Skip to main content.

Annonce de la séropositivité | Génération sacrifiée, 20 ans après | Hommes séropositifs | Projet Madeleine Amarouche | Sexe et sexualité | Yann

Yann : Nice, les drogues, le mariage

22 mars 2013 (papamamanbebe.net)

Recommander cet article | Votez pour cet article

Yann : Moi j’ai appris ma séropositivité au moment où je souhaitais me marier. Donc en 1989. J’avais 23 ans et j’avais un passé à Nice de 6 mois de toxicomanie. J’ai commencé classiquement par le haschich et petit à petit, on m’a proposé d’autres produits. J’en ai pris pendant 6 mois en intraveineuse et après je me suis très vite rendu compte que j’étais parti dans un très mauvais choix et que si je ne quittais pas la ville de Nice, j’allais avoir du mal à m’en sortir. On trouvait plus de ce type de produit que du chocolat ou d’autres choses. Donc voilà, il y avait un cercle vicieux. J’ai eu la force me dire, j’étais déjà attiré pour aller voir ailleurs parce que Nice étant une ville un peu particulière dans sa mentalité et tout ça, j’étais déjà attiré pour aller voir ailleurs. Ce qui m’a sauvé en fin de compte de la grande descente aux enfers avec tous les produits qu’on connaît quoi, héroïne, cocaïne et tout ça, ça a été le fait d’avoir le courage à 17 ans et demi de quitter amis, famille et de monter à Paris. Après je n’ai plus du tout eu ce cursus-là donc je n’ai plus touché à aucun produit parce que la vie a fait que j’ai trouvé vite du boulot et je suis passé à autre chose.

Quand je redescendais à Nice voir la famille, j’apprenais toujours la mort d’un copain avec qui j’avais fait des conneries ou avec qui on avait, même si on chauffait la seringue ou quoique ce soit, le peu d’information qu’on avait en 1989, faut savoir que le sida, on a commencé à en parler en 1983. Les premières personnes qui ont été malades en France, ça devait être 1985, 1986. Et donc arrivé sur Paris, ma vie a totalement changé. J’ai rencontré ma future femme. On a décidé de se marier au bout de 9 mois qu’on était ensemble. Elle est tombée rapidement enceinte. En fin de compte, le processus toujours à l’heure actuelle, c’est qu’on vous fait systématiquement la syphilis quand vous souhaitez vous marier. Le médecin nous a proposé de faire le test du VIH. Donc bien sûr on a dit oui. C’est 3 semaines après que j’ai appris moi que j’étais séropositif et que ma conjointe ne l’était pas. Mais pour l’instant on ne se protégeait pas, on avait des rapports sans protection. Et elle était enceinte de 5 mois. Donc toute l’angoisse de se dire houlala, elle peut être, du jour au lendemain, être contaminée, même si maintenant on va se protéger, elle peut être en incubation. Donc ça a été vraiment, du fait occulté par l’angoisse de me dire et elle, elle peut tomber maintenant séropositive et en plus je peux avoir un enfant qui est séropositif. Faut savoir que dans ces années-là, le pourcentage de vie d’un enfant séropositif n’était pas énorme. Comparé à maintenant où deux séropositifs peuvent faire un enfant en bonne santé s’il y a un traitement et un suivi régulier de la maman. Ma grande fille qui est un peu plus grande que vous, je pense que vous avez quoi ? 20 ans, 18 ans ? C’est ça. Donc moi j’ai ma fille qui a 23 ans et qui est née séronégative vu que la maman n’a pas été touchée. Alors après c’est vrai qu’on s’est protégé d’une manière je dois dire un peu rock’n’roll parce qu’en fin de compte je me retirais. D’un commun accord, on n’avait pas envie d’utiliser le préservatif. Donc je me retirais au moment d’éjaculer. Après, j’ai appris, petit à petit on apprend les choses, qu’en fin de compte il y avait un risque énorme parce qu’on a un liquide avant, le liquide séminal, que certains garçons ont plus ou moins que d’autres. Mais c’est un liquide qu’on ne voit presque pas, c’est comme la mouille en fin de compte. C’est dû à l’excitation. Il est très transmetteur aussi ce liquide mais voilà, on ne savait pas. Donc avec beaucoup de chance, ni la maman de ma fille, ni ma fille, n’ont été touchées.

J’ai appris en 1990. Il a fallu que je commence à être traité en 1992. Donc la santé commençait doucement à décliner un petit peu. Là les médecins m’ont dit vas-y Yann, c’est le moment maintenant où on va commencer un traitement. Ça a été d’abord un traitement de bithérapie, de deux médicaments, parce que les trithérapies n’existent pas encore. Donc à la première semaine, de la fatigue, des diarrhées non-stop, des nausées, des vomissements. Ce qui arrive moins maintenant avec les nouveaux médicaments parce qu’il y a moins d’effets indésirables. 1992 je commence les traitements. Je m’aperçois des fatigues, de la difficulté de le prendre. Moi je travaillais dans un milieu de l’art. Donc je n’ai pas eu trop de mal à l’annoncer. Puis en plus je ne le vivais pas comme une honte absolue quoi. Donc j’ai pu l’annoncer facilement dans mon milieu. Je travaille dans la photo. Comme il y avait déjà dans le milieu de l’art pas mal de gens touchés tout ça. Donc il y avait une ouverture d’esprit qui était plus grande. Donc je n’ai pas ressenti, comparé à beaucoup d’autres, je n’ai pas ressenti de rejet par rapport au boulot, parce que les gens avec qui je travaillais avaient déjà un peu de culture par rapport à ça. Mais j’avais aussi des copains qui savaient que j’étais séropositif. Quand je passais chez eux, ils me l’ont raconté plus tard : « quand tu partais de la maison, je ne te mens pas Yann, je passais avec l’éponge et la javel partout où tu étais passé ». Parce qu’on n’avait tellement peu d’informations qu’on pouvait croire qu’un postillon, pof, tu chopais le sida quoi. Nous, les vieux séropositifs, on est passé par tout ce stade que, peut-être, maintenant il y a moins de discrimination du fait qu’il y ait des gens comme nous qui viennent en parler et tout ça. Ça libère les esprits.

Et voilà, je prends mes médicaments. J’ai un cursus de vie presque normale et puis il y a l’envie de curiosité, tellement de choses à faire dans la vie que voilà, ça faisait partie de ma vie mais je vivais avec quoi. Et puis jusqu’au moment où je tombe malade.

Découvrez la suite de l’histoire dans l’épisode 30 du + Quotidien sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE