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Apparently nothing : l’internat, la cave et le Marais

5 mars 2013 (papamamanbebe.net)

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Sofiane : C’est un peu difficile parce que j’écoute beaucoup de musique. Le choix est très large mais je vais reprendre ce qui est sorti à l’époque où j’ai été contaminé. Ça s’appelle « Apparently nothing », des Young disciples, chanté par Carleen Anderson qui est la nièce d’un très grand joueur de jazz. J’aime beaucoup la voix de cette fille. Le morceau avait été interdit d’antenne à l’époque parce que c’était pendant la guerre du Golfe. Je ne sais pas, il y avait quelque chose dans les paroles qui devait les gêner, mais enfin bref.

Diffusion d’un extrait du titre « Apparently nothing » des Young disciples

Sofiane : Première fois où j’ai eu un petit émoi comme ça ? C’était, que je ne vous dise pas de bêtise, c’était au collège. C’était au collège en 6e. J’étais à l’internat et un jeune garçon est arrivé. Il s’appelait Christophe, il était tout nouveau. Il était brun, il était beau. Il avait les yeux verts et la peau bien bronzée. Et voilà, j’ai eu des émois pour ce garçon pendant un an. Bon c’est resté platonique. Je ne lui avais pas avoué mais oui, on peut dire que j’étais amoureux de ce garçon. Non, il ne s’est rien passé. On s’est juste vu en slip à l’internat, vu qu’on dormait dans le même dortoir et qu’il était un plaisir des yeux à regarder. Mais non, il ne s’est rien passé du tout.

La première fois, on était enfant. Enfin j’étais enfant, on avait 12 ans. J’étais avec un copain et une copine. Donc sa sœur et lui. Abib et Yamina. Dieu ait son âme à Abib, il est décédé le pauvre. Et on n’arrêtait pas de parler de comment on fait les enfants, tatati, tatata, vous voyez, les conversations d’enfants, enfin de pré-ado. On s’est dit tiens, si on allait faire un tour à la cave. Cave des immeubles. Et donc on traîne à la cave, tatati, tatata, on commence à jouer à touche-pipi. Et à un moment, on me propose le choix entre le frère et la sœur. Et je regarde la sœur et je lui fais bah non, je préfère ton frère. Et j’ai fait touche-pipi avec Abib quoi. Mais c’était un touche-pipi à ce moment-là. On se compare la quequette, on se touche la quequette, voilà des petits trucs. On se frotte. C’était très drôle. C’était un peu un combat d’épée. La fille ça ne me disait rien du tout. Je ne sais pas. Moi j’étais entouré de nanas quand j’étais petit. Mais vraiment entouré. J’avais 7 tantes, plus ma mère ça fait 8. J’étais un peu une poupée pour elles. Donc je ne sais pas ouais, je n’avais aucune attirance. Pas de dégoût, vraiment je n’ai pas eu du tout de dégoût par rapport aux nanas. Je suis même sorti avec des filles. Mais non, pas envie de… pas de désir sexuel. La dernière fille avec qui je suis sortie ? J’avais 27 ans. C’était en 1997. Elle s’appelle Solène. Solène, je ne sais pas si tu m’entends mais bon, je t’embrasse Solène. Elle était très sympa. Je lui ai dit que j’étais séropositif, elle me dit : « ce n’est pas grave, il y a des capotes ». Voilà c’est tout. Elle n’avait vraiment pas de problème avec ça. Elle était très gentille, et voilà.

Diffusion d’un extrait du titre « Apparently nothing » des Young disciples.

Sofiane : Ecoutez, je ne sais pas vraiment, bah je crois que c’était avec Abib encore. Le premier garçon avec qui j’avais fait touche-pipi avec sa sœur. Première fois sexuelle… Oui, on va dire que c’était avec lui. C’était chez moi. J’avais fermé la porte à clef en tournant la clef dans la serrure, pour pas que ma mère rentre. On a fait ce qu’on avait à faire de façon beaucoup plus adulte. Dans le sens où il y avait eu pénétration. Ça devait être en 1982 aussi, 1983. Je devais avoir 13 ans. Quelques mois plus tard, le temps de se renseigner, de regarder des livres et de savoir comment faire.

Sandra : Si ta mère était rentrée…

Sofiane : Ma mère a failli rentrer parce qu’une fois j’avais oublié de tourner la clef comme il fallait. On était dans le salon, en train de s’amuser à se toucher. Et il y avait une photo de mon arrière-grand-mère, Dieu ait son âme, sur la télé, que j’avais retournée. Genre culpabilité, tu as le portrait qui te regarde, tu dis non, ce n’est pas possible. J’ai retourné le portrait et tout d’un coup on entend la clef qui tourne. Oh ! Ma mère qui rentre avec son copain de l’époque. Woh ! Alors là on s’est habillé vite fait. Mais bon, ça sentait un peu le… qu’est-ce qui se passe ? Puis ma mère, justement remarque et me dit : bah tiens, pourquoi la photo est retournée ? Je pense qu’elle avait des doutes.

