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L’Institut de veille sanitaire récidive : une dose de mépris et du déni en prime

30 novembre 2000 (Migrants contre le sida)

PARIS, 30 novembre 2000 (Migrants contre le sida)

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Rapports de l’Institut de veille sanitaire

Le mépris. C’est, une fois de plus, l’attitude affichée par l’Institut de veille sanitaire à l’égard des populations les plus exposées sur le front de l’épidémie du sida, avec la publication le 20 novembre 2000 de l’étude réalisée sous la direction d’Anne Laporte, « Sida VIH et MST : État des données en 2000 ». C’est cet institut qui est chargé de compter le nombre de gens malades du sida en France. La nationalité est recensée, et c’est ce qui a permis de démontrer, aux pouvoirs publics qui le niaient, que les immigrés paient un lourd tribut à la maladie. En 1999, Migrants contre le sida avait obtenu la publication du premier rapport sur la situation du sida au sein de la population étrangère. Mais l’Institut refusait alors, et refuse toujours, de rencontrer, de dialoguer avec les associations immigrées en lutte pour survivre au sida. Cette semaine, une fois de plus, l’Institut a refusé de répondre aux questions de Migrants contre le sida, prétextant pour son directeur général, le professeur Jacques Drücker, un calendrier « relativement surchargé »

Et des questions, il faut bien s’en poser, car l’Institut est en plein déni. Malgré ses propres chiffres, elle refuse de poser clairement sur la place publique le fait que ce sont les populations les plus précarisées, dont les immigrés issus des ex-colonies françaises et leurs enfants, qui meurent aujourd’hui du sida. En France, le sida tue encore : de 600 à 700 personnes décèdent chaque année. L’énorme majorité de ceux et celles qui meurent sont des gens d’origine maghrébine ou africaine.

Ensuite, l’Institut refuse d’admettre le fait que l’épidémie, côté immigré, est partagée à peu près à part égales entre gens d’origine maghrébine et ceux issus du reste du continent africain. En ce qui concerne les Maghrébins, l’Institut réduit la dévastation provoquée par le sida et le partage de seringues à un « problème d’intégration », imputable à une difficulté de dialogue entre les générations. En fait, l’obsession, le fantasme des médecins de santé publique, c’est les Noirs, chez qui, selon le rapport d’Anne Laporte, le sida serait une « pathologie d’importation ».

L’objet de telles affirmations idéologiques sur les causes de la propagation de l’épidémie est de nier ensuite l’existence des discriminations, des humiliations, et des injustices de la société française qui tuent les malades immigrés ou enfants d’immigrés. Ainsi, la fonction de cette santé publique officielle est mise à nue : elle doit blanchir de toute responsabilité les pouvoirs publics, faire croire que si les immigrés meurent du sida, ils en sont eux-mêmes au moins doublement coupables par leur origine et par leur situation sociale.

Ça suffit. La baisse globale du nombre de malades du sida, du nombre de décès, c’est l’arbre qui cache la catastrophe sanitaire. Chaque année, malgré les avancées sur le plan thérapeutique, les malades immigrés s’enfoncent un peu plus dans le marasme des lois iniques sur l’immigration, d’une couverture maladie universelle qui exclut les sans-papiers ! Ça suffit. Ce qui est absurde aujourd’hui c’est que malgré cette accumulation de chiffres, la santé des immigrés, des précaires n’est toujours pas une priorité des pouvoirs publics.

Le silence des pouvoirs publics, des professionnels de santé, et des associations classiques de lutte contre le sida était déjà inadmissible. Il est devenu aujourd’hui intolérablement monstrueux. Qu’attend donc le professeur Jean-François Delfraissy pour briser son silence sur les conditions de vie incompatibles avec tout suivi médical, des malades arabes et africains qui fréquentent son service ? Qu’attend Suzanne Guglielmi, chef de la Division Sida, pour imposer aux services déconcentrés des actions d’envergure en direction des malades immigrés des quartiers populaires ? Le temps est compté.

Paris, le 30 novembre 2000