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Caroline Kayia | Financement de la lutte contre le sida | Francis | Greg | Marie Pirlet | Méga couscous des familles vivant avec le VIH | Stéphanie Briatte

Francis : la thématique du VIH/Sida « n’était pas trop prise en compte » dans la rédaction du contrat local de santé de Saint-Denis

21 décembre 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Focus sur les contrats locaux de santé. Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi s’y intéresser ? Tout simplement parce que ces contrats de santé ont directement des conséquences dans votre ville, sur les priorités de santé de votre ville. Nous allons voir tout d’abord avec Marie Pirlet ce que sont ces contrats, pour quels départements, pour quelles villes, à quoi servent-ils. Marie Pirlet est chargée de mission pour la mise en oeuvre des contrats locaux de santé en Ile-de-France. Elle est responsable de la cellule contrats locaux de santé. Ses missions : accompagner, soutenir, valoriser, veiller à la cohérence des contrats locaux de santé à l’ARS. L’ARS qui est l’Agence régionale de santé. Le directeur de l’Agence régionale de santé Ile-de-France c’est Claude Evin. Quelques définitions parce qu’elle va employer quelques termes peut-être que vous ne connaissez pas. A un moment elle va parler de collectivités territoriales. Ce sont des structures administratives françaises distinctes de l’administration de l’Etat qui doivent prendre en charge les intérêts de la population d’un territoire précis. Donc c’est en fait les communes, les départements, les régions et le DROM-COM (Département et région d’outre-mer et collectivités d’outre-mer). Voilà pour l’instant pour ce premier entretien. On écoute tout de suite Marie Pirlet.

Début de l’enregistrement.

Marie Pirlet : Pour éviter les ruptures avec les politiques de santé déjà mises en place, l’ARS Ile-de-France a voulu amorcer les négociations des contrats locaux de santé dès le début 2011 puisque les agences se sont mises en place en 2010. Quitte à les signer pour un an et revoir certains points après l’adoption du programme régional de santé. Normalement au regard de la loi HPST, Hôpital patient santé territoire, les contrats locaux de santé sont des outils qui permettent de décliner le projet régional de santé avec les collectivités territoriales. Nous en Ile-de-France notre projet régional de santé comme vous le savez ne sera adopté que fin 2012. Donc l’idée c’était de se dire qu’on ne va pas attendre fin 2012 pour rencontrer les collectivités territoriales. On sait qu’elles ont déjà des dynamiques santé sur leurs territoires. Donc on va aller les rencontrer, on va commencer à travailler avec elles et on va utiliser cet outil de contrat local de santé en particulier sur des territoires défavorisés puisque nous, en Ile-de-France on l’utilise comme un outil de réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. C’est un outil complètement nouveau. Ca a été mis en place par la loi HPST, ça n’existait pas avant. D’où la difficulté un petit peu à s’organiser sur ce sujet, d’où les différences d’appréhension entre les régions. Tout le monde ne les a pas utilisé de la même manière et nous notre stratégie en Ile-de-France a vraiment été de dire on a un outil à notre main pour négocier avec les collectivités territoriales et donc là, on cible, on ne va pas l’utiliser sur les 1281 communes je crois en Ile-de-France. Donc on va l’utiliser comme un outil qui va nous aider à travailler sur des territoires particulièrement ciblés parce qu’ils ont des indicateurs de santé défavorables et pour l’utiliser comme un outil de réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. Pour l’Ile-de-France, les contrats sont signés systématiquement, bien sûr avec la commune puisque c’est un contrat entre l’Agence et la commune. Mais on y a associé les préfets pour chacun des départements puisque normalement sont pris en compte dans le cadre de ces contrats, le volet santé, la politique de la ville. Vous savez que la politique de la ville a un volet santé. Dans le cadre de ce volet santé la politique de la ville finance des actions santé et des ateliers santé ville. Et donc il était hors de question pour nous de laisser ce chant de côté. D’autant que l’on souhaite que les contrats locaux de santé soient par ailleurs des contrats qui permettent de sensibiliser ensuite de travailler sur l’ensemble des déterminants qui agissent sur la santé. C’est aussi l’école, c’est aussi les transports, c’est aussi le travail, c’est aussi l’habitation, le domaine de l’habitat. Et que toutes ces choses-là, cette politique qui relève des politiques publiques ont une incidence sur l’état de santé. Notre idée c’est lorsqu’on travaille sur un contrat local de santé avec une commune, avec une collectivité territoriale donc commune ou communauté d’agglomération ou communauté de communes. On essaye d’aborder tous les déterminants qui ont un impact sur la santé. C’est vraiment un point de rencontre entre la commune qui a un plan local de santé ou qui n’en a pas et puis l’Agence qui à partir d’un diagnostic qu’elle a fait au préalable. Donc nous, on a un diagnostic surtout quantitatif. On est à la tête de plusieurs bases de données qui nous permettent d’avoir des indicateurs importants sur l’état de santé de la population au niveau d’une collectivité territoriale, sur l’ensemble du parcours de santé d’un citoyen, on a un certain nombre de données, à partir de ces données-là, on peut savoir s’il y a une difficulté ou non et puis des indicateurs de santé. Donc là, on connait, je ne sais pas, je vais vous dire le taux de dépistage organisé des cancers, etc. Donc on a des indicateurs de santé qui nous permettent de rencontrer la collectivité territoriale et de dire nous, ce qu’on avait constaté c’est qu’il y avait un problème sur ce thème ou sur cette population. Et puis à partir de là, le contrat qu’on passe avec la commune c’est effectivement de compléter ce diagnostic quantitatif avec un diagnostic qualitatif, c’est-à-dire que là, la commune avec l’aide de l’Agence va poursuivre son diagnostic par des enquêtes auprès de la population, auprès des professionnels de santé, etc. Et à partir de ces diagnostics plus complets, on va déterminer quels sont les axes sur lesquels on va travailler ensemble. Même si le contrat local de santé n’est pas un outil de financement supplémentaire, il va permettre en revanche pour l’Agence de cibler et de prioriser ces actions sur ces territoires. Nous, Agence, on finance déjà les collectivités territoriales sur certaines choses. Donc dans le cas de l’appel à projet prévention promotion de la santé, dans le cadre du financement de maison de santé pluriprofessionnelles, la politique de la ville finance aussi les communes s’il y a un atelier santé ville. Elle finance la coordination de l’atelier santé ville. Si vous voulez, lorsqu’on décide de travailler avec une commune parce qu’on a déterminé que c’était un territoire à prioriser, on concentre nos moyens ou on priorise nos moyens plus exactement sur ces communes. Ca permet de réorganiser, de recibler les territoires qui en ont le plus besoin. Les Agences régionales elles ont des champs bien déterminés de responsabilité de par la loi. On a le champ de la prévention de la promotion de la santé, le champ de l’offre de soins ambulatoire et hospitalière et le champ de l’offre médico-social. En Ile-de-France on a décidé que les contrats pouvaient aborder l’ensemble de ces champs et même devaient aborder. Mais on sait bien que, on ira tout doucement. Dans nos contrats, dans les contrats en Ile-de-France, il peut avoir un, deux, trois ou quatre champs qui sont abordés puisqu’on a le champ de la santé environnementale aussi qu’on met un petit peu à part parce qu’elle est très importante.

Sandra : Est-ce que le VIH fait partie des priorités de santé publique dans ces contrats locaux de santé ?

