Que peuvent faire les médecins ?
6 mars 2001 (Syndicat de la médecine générale (SMG))
PARIS, 6 mars 2001 (Migrants contre le sida)
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Le Collectif Migrants contre le sida est souvent sollicité par des soignants qui s’interrogent sur leurs pratiques auprès de patients issus de l’immigration. Aujourd’hui : quelques propositions simples à mettre en oeuvre, issues de notre intervention du 6 mars devant le réseau Ville Hôpital Aulnay 93.
- Refusez la dissociation entre suivi médical et social : un médecin doit prendre le temps et engager les moyens pour faire une évaluation globale de la situation sociale et sanitaire d’un patient. Il doit résister à la tentation de se décharger des droits sociaux sur le service social. Migrants contre le sida encourage les soignants à accompagner chaque patient aux caisses de sécurité sociale, dans les services sociaux des mairies, ou dans les pharmacies de ville.
- Apprenez à parler la langue de vos patients : tout médecin peut faire appel à un traducteur interprète formé sur le VIH. C’est au médecin ou à l’hôpital (et non au patient) de faire la démarche. Contact : Aziz Tabouri, ISM, programme financé par la DGS, 80 langages proposés, Tél. 01 45 35 73 73.
- Encouragez vos patients à rechercher leurs propres informations sur le VIH : La plupart des personnes séropositives, issues de l’immigration, qui prennent contact avec le Collectif ne connaissent ni leur taux de CD4 ni leur charge virale. Ce n’est pas du fait de leur culture, mais le résultat d’une interdiction de fait d’accès aux informations sur les traitements et la recherche. La rubrique médicale de l’émission de radio de MCS fournit régulièrement des informations fiables. Même si les revues subventionnées des associations classiques (Remaides, Action, etc.) sont très mal diffusées en banlieue, et malgré le fait qu’elles ne répondent pas directement aux préoccupations des malades d’origine arabe et africaine, elles sont gratuites et doivent être mises à disposition des malades.
- Apprenez à respecter vos patients : sachez que parmi les séropositifs issus de l’immigration il y a des personnes qui sont malades depuis longtemps, qui sont des autodidactes de l’évolution du virus, des médicaments, du suivi médical.
- Encouragez vos patients à vous manquer de respect : Le respect du médecin n’est pas culturel mais relève de l’autorité et du statut social (c’est-à-dire du pouvoir) que confère votre blouse blanche. C’est votre responsabilité de ne pas vous cacher derrière ce statut, mais de vous remettre en question, d’aborder avec franchise les choix thérapeutiques et leurs limites (effets secondaires, contraintes des prises, etc.).
- Refusez la logique d’austérité des consultations précarité, refusez de faire des économies sur le dos des patients les plus précaires : si vous travaillez en consultation précarité, ne cédez pas aux pressions imposées par les directions des hôpitaux, aux contraintes budgétaires. Commandez toutes les analyses nécessaires, même les plus coûteuses ou spécialisées (test de résistance, dosage plasmatique, etc.). N’hésitez pas à faire une réelle évaluation globale des besoins thérapeutiques, sans surestimer la facilité des prises (le Trizivir et le Combivir ne conviennent pas à tous les patients !).
- Cessez le déni et le silence sur les discriminations et les inégalités qui tuent les malades du sida les plus précaires : la France n’est pas « championne du monde » des systèmes de santé. Ceux et celles qui nient l’existence des discriminations se rendent complices, pour des raisons idéologiques, du maintien de l’ordre établi de la santé à plusieurs vitesses et de ses conséquences mortifères pour les malades les plus précaires. Migrants contre le sida appelle les soignants à refuser toute démarche corporatiste, et au contraire à signaler, à rendre publique, les responsables des discriminations, de toute entrave à l’accès aux soins et aux droits sociaux des malades les plus précaires.
- Apportez votre soutien au Collectif Migrants contre le sida : Parlez de l’émission de radio, de nos activités, avec vos patients. N’hésitez pas à prendre contact avec nous, à engager la discussion et le débat pour l’égalité des droits face à la maladie. Faut-il obligatoirement conclure en déclarant explicitement que les médecins ne sont pas nos ennemis ? voici quelques traits brossés de notre ennemi commun : une médecine aveugle aux conditions de vie de ses patients, une médecine condescendante pour qui le patient dont elle ne parle pas la langue est forcément un imbécile, une médecine hautaine pour qui le malade n’a nul besoin de comprendre sa pathologie.
