les virus des hépatites B et C, comme en témoigne une enquête INSERM-Institut de veille sanitaire publiée par le « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » (1). Réalisée durant une semaine en 1998, elle porte sur 1 004 toxicomanes par voie intraveineuse ayant fréquenté 60 PES (2). Agées de 30 ans en moyenne, deux sur trois des personnes observées (trois hommes pour une femme) par J. Emmanuelli, F. Lert et M. Valenciano sont passées par la prison. 20 % sont contaminées par le VIH, 21 % par le VHB et 58 % par le VHC. Leur ancienneté dans la toxicomanie par injection est de dix ans. Plus de 730 « consomment préférentiellement » du Subutex, et quatre sur cinq ont pris ce produit de substitution, « au moins une fois, par voie intraveineuse ». Quant à la méthadone, associée à d’autres substances licites ou non, elle concerne 139 personnes parmi lesquelles 12 % se la sont « injectée, au moins une fois ». L’emploi de Skenan et de Moscontin concerne 17 % des sujets étudiés. Les benzodiazépines (14 %) sont surtout utilisées par les plus désinsérés, nombreux à se livrer au « partage ». Enfin, 13 % prennent du crack et se prostituent : ils partagent plus que d’autres leurs cuillère, eau ou filtre.

70 % mettent en commun leur matériel de préparation

Au total, au cours du mois précédant l’enquête, 18 % ont partagé une seringue et 45 % ont réutilisé la leur trois fois. Le partage chez les héroïnomanes et les cocaïnomanes est d’autant plus courant que les injections journalières sont répétées. La même tendance est observée chez les couples de toxicomanes. Quant à la mise en commun du matériel autre que la seringue, elle est constatée dans plus de deux cas sur trois (70 %). Au cours des six derniers mois, sur 80 % déclarant avoir eu des rapports sexuels, 60 % n’ont pas utilisé systématiquement le préservatif. En outre, 14 % se sont prostitués. Il s’agit principalement de femmes qui consomment du crack (25 %), des benzodiazépines (60 %) et de la méthadone (21 %). En définitive, concluent les trois spécialistes, ceux qui ont recours à des substances illicites sont plus exposés au partage de seringue et du reste du matériel d’injection. Les toxicomanes sous substitution, malgré quelques comportements déviants, se protègent plus, car ils sont mieux informés des risques.

Ph. R.

(1) N° 13, du 28 mars.

(2) Faisant partie des 76 PES dont l’activité représente 95 % des seringues délivrées par l’ensemble des programmes d’échange de seringue.

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