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Algérie | Sang contaminé

Lettre d’Algérie : le premier jour de Messaoud

29 janvier 2002 (Migrants contre le sida)

PARIS, 29 janvier 2002 (Migrants contre le sida)

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Algérie : conditions de vie et luttes des malades du sida

50 000 séropositifs en Algérie. Nous recevons de plus en plus de courriers de la part des malades de ce pays, alors qu’en France il est de plus en plus évident qu’une deuxième épidémie du sida frappe la communauté maghrébine.

À Messaoud, j’ai proposé de raconter son premier jour, pour les jeunes séropositifs de France et d’ailleurs.

Les premiers jours de Messaoud face au VIH

Cela va faire maintenant huit ans que je connais ma séropositivité. C’était dur d’admettre cette réalité les premiers jours.

Au début, je lisais les revues qui parlaient de la maladie du siècle. On disait que cette maladie touchait les homosexuels, les hémophiles, les habitants de Hawaï, etc. J’ai suivi l’affaire du sang contaminé en France à la télévision et dans le bulletin L’Hémophile de l’AFH (Association française des hémophiles) où plusieurs hémophiles sont décédés à cause du VIH.

Je me suis dit que j’étais peut-être concerné par cette affaire du sang en France. J’ai commencé à prendre mes gardes. J’évitai d’aller chez le coiffeur. Je me rasais à la maison. Je brûlais les jetables que j’utilisais ainsi que les kits de perfusions, surtout les épicrâniennes. Je ne laissai aucune trace. Je demandai aux infirmiers qui me piquer de mettre des gants lors des transfusions.

À l’hôpital de Beni-Messous (Ouest d’Alger)

Un novembre 1993. C’est lors d’une extraction dentaire que j’ai appris ma séropositivité. On me mit dans une chambre tout seul dans le service d’hématologie. Un examen est fait. On me prélève trois tubes de sang. J’entendais la femme de ménage chuchoter avec sa camarade sur moi. Je savais qu’elles parlaient de moi et il y avait quelque chose.

Le médecin du laboratoire de transfusion sanguine qui m’a appris ma contamination m’a demandé de l’accompagner vers son bureau pour parler de mon état de santé. Je lui ai dit : « C’est à propos du sida, je suis atteint. » Il m’a dit : « Oui, et il faut que tu le saches, tu es séropositif du Sida », en me donnant les précautions à prendre et à éviter.

Je quitte l’hôpital et je prends le bus vers le campus universitaire.

À l’université

À la mosquée de l’université, j’accomplissais mes prières de la journée que j’avais loupée, et j’ai pris un livre du Coran pour le lire les larmes aux yeux, et en commençant à me poser des questions. C’est la volonté de Dieu et il faut accepter ce destin. Je priais pour que personne ne connaisse ma contamination et que Dieu le Tout Puissant me guérisse.

Un camarade en filière de médecine ne cessait de m’embarrasser avec ces questions sur mon hémophilie et la contamination des hémophiles. Je faisais semblant qu’il n’y avait rien.

Mes idées

C’était la fin. Pas d’avenir. Je suis condamné. Pourquoi étudier ? Pourquoi vivre ? Attendre la mort d’une minute à l’autre. Ma vie était devenue sans goût. Je n’ai parlé à personne de ma séropositivité. Si j’en parlais ce serait comme un suicide et la fin pour moi et ma grande famille. À Bab El Oued

Tous mes médecins connaissaient ma séropositivité au CHU de Bab El Oued, Mustapha et Beni-Messous, mais personne na osé me le dire.

J’ai demandé plusieurs fois les résultats des dépistages. On m’a dit : tu es en bonne santé et les tests sont bons.

Heureusement que je ne me suis pas marié, ça aurait été pire.

Tu connais ta contamination, me dit un médecin. Les gens comme toi sont indemnisés en France. Il me donne une adresse et j’écris une lettre au FITH. Ils me répondent avec un formulaire à remplir. Après étude et vérification, il me propose une indemnisation.