Sandra : Et maintenant ?

Sofiane : Bah je pense que maintenant elle n’en a plus du tout. Bah non, elle n’a plus aucun doute étant donné que je lui ai dit. J’ai fait un package, elle l’a su en 1991. Je lui ai dit mais je pense qu’elle le savait déjà. Généralement elles le savent déjà les mamans. Elle savait déjà que j’étais un peu réservé pour reprendre ses mots.

Sandra : Et tu ne me parles pas de ton papa, c’est parce que tu ne l’as pas connu ou ?

Sofiane : Non, je ne l’ai pas connu. Mes parents ont divorcé, j’étais gamin. Le seul rapport que j’ai avec lui, il travaillait l’équivalent de la RATP là où j’habite. Je n’avais rien à lui dire. La seule fois où je lui ai parlé, c’était pour lui dire que je lui faisais un procès parce que j’étais à la fac, il ne voulait plus verser la pension. Parce que monsieur avait six enfants mais bon. J’ai réussi à lui soutirer 2 500 francs par mois.

Diffusion d’un extrait du titre « Apparently nothing » des Young disciples.

Sandra : Est-ce que tu peux nous raconter ta toute première histoire d’amour ?

Sofiane : Ouais, j’étais amoureux. J’avais un copain qui passait souvent me voir chez moi, qui lui a beaucoup de mal à assumer son homosexualité. Il vient d’une famille de frangin assez religieux, musulman, algérien. Donc j’ai fait sa connaissance, je le connaissais depuis longtemps. Je le connaissais quand j’étais au collège et au lycée. Mais on se connaissait juste comme ça, de vue, dans une petite ville de province. Et puis avec le temps on a fait connaissance. J’ai eu un appartement en province, un très grand appartement. Il passait souvent me voir et quand je n’étais pas là, il me laissait toujours un sac de courses avec soit une superbe bouteille de vin blanc. Enfin les bonnes bouteilles à 60 euros ou voire plus. Il me laissait toujours un panier. Il avait pleins de petites attentions particulières. Et vu que moi, à cette époque, j’étais un peu seul, l’âme en peine, je me suis amouraché de ce jeune garçon, de ses petits gestes affectueux. Et il passait chez moi souvent. Puis voilà, petit à petit, j’ai développé pour cette personne des sentiments assez forts. Mais malheureusement, il ne s’est rien passé. Enfin c’est resté platonique. Non, il n’y a pas eu de sexe mais c’est bien dommage, je le regrette. On ne s’est pas vraiment embrassé non plus. Mais on a eu un rapport assez agréable quand même. Un rapport affectueux agréable. Puis maintenant c’est devenu un ami. Il ne se passera jamais rien mais bon, c’est un pote.

Sandra : Avec Francis, on a parlé du pont des arts. Il nous a emmenés sur le pont des arts. Est-ce que tu aimes ce pont ?

Sofiane : Bah, moi disons que ce pont je m’en fous un peu. Pour moi, ça fait partie de l’imagerie sentimentale à l’eau de rose cucul la praline des amours hétérosexuels. J’accroche un cadenas pour symboliser l’amour éternel que nous aurons jamais, hypocrite ! Menteurs ! Non, ça ne me touche pas spécialement. Je peux trouver ça beau d’un point de vue historique, architectural mais non, je n’ai pas de… rien de sentimental.

Sandra : C’est quoi tes endroits préférés à Paris ?

Sofiane : J’aime bien le jardin du Luxembourg. Un quartier préféré ? Je ne sais pas en fait. Je ne sais pas si j’ai un quartier préféré. Il y a pleins d’endroits dans la ville que j’aime bien. Comme toute pédale qui se respecte j’aime beaucoup le marais ! hein ? ! Non, je plaisante. Je me balade oui, souvent dans le Marais, dans les Halles, souvent dans Belleville, dans le quartier de Belleville, j’aime bien ce quartier, c’est mon quartier. Paris est très joli. Il y a vraiment pleins d’endroits qui sont agréables. Même dans des arrondissements pourris tu as parfois des petits îlots qui sont super-bien. Moi j’ai du mal à dire quel est mon endroit préféré. Il y en a plusieurs.

Diffusion d’un extrait du titre « Apparently nothing » des Young disciples.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE