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Chiffres du sida

Rapport de l’iVS : Analyse et limites de l’épidémiologie officielle

7 juin 1999 (Migrants contre le sida)

PARIS, le 7 juin 1999 (Migrants contre le sida)

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Situation du Sida dans la population étrangère domiciliée en France. Alexia SAVIGNONI, Florence LOT, Josiane PILLONEL, Anne LAPORTE. Institut de veille sanitaire, avril 1999.

L’objectif du rapport de l’Institut de veille sanitaire est de « décrire les éventuelles spécificités existant chez les sujets de nationalité étrangère atteints du Sida, et plus particulièrement celles concernant leurs caractéristiques socio-démographiques et cliniques au cours du temps (sexe, âge, mode de contamination, région de domicile, catégorie socioprofessionnelle, pathologies) ainsi que leur accès au dépistage et leur prise en charge thérapeutique. » D’emblée, il s’agit de « spécificités » et non pas d’inégalités. Selon l’IVS, le « manque de données » et la « crainte d’une utilisation détournée » expliquerait le peu d’études sur le sujet.

Pendant plusieurs années, le prétexte de la stigmatisation a servi l’immobilisme des pouvoirs publics et des associations classiques de lutte contre le sida. L’IVS (ex-RNSP) a, à plusieurs reprises, précisé que la croissance de l’épidémie chez les hétérosexuels était liée à la sur-représntation des personnes africaines ou d’origine au sein de cette catégorie épidémiologique. Cette précision, dont le but semble avoir été de rassurer la population « générale » (c’est-à-dire les Français hétérosexuels), ne s’est pas heurtée à ce souci de ne pas stigmatiser.

Migrants contre le sida demande à l’Institut de veille sanitaire d’inscrire le suivi épidémiologique de l’épidémie au sein des populations immigrées en tant qu’axe prioritaire de ses recherches.

Les données sont celles de la surveillance du Sida (déclarations obligatoires centralisées au niveau national par l’Institut de Veille Sanitaire) chez les adultes de nationalité étrangère domiciliés en France et diagnostiqués entre 1978 et le 30 juin 1998. Les différentes nationalités sont regroupées selon 8 zones géographiques : l’Afrique du Nord, l’Afrique sub-saharienne, Haïti, le reste du continent américain, l’Asie, l’Europe (hors France), l’Océanie et l’ex-URSS.

Migrants contre le sida rappelle que les données basées sur la nationalité ne prennent pas en compte la part importante des populations d’origine maghrébines et africaines qui sont citoyens français.

Au 30 juin 1998, 14 % des cas de Sida déclarés depuis le début de l’épidémie concernent des sujets de nationalité étrangère domiciliés en France (6 571/46 973), proportion en augmentation depuis juin 1996. La part des sujets de nationalité étrangère est passée de 15 % au premier semestre 1996 à 20 % au premier semestre 1998.

Entre le premier semestre 1996 et le premier de 1998, le nombre de nouveaux cas de Sida a diminué de 44 % chez les sujets de nationalité étrangère contre 61 % chez les Français.

Les sujets de nationalité étrangère vivant en France sont globalement 2 fois plus touchés par le Sida que les sujets de nationalité française, mais le poids de l’épidémie varie beaucoup selon les nationalités.

Les femmes étrangères, toutes nationalités confondues, sont 3,5 fois plus touchées que les femmes françaises. 25 % des personnes étrangères adultes atteintes de Sida depuis le début de l’épidémie sont de sexe féminin (contre 16 % des sujets de nationalité française).

Migrants contre le sida exige la reconnaissance d’une véritable urgence de santé publique et une nouvelle mobilisation des associations classiques et des pouvoirs publics en direction des publics immigrés, aussi bien en terme de prévention que de soutien aux malades immigrés ou issus de l’immigration.

Force est de constater que les associations classiques de lutte contre le sida, confrontées à la démobilisation de leurs troupes et préoccupées par leurs crises internes, envisagent difficilement de s’investir dans cette nouvelle lutte contre le sida. Migrants contre le sida appelle les associations classiques de lutte contre le sida à revenir à leur mission originelle, à se transformer afin de s’investir de manière efficace sur le front du sida aujourd’hui.

Le mode de contamination des sujets de "nationalité" nord-africaine est surtout lié à l’usage de drogues par voie intraveineuse (45 % des cas cumulés depuis le début de l’épidémie), mais la proportion de cas dûs à ce mode de contamination tend à diminuer au cours du temps. La contamination par des rapports homosexuels concerne 14 % d’entre eux, mais le mode de contamination reste inconnu dans 14 % des cas.

Chez les sujets d’Afrique sub-saharienne et haïtiens, la transmission hétérosexuelle est majoritaire (respectivement 89 % et 92 % des cas cumulés).

Derrière un discours intégrationniste de façade, les pouvoirs publics ont mis en place un système ne reconnaissant, paradoxalement, que des entités ethniques ou culturelles. Ce système met en concurrence les associations issues de l’immigration pour des subventions dérisoires aussi bien par rapport à l’ensemble du budget consacrée à la lutte contre le sida qu’au regard des moyens nécessaires afin d’obtenir l’égalité dans les programmes de prévention ciblée et un soutien réel aux malades immigrés ou issus de l’immigration.

Les étrangers atteints de Sida sont de façon plus fréquente que les Français sans emploi (35 % versus 20 %) ou ouvriers (22 % versus 13 %). A l’opposé, les proportions d’artisans, de cadres, de professions intermédiaires et d’employés sont moindres chez les étrangers.

