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Logement

Appartements thérapeutiques : un nombre ridicule de logement par rapport aux besoins d’hébergement des malades

7 juin 1999 (Migrants contre le sida)

PARIS, le 7 juin 1999 (Migrants contre le sida)

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Migrants contre le sida : Comment s’est introduite la question du sida à la cité Miriam ?

Annette Echavarria (directrice, module SIDA de la Cité Miriam) : La Cité Miriam est un centre d’hébergement et de réadaptation sociale (CHRS), créé en 1954 pour accueillir les travailleurs immigrés. Aujourd’hui nous hébergeons les enfants de ces premiers immigrés.

En 1992, l’épidémie battait son plein en Ile-de-France. Dans le département, des personnes différentes de celles de Paris étaient touchées. Nous accueillions les premiers malades du sida dès 1993 dans des logements mis à disposition de la cité Miriam par la ville de Montreuil. Aujourd’hui nous gérons dix appartements de coordination thérapeutique.

Ce nombre de logement n’est-il pas ridicule par rapport au nombre de demandeurs ?

Oui, bien sûr, il est tout à fait ridicule, en dessous des besoins. Nous recevons entre 70-80 demandes par an. Malheureusement, l’époque n’est pas propice à la demande d’extension de notre potentiel logement.

Nous avons choisi à la cité Miriam, qui fait partie du Secours catholique, de nous occuper des personnes les plus en difficulté. Nous avons accueilli beaucoup d’Africains en situation irrégulière que nous avons pu faire régulariser pour certains grâce à la circulaire Chevènement. Nous sommes dans un département où il y a énormément d’étrangers, énormément de personnes africaines qui sont touchées par cette maladie. Il serait bien difficile de ne pas les voir.

Nous entendons dire régulièrement que telle ou telle personne n’a pas été admise dans un appartement thérapeutique parce qu’elle était en situation irrégulière. La réponse que donnent les travailleurs sociaux est qu’ils en ont déjà plusieurs dans leurs appartements, et qu’il n’y a pas de solutions de sortie.

Vous gérez le nombre de places, pour qu’il n’y ait pas « trop » de sans papiers hébergés... D’où vient la pression pour imposer ce « seuil » ?

Nous essayons d’accueillir tout le monde. Pas uniquement des sans papiers, mais également des toxicomanes, des personnes qui viennent d’autres pays d’Afrique, qui sont dans une situation inextricable...

Les appartements thérapeutiques sont réservés aux malades du sida. Combien de refus concernent des séropositifs asymptomatiques ? Est-ce que ces dossiers-là, vous les mettez à la poubelle ?

Nous avons des personnes qui ne sont plus au stade sida dans les appartements. Notre accompagnement continue, jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement autonome.

À la cité Miriam, combien de dossiers sont en liste d’attente ?

Nous n’avons pas de liste d’attente, étant donné que nous avons très peu de « turnover » (de sorties — N.D.L.R.). Nous recevons les personnes lorsque l’on sait qu’un appartement va se libérer. Très peu d’appartements se libèrent dans l’année.

Une fois qu’une personne est acceptée, comment ça se passe ?

Cette personne est acceptée après un ou deux entretiens pendant lesquels on évalue si on peut faire quelque chose pour elle. On essaye d’évaluer sa situation sociale, administrative, familiale, ses désirs, ses projets... et on fait une évaluation très rapide. Si on sent qu’on peut aider cette personne, on l’accueille... Si la personne accepte également les règles, le règlement intérieur de la structure...

Mais « aider » les personnes à quoi, exactement ? Ne s’agit-il pas simplement de garantir le droit au logement, de fournir un logement durable, pour un malade du sida ?

Les ACT n’ont pas forcément été créés pour offrir un logement durable. Les ACT ont été créés pour accueillir des malades du sida dans des logements où ils se sentent en sécurité, avec une équipe qui les aide à régler un certain nombre de problèmes. Le but, l’objectif, chaque fois que cela est possible, est de faire sortir la personne pour qu’elle vive de façon autonome.

Comment expliquez-vous aux personnes que, non, ce n’est pas un logement durable, il faut qu’ils se relogent ailleurs...

Nous ne leur disons pas qu’il faut qu’ils se relogent ailleurs. Nous leur disons qu’ils resteront dans cet appartement le temps qu’il leur faudra pour résoudre leurs différents problèmes.

Au quotidien, comment se passe la vie pour les résidents d’un ACT ? Il n’y a pas de contrainte s d’horaires ou autres ?

Les résidents sont chez eux : c’est leur logement. Il existe un règlement intérieur. Nous rappelons les règles du droit ordinaire, c’est-à-dire ne pas faire de bruit à partir de telle heure, pas de bagarres, pas de consommation de produits stupéfiants... Nous leur demandons simplement de ne pas accueillir des personnes trop longtemps, parce qu’on ne veut pas de squat. Nous leur demandons de nous tenir au courant lorsqu’ils invitent les amis ou la famille à venir chez eux.

Un copain nous raconte que son appartement thérapeutique est fouillé régulièrement...

Chez nous, nous ne fouillons jamais. Par contre ils savent que nous avons un passe pour entrer chez eux, ne serait-ce que pour faire des réparations... Nous pouvons y entrer si nous sommes inquiets parce que la personne ne répond pas au téléphone. C’est un souci de santé.