Marie Pirlet : Bien sûr. Etant donné que ces contrats locaux de santé sont la rencontre des priorités de l’Agence avec les priorités de la commune. Des les priorités de l’Agence, les priorités de l’Agence sont déterminées via les schémas régionaux qui viennent de paraitre, qui constitue le projet régional de santé. Et donc dans le schéma régional de prévention bien sûr que le VIH y a toute sa place. A partir du moment où sur un territoire donné, il y a un problème particulier concernant cette thématique-là, bien entendu elle sera inscrite dans le contrat local de santé. Si dans une commune le problème, c’est un problème d’offre médicale par exemple et qu’il y a à travailler sur la mise en place d’une maison de santé pluriprofessionnelle, l’Agence elle s’engage à accompagner la commune dans la démarche, dans l’interpellation des professionnels de santé, dans la fourniture d’un certain nombre de données concernant la démographie médicale, l’attractivité du territoire ou de la zone, etc. Si c’est sur des actions de prévention, l’Agence elle peut s’engager à financer telles actions ou à demander au promoteur qui par ailleurs est financé au niveau régional d’aller travailler plus particulièrement, si c’est une association, d’aller travailler plus particulièrement sur tel ou tel territoire. Si c’est un centre de santé, l’Agence travaille avec la fédération des centres de santé sur l’analyse de leur viabilité économique pour faire en sorte qu’ils puissent mieux fonctionner, on peut tout à fait par rapport à une commune qui le souhaite, l’accompagner et aider à analyser un petit peu le fonctionnement du centre municipal de santé pour faire en sorte que sa viabilité économique soit assurée de manière plus efficiente.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Marie Pirlet au micro de Survivre au sida. Je rappelle qu’elle travaille à l’ARS Ile-de-France. Elle est chargée de mission pour la mise en oeuvre des contrats locaux de santé en Ile-de-France. Francis et Greg, pour l’instant qu’avez-vous compris de ces contrats locaux de santé ?

Francis : Moi j’ai compris que la dame a dit que bien sûr, la problématique du VIH/Sida est prise en compte dans les contrats locaux de santé. Mais c’est pris en compte dans quel sens ? C’est ça que je n’ai pas bien compris. On peut prendre ça en compte, je vais dire dans le sens de l’économie, du budget par ces temps de crises. Ce qui n’est pas forcément l’intérêt du malade concrètement sur le terrain. Mais on peut aussi prendre la maladie en compte en privilégiant le bien-être des personnes séropositives. Donc c’est ça qui ne m’apparait pas clairement.

Greg : Qui fait les priorités et qui décide ? Dans certaines communes, peut-être il n’y a pas assez de séropositifs. L’hépatite C, d’autres choses sont prioritaires et l’argent est mis ailleurs. Qui prend les décisions ? Ca, c’est ma question parce que c’est un peu flou. On parle beaucoup de l’argent, on peut aider un certain nombre de malades, etc, pour essayer de soutenir mieux économiquement ces malades plus tard ou l’année prochaine. Mais qui décide ? Elle, elle est représentante…

Sandra : Elle, elle travaille à l’ARS, l’Agence régionale de santé.

Greg : Oui c’est ça. Mais qui décide ? C’est l’ARS ou c’est….

Sandra : Justement, là on va descendre d’un étage. On va maintenant écouter Stéphanie Briatte qui travaille à la mairie de Saint-Denis. On va s’intéresser à une ville de l’Ile-de-France donc Saint-Denis. On va voir comment ils ont mis en place ces contrats locaux de santé, comment ils se sont organisés pour les mettre en place et voir comment ils ont choisi les priorités. Stéphanie Briatte qui travaille à la direction de la santé à la ville de Saint-Denis, en charge de coordonner le contrat local de santé de la ville de Saint-Denis. On l’écoute.

Début de l’enregistrement.

