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Haïti | Médias et communication | Vaccin préventif

Droit de réponse : Essais anti-SIDA en Haïti

18 octobre 2001 (lemegalodon.net)

PARIS, 18 octobre 2001 (Migrants contre le sida)

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Demande de droit de réponse à Destination Santé

Paris, le 18 octobre 2001

Monsieur le Directeur de la Publication

Marc Gembeaud

Destination Santé

COURRIER RECOMMANDÉ AVEC ACCUSÉ DE RÉCEPTION

Monsieur le directeur,

Mis en cause dans un article de Destinationsante.com daté du 15 octobre 2001, intitulé : « Essais anti-SIDA en Haïti : entre éthiques et attaques... », je vous prie de bien vouloir insérer, dans les conditions définies par la loi (L. 29 juillet 1881, art.13) le droit de réponse suivant :

DROIT DE RÉPONSE

L’article de destinationsante.com paru sur Internet témoigne d’un mépris manifeste d’une certaine presse médicale pour la campagne citoyenne menée par l’Union des médecins haïtiens (relayée en France par Migrants contre le sida) pour garantir le respect des principes éthiques de la Déclaration d’Helsinki à l’égard des participants de deux essais de candidats vaccins contre le VIH menés en Haïti depuis le 27 mars 2001.

En effet, pourquoi feindre la « surprise » en apprenant que les Instituts nationaux américains de la Santé (NIH), qui soutiennent financièrement ces essais, nient l’existence de toute violation des principes d’éthique dans le cadre de ces essais ? Pensiez-vous vraiment que les bailleurs de fond d’une telle étude reconnaîtraient publiquement la violation des droits des participants aux essais haïtiens ? Pourquoi estimez-vous plus crédible ou véridique les déclarations d’une fonctionnaire des NIH - depuis son bureau de Bethesda, Maryland aux États-Unis - que celles des médecins haïtiens qui sont aux côtés de la population haïtienne ?

Migrants contre le sida rappelle que des expérimentations médicales telles que celles de Tuskegee sur des Noirs américains touchés par la syphilis se sont déroulés pendant des décennies (jusqu’aux années soixante-dix), avec l’aval des grandes institutions américaines de santé publique, sans que les participants soient informés de leur maladie ou bénéficient d’un traitement. L’investissement des NIH ou d’autres institutions ne constitue pas en soi une garantie du respect des principes éthiques ! Des organisations américaines telles que Public Citizen (le groupe fondé par Ralph Nader) contestent depuis des années certaines prises de position des NIH, de l’U.S. Department of Health, ou de l’ONUSIDA, en particulier sur la question de la protection des volontaires dans le cadre d’expérimentations médicales menées dans le Tiers-monde.

Si, comme l’aurait déclaré Madame Allen des NIH, « un stock d’antirétroviraux est bien prévu pour tout participant contaminé durant l’étude », il s’agirait, à notre connaissance, du premier essai de vaccin préventif mené dans un pays du Tiers-monde, qui prévoirait cette possibilité. Mais ce stock d’antirétroviraux serait-il suffisant pour assurer le suivi médical pendant plusieurs années ou serait-il limité dans le temps ? Qu’en est-il du reste de la prise en charge thérapeutique, qui ne se résume pas à la prise des médicaments ? Interrogé par téléphone, Marc Gembeaud, rédacteur-en-chef de destinationsante.com, a reconnu n’avoir en sa possession qu’un courrier électronique de Madame Allen, sans document écrit issu du protocole ou des comités d’éthique du NIH pour vérifier cette déclaration.

Migrants contre le sida a demandé formellement à Mary Allen du NIH des preuves de ces déclarations.

Ce qui est déjà parfaitement vérifiable, c’est la prise de position de l’ONUSIDA, des NIH, et des grandes institutions américaines en faveur des « standards différenciés » d’accès aux soins. Il s’agit d’une thèse selon laquelle les chercheurs n’auraient pas d’obligations vis-à-vis des participants contaminés par le VIH au-delà de ce qui existe déjà au niveau local. Cette thèse est devenue d’autant plus injustifiable depuis la baisse des prix des antirétroviraux et la disponibilité des copies de médicaments. Elle est l’équivalent éthique de la délocalisation, des salaires inférieurs, des conditions de travail inadmissibles, et de l’inexistence de la protection de l’environnement imposés par les multinationales dans nos pays d’origine.

En traitant « à la légère » cette campagne menée par des médecins du Tiers-monde, l’intention était-elle d’abréger rapidement un débat plutôt gênant pour les laboratoires et les institutions du Nord, en particulier pour l’ONUSIDA dont une poignée d’« experts » défend publiquement la thèse selon laquelle la seule obligation des chercheurs serait d’offrir un accès aux soins déjà disponibles au niveau local, et ceci en flagrante violation de la Déclaration d’Helsinki qui exige de façon universelle l’accès aux meilleurs soins et méthodes de diagnostic ?

Migrants contre le sida appelle les médias de la presse médicale ou généraliste à traiter de façon responsable les débats autour des essais de vaccins menés dans nos pays d’origine. Pour nos populations ces débats sont une question de vie ou de mort : nous avons besoin d’un vaccin préventif efficace contre le virus du sida. Mais rien ne permet à des chercheurs ou des institutions de sacrifier ou de mettre en danger la santé les peuples du Tiers-monde : « les intérêts de la science et de la société ne doivent jamais prévaloir sur le bien-être du sujet » (article 5, Déclaration d’Helsinki). Tant que le respect des êtres humains et la protection de notre santé et de nos droits ne seront pas garantis, nous ferons tout pour empêcher la « sérénité » de s’installer dans les débats autour des essais de vaccins contre le sida...

Paris, le 18 octobre 2001

Migrants contre le sida

Pour en savoir plus

Destination Santé répond à Migrants contre le sida

Marc Gombeaud, Rédacteur en Chef, nous a adressé une réponse datée du 19 octobre 2001. Il précise qu’« outre des échanges électroniques, notre rédaction a eu des contacts directs avec Mme Allen et ses collaborateurs. Notre équipe a fait son travail de manière profesionnelle et approfondie et aucune reproche ne peut lui être formulé à ce titre. (...) Nous travaillons constamment selon les règles de notre éthique professionnelle (...) » Par ailleurs, Gombeaud estime que nous cataloguons Destination Santé dans une certaine presse médicale « en toute méconnaissance de cause car nous sommes une agence de presse grand public, multimédia, qui diffuse notamment (dans 45 pays) les programmes radio et télévisés de l’Organisation mondiale de la Santé. Ce qui est un gage de rigueur et de transparence. Par amalgame car lorsque nous publions des informations émanant de vos services, d’une manière qui flatte vos souhaits (comme ce sera le cas dans notre émission de 15 minutes pour la Journée mondiale contre le SIDA) vous ne vous plaignez pas de notre "manque de professionnalisme" ».

Enfin, pour Destination Santé, nous n’avions aucun droit d’invoquer un droit de réponse car notre association « n’a pas été mise en cause de manière attentatoire à son honorabilité ». De plus, notre demande ne serait « pas conforme au droit » car « elle n’aurait su en tout état de cause, excéder la longueur de l’article que vous incriminez soit 295 mots. Or vous dépassez les 800 mots. »

Destination Santé réalise notamment des programmes radio pour l’OMS, avec le soutien du SNIP-Organisation professionnelle de l’Industrie pharmaceutique en France, de HealthandAge.com, Novartis Foundation for Gerontology et des Laboratoires Merck, Sharp & Dohme-Chibret.

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