Parmi les sujets diagnostiqués entre le 1er janvier 1994 et le 30 juin 1998, 42 % des étrangers ne connaissent pas leur statut sérologique au moment du diagnostic du Sida contre 22 % des sujets de nationalité française. Parmi ceux connaissant leur séropositivité au moment du diagnostic du Sida, on constate aussi une différence quant à la prise d’un traitement antirétroviral : 65 % des étrangers versus 53 % des Français n’ont pas bénéficié d’un traitement antirétroviral avant le diagnostic de Sida.

Les femmes étrangères sont dépistées plus tôt, du fait du dépistage systématique (souvent à l’insu ou sans une information adéquate) pratiqué sur les femmes enceintes.

Migrants contre le sida demande la mise en place d’une campagne nationale de prévention s’adressant directement aux publics immigrés ou issus de l’immigration.

Migrants contre le sida exige la fin du dépistage à l’insu des femmes enceintes maghrébines et africaines, et la sanction de tout médecin le pratiquant.

Même si l’analyse ne concerne que les sujets étrangers et non l’ensemble de la population immigrée, et si les données sont celles du Sida et non de l’infection à VIH, ce rapport permet de mettre en évidence des caractéristiques particulières pour les étrangers atteints de Sida, et notamment leur moindre recours à un dépistage et à une prise en charge de la séropositivité. Néanmoins, la prise en charge de l’infection au stade du Sida semble similaire à celle des sujets français.

Migrants contre le sida conteste la conclusion du rapport de l’IVS selon lequel la prise en charge de l’infection au stade du Sida semble « similaire » à celle des sujets français. Cette conclusion ne correspond absolument pas à notre constat des galères des malades issus de l’immigration pour obtenir l’accès aux traitements (refus d’aide médicale, réticences racistes des médecins, etc.) et pour obtenir des conditions de vie qui permettent de suivre correctement un traitement.

Migrants contre le sida disqualifie l’Institut de veille sanitaire de se prononcer, comme elle le fait dans ce rapport, sur les causes de la vulnérabilité des immigrés. Par exemple, le rapport réduit le lourd tribut payé par les jeunes issus de l’immigration au sida à un problème culturel : « Ces problèmes pourraient être le fait d’une opposition entre la culture parentale transmise et la perte des valeurs traditionnelles liée à l’immigration ».

Trois causes de la grande vulnérabilité des immigrés à l’infection au VIH sont souvent citées : la séro-épidémiologie des pays d’origine, la culture « traditionnelle » ou les tabous de cette culture des immigrés, ou encore la « précarité » à laquelle sont confrontées les populations issues de l’immigration.

Pour Migrants contre le sida, la cause principale de la vulnérabilité des immigrés à l’infection au VIH n’est ni la culture, ni la précarité. Force est de constater que lorsqu’il s’agit de pays fortement touchés par le VIH, le lien avec les pays d’origine est avancé à priori, sans qu’aucune étude sérieuse ne soit jugée nécessaire pour étayer une telle affirmation.

La culture d’une personne n’est pas un frein à la prévention, mais doit constituer un point d’appui et de ressourcement pour la prévention et la solidarité avec les malades.

Migrants contre le sida dénonce la dérive culturaliste qui réduit les cultures en mouvement des immigrés à une conception figée d’une culture arriérée ou « traditionnelle » (en opposition à une culture française de facto jugée moderne, éclairée, etc.).

En revanche, nous luttons contre toutes les formes de conservatisme social qui existent indépendamment de la religion ou de la culture, car elles bloquent le dialogue et l’ouverture aux questions, certes compliquées, liant sida et sexualité.

Migrants contre le sida considère que la véritable cause de la vulnérabilité des immigrés aux VIH se trouve dans le système de soins français et, la politique de santé publique qui est, aujourd’hui comme hier (avant l’arrivée du sida), fondée sur l’inégalité. Elle repose en effet sur une discrimination notoire quant à l’accès à l’information et l’accès aux soins, écartant de fait les pauvres, les immigrés et les sans papiers. Dans le même sens, depuis les Lois Pasqua de 1993, l’accès à la sécurité sociale (et donc à l’assurance maladie) est irrémédiablement refusé aux étrangers (dits) en situation irrégulière. Et, malgré le développement d’un système parallèle d’aide médicale qui, en principe, permet l’accès de tous aux soins, la pratique hospitalière continue d’exclure de nombreux malades, surtout immigrés.

Le projet de Couverture Maladie Universelle va aggraver les inégalités en conservant une forme résiduelle et discriminatoire d’Aide médicale Etat uniquement pour les sans papiers.

Nous savons que ces chiffres s’aggraveront, à cause du silence, de l’immobilisme, et du manque de courage politique des instances de santé publique et de certaines associations de lutte contre le sida, alors même que nous avons besoin de leur contribution dans la lutte en faveur de l’égalité dans les programmes de prévention ciblée et pour un soutien réel aux malades immigrés ou issus de l’immigration.

Nous ne nous bornerons pas à compter nos morts et nos malades. Migrants contre le sida refuse l’instauration d’un débat stérile sur la communication ou non-communication des chiffres. Au contraire, il est urgent de convertir nos constats épidémiologiques en pression politique contre l’immobilisme des pouvoirs publics et contre le manque de courage politique des associations classiques de lutte contre le sida.

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