Stéphanie Briatte : Le contrat local c’est un document qui a été écrit et ensuite signé entre l’Agence régionale de santé, l’Etat donc la préfecture et la ville de Saint-Denis. Donc c’est un document écrit dans lequel on parle de problèmes de santé, d’objectifs à atteindre et d’actions à réaliser. Mon travail a été dans un premier temps en 2011, donc c’est une commande qui était venue de l’élue, Madame Le Torrec, qui avait vu l’Agence régionale santé et qui avait vu l’Etat. Ils s’étaient dit bon, on se met d’accord, on va écrire ce contrat. Donc moi la mission que j’ai eu, c’était en 2011 en lien avec d’autres collègues de ma direction d’organiser des réunions pour discuter avec nos partenaires, les associations, les médecins, les travailleurs sociaux, différentes personnes, sur des thématiques qu’on avait déjà un peu pré-choisie puisque ça fait quand même des années que la ville travaille sur la santé. Nous on pense qu’il y a ça et ça comme problème, vous dites non, qu’est-ce que vous pensez qu’il y a comme problème ? En fait c’était pour faire une sorte, les groupes de travail avaient pour mission d’évaluer les problèmes et de proposer des actions. Ensuite donc on a un petit peu fait la synthèse de tous ces travaux. Ensuite on a discuté avec l’Agence régionale de santé et l’Etat. On était toujours en lien avec eux pour voir ce qu’ils étaient d’accord pour garder dans le contrat ou pas. Donc on a ensuite dû faire tout un travail d’écriture, d’échanges entre eux et nous pour savoir qu’est-ce qu’on maintenait dans ce contrat qu’on a signé le 2 décembre 2011 avec l’Agence régionale de santé. Une fois le contrat signé, en 2012 maintenant il faut mettre en oeuvre ces actions. Donc moi je travaille dans une équipe qui s’appelle l’unité ville et santé. On se charge de mettre en oeuvre les actions. Pour ça il faut trouver des budgets, il faut réunir des gens. Maintenant on met en oeuvre les actions. Ces actions, le contrat ils ont fait un programme assez gros, le contrat il fait 200 pages. Mais en fait il y a 8 thématiques. La première s’appelle l’accès, permettre aux personnes de situation de précarité d’avoir leur droit AME (Aide médicale d’Etat) CMU (Couverture maladie universelle) qui s’ouvrent le plus facilement possible. Deuxième axe il s’appelle offre de soins de premiers recours. Donc il s’agit de lutter contre la baisse de la démographie médicale. Il y a des médecins qui vont de plus en plus vers les 50-60 ans. Ils vont bientôt partir à la retraite. Donc on est inquiet qu’il y ait de moins en moins de médecin à Saint-Denis. Le troisième axe c’est la santé mentale. C’est favoriser l’accès aux soins de la santé mentale, travailler sur la souffrance psychosociale. Le 4ème axe c’est travailler sur tout ce qui est addiction, conduite à risque. Le 5ème c’est travailler sur la nutrition et l’activité physique. Donc lutte contre le surpoids, l’obésité, etc, les problèmes nutritionnels. Le diabète, tout ça. Le 6ème axe c’est la santé environnementale. Donc c’est tout ce qui est la lutte contre le saturnisme, les problèmes d’insalubrité. Tous les problèmes de santé qui sont créés par de l’insalubrité dans le logement en fait ou par des pollutions. Des pollutions à l’intérieur des logements et à l’extérieur. Ce qui fait que ça crée des problèmes de santé. Après on a choisi deux entrées un peu plus populationnelle. Travailler sur la santé des femmes et des jeunes. Le VIH, sans s’en être une thématique en lui-même, dans le diagnostic on en parle. Quand on écrit un contrat et qu’on fait des choix, il y a des personnes qui s’inquiètent de savoir pourquoi on a fait ces choix ou pas. Donc effectivement dans les groupes de travail, on a des acteurs qui nous ont dit attention, pourquoi il n’y a rien sur le VIH. Donc on a rajouté des choses dans le diagnostic sur le VIH et le sida en rappelant que c’était une pathologie qui concernait quand même… bah la Seine-Saint-Denis est quand même pas mal touchée par cette pathologie. Tout ce qui est l’accès aux soins des personnes et aussi permettre un soin de premier recours, c’est ça qui est important et qui permet de permettre aux gens de pouvoir accéder à un médecin. Et travailler aussi sur la prévention.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Stéphanie Briatte au micro de Survivre au sida. Un entretien réalisé le 1er octobre 2012. Y-a-t-il eu des réponses à vos questions avec cette première partie puisqu’on l’écoutera à nouveau ?

Francis : Oui tout à fait puisqu’elle a parlé effectivement du VIH/Sida. On voit bien qu’au départ cette thématique n’était pas trop prise en compte parce qu’il y a eu des réunions, on a dû attirer leur attention etc. Alors que nous, nous savons d’un point de vue associatif que le département de Seine-Saint-Denis est vraiment bien touché par cette pathologie. Il y a pas mal de personnes d’origine étrangères qui y résident. Parallèlement nous savons que c’est aussi un département qui ne bénéficie pas vraiment de l’attention qu’il faudrait par les autorités. On se rappelle encore le maire d’une des communes de Seine-Saint-Denis qui a fait grève de la faim de façon spectaculaire. Ca faisait un peu folklore mais ça en disait long. Quand on sait que dans d’autres départements ils sont vraiment pourris et tout. C’est dommage qu’il y ait cette inégalité dans les financements. Là où il y a beaucoup de problèmes, c’est là aussi où il n’y a pas les financements. Là où il y a beaucoup de financements, c’est là où il y a aussi le moins de difficultés. Ca c’est dommage. A qui la faute ? Ca, je n’en sais rien. En tout cas moi c’est un coup de gueule de ma part. C’est pour attirer l’attention des uns et des autres. Si nous voulons une France égalitaire, si nous voulons une France où les français se portent bien et sont fiers, sont contents d’être français, sont épanouis, il faudrait qu’on fasse un tout petit peu plus d’efforts allant vers la justice pour tous.