J’ai hésité au premier temps à accepter leur offre. Que faire de cet argent ? Après j’ai accepté. Son collègue me dit « te voilà riche » ??!!!!!

Mon voyage raté

Je me suis rendu en France en 1997 en espérant trouver aide et un soutien moral à mes problèmes mais au fond il n’y a rien.

L’assistance sociale de la mairie où j’étais hébergé m’a accordé une carte de santé pour que je puisse me soigner temporairement. Le médecin de l’hôpital Necker ou je voulais être suivi refusa de me remettre une ordonnance des médicaments qui pourraient améliorer mon état de santé à condition que j’ai une prise en charge totale ou une assurance maladie.

La fête de l’Aïd approche.

Je perdais du temps en France. Mon visa périmé. Les vigiles-pirates dans tous les coins. Les lois de plus en plus dures. Je décide de retourner au bled et fêter l’Aïd à la maison autour de la famille.

Mon orientation

C’est mon médecin qui me donna une lettre pour l’hôpital d’El-Kettar. C’est le seul centre en Algérie où les malades du sida sont pris en charge, on vient de toutes les régions du pays même de Tamanrasset 2000 kilomètres au sud du pays. Il y a des femmes d’immigrants et leurs petits enfants touchés par la maladie. C’est malheureux pour ces innocents et innocentes.

Ils me donnent des rendez-vous et me font des tests qui étaient très satisfaisants.

Je ne me suis pas rendu aux dates des rendez-vous. Je me suis dit que j’étais en bonne santé et qu’il ne fallait pas éveiller le virus en prenant ces médicaments.

Mon hospitalisation

Tout allait bien quand j’ai eu des problèmes avec mon hémophilie. Vu la pénurie des facteurs anti-hémophilique en décembre 1999, je me trouve au lit sans pouvoir marcher. J’ai perdu mon appétit et des kilos bien sûr. Je ne voulais pas aller à l’hôpital, par crainte que ma famille apprenne ma contamination.

Je suis asymptomatique, disaient mes médecins. Je me trouve avec une diarrhée chronique qui a duré 7 mois. Je pesais environs 37 kilos à mon entrée à l’hôpital en mars dernier.

La trithérapie

Au mois de mars 2001, j’ai commencé à prendre les médicaments du sida. C’était dur au premier temps, mais avec l’encouragement et le soutien des médecins j’ai pris la décision de mener ce combat. Quelles que soient les contraintes. Au bout de 2 mois de traitement, j’ai récupéré ma forme et la balance atteignait les 55 kilos. J’étais sur une chaise roulante en sortant. Je n’étais pas autonome. Il fallait toujours quelqu’un auprès de moi. Après quelque mois je suis sur mes pieds mais pas comme avant.

À chaque sortie de l’hôpital, on n’arrête pas de me prévenir : « Il faut vous protéger et protéger votre partenaire ». Et ne pas se contaminer une deuxième fois.

Ma religion me protège.

Après la décision de prendre les médicaments, une nouvelle étape de ma vie a commencé. J’achète la trithérapie de France par l’intermédiaire d’un ami. Ces médicaments ne se vendent pas en Algérie.

Les séropositifs en France et les autres pays occidentaux, ont les écoutes et ont les soutiens. Ils ont des numéros verts où ils peuvent discuter et dire ce qu’ils ressentent.

Mes souhaits

J’ai 30 ans maintenant.

Je souhaite reprendre mes études et décrocher un diplôme universitaire le plus haut, et rencontrer une femme qui puisse me comprendre et partager sa vie avec moi. En fait, je hais le 1er décembre.

On croit qu’on avance dans la lutte du sida. Au contraire on recule. Mais on n’arrive pas à prendre des décisions durables concernant les libertés sexuelles, l’homosexualité et la drogue. Si on veut une prévention, même si un jour et je l’espère on trouve un vaccin contre le VIH, il y aura des maladies qui apparaîtront et plus terribles, croyez-moi, si on continue sur ce chemin.

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