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Logement

Appartements thérapeutiques : l’hébergement comme contrôle social

7 juin 1999 (Migrants contre le sida)

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À l’origine, il y avait l’urgence de trouver des solutions d’hébergement pour des personnes gravement malades. Les associations de malades avaient mis en place les « appartements relais », qui sont devenus en 1994 les appartements de coordination thérapeutiques (ACT) (circulaire DGS/DSS n° 64 du 17 août 1994, modifiée par la circulaire 99/171 du 17 mars 1999).

Au 17 décembre 1998, les associations déclarent pouvoir héberger en ACT 373 personnes, dont 338 places pour les malades et 35 places d’accompagnement. L’île de France compte 18 associations offrant des appartements de coordination thérapeutique (195 places), pour 1287 demandes en 1996.

Alors qu’à l’origine les appartements tentaient de répondre aux besoins des malades, aujourd’hui les conditions d’hébergement sont dictées par les DDASS et appliquées par des structures sous tutelle.

Depuis la signature récente de la nouvelle convention avec les DDASS, les structures d’ACT font monter la pression pour faire du « nettoyage » et expulser les malades qui vivent en ACT depuis « trop longtemps » (plus d’un renouvellement du contrat d’hébergement de 3-6 mois), même, dans certains cas, lorsqu’il s’agit de personnes gravement malades. Ces pressions nient le fait, qu’en dehors de la capacité d’un malade à se démerder, il n’existe pas de solution d’hébergement, ni d’emploi durable pour des malades du sida, surtout si on est arabe ou noir.

Logique d’austérité

La plupart des structures refusent d’héberger les sans papiers. L’enjeu est économique : la CPAM ne finance pas l’hébergement des personnes interdit de sécurité sociale, ce qui représente pour l’association un manque à gagner d’au moins 150 F sur le coût journalier de 450 F par ACT. Les structures qui hébergent des sans papiers fixent, de manière informelle, des quotas de sans papiers, au nom de la diversité sociale, des modes de vie, etc.

Ainsi, les structures d’ACT acceptent tacitement toutes les pressions de leurs financeurs. Elles ne sont jamais montées au créneau pour dénoncer le nombre ridicule de logement disponible, par rapport aux besoins réels des malades. Aujourd’hui, elles sont d’autant moins susceptibles de le faire, du fait que la plupart acceptent la logique d’austérité économique qui frappe l’ensemble de la lutte contre le sida.

La loterie

Les critères d’admission des ACT servent d’abord à écarter le plus grand nombre de demandeurs. Il n’y a pas de liste d’attente, car les dossiers des demandeurs sont « archivés », c’est-à-dire mis à la poubelle.

Malgré une modification théorique des critères depuis l’arrivée de la trithérapie (la condition de stade B ou C de la maladie aurait été supprimée afin de tenir compte de l’évolution des traitements), être gravement malade demeure une condition préalable si on souhaite décrocher un appartement. Certaines structures déclarent ouvertement qu’elles s’arrogent le droit de faire le tri et de se réserver d’accueillir uniquement les plus miséreux des miséreux.

Contrôle social

Les rares malades qui décrochent un appartement thérapeutique découvrent que les appartements sont d’abord un outil d’encadrement social et médical. Quelques exemples (loin d’être exhaustifs) des formes que prend le contrôle social dans les appartements thérapeutiques :

- rendez-vous innombrables et contraignants, sans objet précis, avec les éducateurs et les travailleurs sociaux, les psychologues, etc.
- règlement intérieur infantilisant et contraignant donnant tous pouvoirs à l’encadrement social ;
- fouille des appartements, surtout quand le résident est soupçonné d’être un usager de drogues ;
- couvre-feu et interdiction de circuler : une demande d’autorisation est nécessaire pour sortir de l’appartement ;
- interdiction d’accueillir ses amis ou sa famille sans autorisation préalable de la structure ;
- absence de choix des colocataires, qui sont imposés par la structure lorsqu’un appartement héberge plusieurs personnes.

Comble de l’arrogance du travail social, les ACT imposent l’obligation d’avoir un « projet de vie » qui doit être posé qu’en des termes compréhensibles par le discours du travail social. On se retrouve à apprendre le jargon socio-logique voir même anthropologique pour réduire sa propre expérience, ses envies à quelque chose de facilement compréhensible et digeste pour des travailleurs sociaux. Il faut être capable (et avoir l’envie et l’énergie) de convaincre un bataillon plutôt sceptique de travailleurs sociaux, de psychologues, et autres experts qu’on a encore la pêche, qu’on rêve de retourner au travail, qu’on va se sortir de la drogue, arrêter de boire, mieux se soigner, prendre ses traitements sans faille, supporter le harcèlement social sans jamais s’énerver, rester docile et souriant...

Hors des appartements thérapeutiques, les malades immigrés se retrouvent dans la même galère de logement que tous les autres immigrés. Par exemple, les ménages originaires d’Algérie, outre qu’ils occupent un fort pourcentage de logements dégradés, sont également surreprésentés dans les logements précaires... tout comme les ménages originaires d’Afrique noire...

Tant que les ACT serviront d’abord à faire du contrôle social, ceux qui fantasment sur un statut « privilégié » des malades immigrés en matière d’hébergement, grâce aux ACT, n’ont pas de souci à se faire.

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