Sandra : C’est entendu Francis. Greg, as-tu encore des interrogations ?

Greg : Oui moi je trouve que c’est un peu abstrait pour moi. Je voudrai savoir exactement quelles sont les actions. Ca veut dire combien d’argent qui vient pour ça ? Ca veut dire si c’est une question d’engager plus de médecins pour donner plus de moyens, pour suivre avec le VIH. Certainement il y a d’autres problèmes qui peuvent se manifester. Mais l’argent, si c’est une question d’argent, on le met dans quel programme, comment on contacte les gens ? J’imagine c’est pas mal de gens qui sont touchés par cette séropositivité qui ne se manifestent pas. Comment retrouver, comment encourager ces gens-là de manifester parce que c’est un problème de santé publique.

Sandra : Je vous propose d’écouter la deuxième partie de l’entretien avec Stéphanie Briatte. Je lui ai demandé, ce contrat local de santé, en quoi ça vous aide et puis quelles actions vous allez pouvoir mettre en place grâce à ce contrat local de santé ?

Début de l’enregistrement.

Stéphanie Briatte : Ce qui nous aide c’est que vraiment les gens du terrain participent pour faire remonter les besoins. Ce que je pense c’est qu’étant donné que c’est un contrat dans lequel il y a l’Etat qui est présent et l’ARS, c’est important que les acteurs de terrains puissent faire remonter les besoins que ce soit par exemple, justement dans le cadre du VIH que les personnes puissent dire attention, avez-vous bien des actions de prévention ? On a besoin de travailler plus en lien avec l’hôpital sur telles problématiques, je ne sais pas. Ce qui nous aide dans nos actions c’est d’avoir un cadre et un outil qui facilitent la concertation qui permet de faire remonter les besoins au niveau de l’ARS et de l’Etat. Après ce n’est pas parce qu’on fait remonter les besoins vous me direz qu’ils sont entendus. Mais au moins on a un outil qui le permet. Après on a des comités de pilotage où on peut faire part des besoins. Le choix politique qui était à Saint-Denis, par notre élu à la santé Madame Le Torrec, elle en parlerait mieux que moi et j’espère ne pas dire de bêtise mais c’était vraiment de faire un outil de concertation et de partage avec les gens du terrain et que ce ne soit pas que les grandes strates du dessus qui décident mais que ce soit vraiment les gens de terrain qui soient impliqués. Et puis les associations d’usagers, les associations de familles, les gens qui sont concernés au plus près par les problématiques de santé. Le fait d’avoir signé un contrat, le jour où on va demander des financements auprès de l’ARS et auprès du CUCS (Contrats urbains de cohésion sociale), eh bien c’est comme une sorte de levier si vous voulez. Quelque chose qui facilite le fait d’avoir les financements. C’est une sorte de garantie. Nous pour le moment ça se passe bien, on a les financements qu’on pensait avoir. Mais on est reste aujourd’hui très vigilent parce qu’on est dans une situation un peu de réduction budgétaire dans différents cadres. Très honnêtement, on n’a pas non plus de certitude que l’année prochaine tout marchera bien. On reste vigilant par rapport à l’ARS et l’Etat. Je ne sais pas comment vous dire, pour le moment tout va bien, on est content mais comme on n’a pas vraiment non plus un document qui nous dit oui, toutes les années on vous donne telles sommes, on leur rappelle régulièrement, attention, on a signé ce contrat, il faut bien respecter vos engagements et tout ça.

Sandra : Est-ce que grâce à ce local de santé, est-ce qu’il y a déjà des choses nouvelles qui ont été faites pour les séropositifs de Saint-Denis ou alors est-ce qu’il y a quelque chose qui a été fait pour informer le grand public sur le VIH ?

Stéphanie Briatte : Sur le grand public, dans le cadre du contrat local de santé, on n’est pas encore allé vers le grand public pour leur raconter ce qu’il y avait dedans et ce qu’on avait fait. Donc là non. En revanche à Saint-Denis, il y a régulièrement des Méga couscous qui sont organisés, que je pense que vous connaissiez mieux que moi. Et donc, on se dit peut-être que ces Méga couscous, petit à petit, puissent être inscrits au contrat local de santé, ce qui pourrait peut-être pérenniser leurs actions, etc. Moi je pense, le mieux c’est partir de l’existant et l’inscrire dans le cadre du contrat. Ce qui permet éventuellement de pérenniser les actions. Pour le moment, ce n’est pas le cas. Mais ça peut être travaillé dans les années à venir. Peut-être quand on présentera au grand public le contrat local, les gens nous diront pourquoi vous ne parlez pas du Méga couscous dans le contrat local de santé.

Sandra : Est-ce que ce contrat local vous oblige à revoir certains actions ?

Stéphanie Briatte : Oui dans le bon sens du terme j’ai envie de dire. On avait beaucoup d’actions pour aider, sur tout ce qui est l’accès aux droits, AME, CMU, et donc ça a, par exemple, permis d’intensifier notre partenariat avec la CPAM (Caisse primaire assurance maladie). Par exemple, on est en train de travailler sur un projet où les gens qui sont dans les centres de santé, sont reçus par quelqu’un, si elles n’ont pas de droit ouvert, qui va les aider à faire leur dossier. C’est tout un binz, excusez-moi l’expression mais pour faire son dossier AME CMU, faut avoir 15 papiers différents, écrire 4 formulaires. Bon. Quand on est soit malade, quand on arrive sur un territoire et qu’on ne sait pas trop comment faire, c’est important d’être accompagné. Et parfois la CPAM met du temps à répondre. Donc nous dans le cadre du contrat on essaye d’intensifier nos partenariats avec la CPAM pour qu’ils répondent aux dyonisiens plus rapidement, et que donc, au lieu d’attendre 6 mois pour savoir si vous avez votre couverture médicale ouverte, vous ne savez pas si vous pouvez vous soigner, vous ne pouvez pas vous faire rembourser votre radio, vous ne pouvez pas vous faire rembourser vos médicaments. Donc vous ne pouvez pas éventuellement vous faire rembourser votre trithérapie, etc. Donc là ils disent c’est que les gens aient leurs droits ouverts plus rapidement.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Stéphanie Briatte au micro de Survivre au sida. Définition de la CPAM, c’est l’assurance maladie tout simplement. CUCS, contrats urbain de cohésion sociale. Francis et Greg, que pensez-vous des propos de Stéphanie Briatte. Elle a parlé des Méga couscous, elle disait que régulièrement des Méga couscous étaient réalisés. Alors le dernier Méga couscous, en fait c’était un Mini couscous puisqu’il n’y avait pas assez de moyens en 2011 pour l’organiser. Les membres du Comité des familles avaient souhaité faire un Méga couscous en octobre 2012. Malheureusement il n’a pas pu se faire parce que là aussi on manquait de moyens. Du coup, comme le Méga couscous va peut-être être inscrit dans ce contrat local de santé, peut-être qu’on va être un peu plus soutenu par la ville de Saint-Denis puisque ces Méga couscous sont organisés dans la ville de Saint-Denis.

Francis : Nous allons déjà croiser les doigts que le Méga couscous soit effectivement inscrit et qu’on puisse reprendre comme nous l’avions déjà fait. Par ailleurs, je rappelle aussi que le Comité des familles cherchait un local dans la commune de Saint-Denis.

Sandra : On cherche toujours. On est dans l’attente.

Francis : Nous avons demandé l’appui. On a été visiter, voilà, on n’a pas eu d’appui. Du coup nous sommes restés confinés dans le 19ème arrondissement à Paris. C’est pour dire que, les enjeux sont toujours ouverts. Les demandes sont toujours là. Elle, elle est vigilante vis-à-vis de l’ARS. Nous, nous sommes vigilants vis-à-vis de tous nos partenaires.

Sandra : L’ARS est un de nos partenaires.

Francis : Oui l’ARS est un de nos partenaires. Nous écoutons les uns et les autres. Nous remercions ceux qui nous appuient. Mais nous restons vigilants aussi et nous n’oublions pas.

Greg : Moi je voudrais bien participer dans un Méga couscous si on peut être soutenu pour ce genre d’activité qui sert à beaucoup de choses, pour la diffusion des informations, pour la prévention, parce qu’on parle à des jeunes. C’est un mélange de gens qui participent. Ce serait très bien si on pouvait avoir un soutien financier pour faire ces Méga couscous chaque année.

Sandra : Maintenant on va écouter Caroline Kayia qui elle est directrice de l’association Maison de la santé à Saint-Denis. Donc on descend encore d’un étage. On va s’intéresser à une association, donc la Maison de la santé à Saint-Denis. Caroline Kayia est également coordinatrice de atelier santé ville Saint-Denis. Tout d’abord on va savoir ce que c’est la Maison de la santé, qu’est-ce qu’elle propose aux habitants de Saint-Denis, aux dyonisiens.

Début de l’enregistrement.

Caroline Kayia : C’est un dispositif national qui a pour finalité la réducton des inégalités sociales et territoriales de santé. Ca consiste en la coordination des acteurs de santé sur la ville de Saint-Denis. Acteurs de santé qu’ils soient hospitaliers, municipaux, associatifs, libéraux, institutionnels. On favorise la concertation entre ces différents acteurs. On a également pour mission de faciliter des actions de santé publique, promotion de la santé, santé communautaire et d’associer les habitants à la définition des problèmes et des besoins en santé. On travaille essentiellement avec les professionnels pour mettre en réseau les professionnels de santé sur le territoire de Saint-Denis. On reçoit également du public. Le public est orienté vers les ressources locales. Hôpital, ressources municipales, ressources associatives ou libéraux. La Maison de la santé est également un lieu d’information pour les habitants. On a quelques actions ponctuelles pour les habitants mais l’essentiel de nos actions sont dirigés vers les professionnels. Les demandes des professionnels c’est de mieux connaitre les ressources sur le territoire, d’échanger sur leurs pratiques. Ensemble, réfléchir à comment favoriser un meilleur accès aux soins pour les populations en situation précaire, travailler ensemble sur les aspects juridiques sur cette question d’accès aux soins par exemple. Sur les questions de nutrition, c’est améliorer la prévention et la prise en charge de l’obésité à Saint-Denis par exemple. Avoir des outils pour mieux se connaitre, notamment un site internet qui répertorie l’ensemble des ressources sur la ville de Saint-Denis. On a des axes de travail prioritaire parce que, contenu de nos moyens humains, on ne peut pas cibler l’ensemble des thématiques en santé. Le VIH n’est pas dans nos priorités. Toutefois, de façon ponctuelles, on organise quelques rencontres sur cette thématique. Rencontre auprès des professionnels. Et dans le cadre de la journée du VIH, donc le 1er décembre, on a déjà été impliqué pour des dépistages. Mais on va dire qu’on n’est pas moteur sur cette thématique. En 2007, fin 2007, le conseil d’administration a décidé de se concentrer sur trois thématiques qui semblaient les plus importantes. C’est l’accès aux soins des populations précaires, la nutrition, l’offre de soins. Après on sait que le centre hospitalier de Saint-Denis est très actif. Il y a des associations. L’association AIDES est en train en ce moment de réaliser un dépistage rapide pendant trois jours avec un camion positionné à la gare de Saint-Denis. Donc effectivement, si je reçois du public qui veut se faire dépister, je vais l’orienter. Et puis ensuite mon rôle c’est de diffuser ce genre d’information.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Caroline Kayia au micro de Survivre au sida. Ensuite je lui ai demandé pourquoi, comment ont-ils choisi leurs priorités.

Début de l’enregistrement.

Caroline Kayia : On s’est basé sur plusieurs documents. Notamment les comptes-rendus des conférences locales de santé. Ce sont des conférences qui sont organisées par la ville de Saint-Denis. Auparavant c’était environ tous les 3 ans avec professionnels et habitants. On écoutait les participants sur leurs préoccupations et sur quelques études aussi statistiques, des données de l’ORS (Observatoire régional de la santé), etc.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : C’est dommage parce que là, on n’a pas d’habitant de Saint-Denis avec nous dans les studios. Dites-nous chers auditeurs si vous étiez au courant de ces conférences qui étaient organisées dans la ville de Saint-Denis pour parler de la santé. Est-ce que ça vous intéresse de parler de la santé ? Avez-vous reçu une invitation ? Dites-nous sur le site lemegalodon.net ou survivreausida.net. Et puis ensuite je lui ai demandé, ce contrat local de santé, comment ont-ils préparé sa mise en place, en quoi ça va les aider, que vont-ils faire avec ce contrat local de santé ?

Début de l’enregistrement.

Caroline Kayia : La première phase c’était vraiment en amont. Tout à l’origine, on a lancé une dynamique partenariale pour préparer ce contrat local de santé. Ca veut dire, en 2010, nous avons organisé un séminaire en invitant tous les acteurs de santé au sens large, y compris travailleurs sociaux, acteurs de la réussite éducative, enseignants, acteurs de santé au sens large. 99 professionnels étaient présents. Egalement on a lancé un questionnaire auprès de tous ces acteurs pour identifier les problématiques les plus préoccupantes en santé sur Saint-Denis et les priorités d’actions. Donc au total, lors de cette première phase, c’est 59 structures ou cabinets libéraux qui étaient impliqués. C’était des structures associatives, cabinets libéraux. Il y avait des structures municipales, institutionnelles et évidemment hospitalières. Surtout le centre hospitalier de Saint-Denis. Ca a permis d’identifier plusieurs axes prioritaires qui ensuite ont été repris pour l’écriture du contrat local de santé de Saint-Denis. Notamment l’accès aux soins des populations précaires, l’offre de soins, la nutrition, la santé mentale, les conduites addictives, etc. La deuxième phase, c’est lors de l’écriture du contrat local de santé. Donc plusieurs groupes de travail thématiques et pluripartenariaux ont été créés. Et puis certains étaient pilotés par la Maison de la santé ville. Donc nous, nous avons vraiment été impliqués sur les axes santé précarité, nutrition, offre de soins, qu’on a l’habitude de faire. Ensuite l’écriture proprement dite ça a été la mission de la ville. Mais nous, nous avons contribué pour la réflexion et la mise en réseau des partenaires afin de définir qu’est-ce qu’on mettait dans chacun des axes.

Sandra : Du coup à quoi ça vous sert ce contrat local de santé ?

Caroline Kayia : Moi je dirai ça fixe un cap qui est la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé. Donc c’est un contrat entre l’Agence régionale de santé, la ville de Saint-Denis et la politique de la ville, le préfet. Ca incite tous les acteurs de Saint-Denis qui veulent faire des actions de santé à suivre ce cap. Après j’imagine qu’il y aura sûrement des temps d’évaluation pour voir est-ce qu’on a atteint nos objectifs. C’est important qu’ils soient fait de façon pluripartenariale ces temps d’évaluation. Ca lance une dynamique. On suit tous la même direction. J’ai bien compris que quand même les financements seraient faciliter lorsque les porteurs de projets déposent des actions qui rentrent dans la logique du CLS (Contrat locale de santé). Ca ne peut que être positif. Ce qu’on faisait déjà, c’est reconnu comme des priorités. Notamment lors du séminaire de 2010 dont je vous ai parlé. Donc du coup, il se trouve que ce qu’on faisait déjà, c’était tout à fait logique de le continuer en lien avec le CLS. C’est à l’échelle de plusieurs années qu’on verra si oui ou non, sur Saint-Denis on a pu réduire les inégalités sociales territoriales de santé. Là on va dire que l’effet positif, c’est la mise en réseau des partenaires depuis 2010 je pense. On est au tout début. Après il y aura des étapes où on fait le point.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Caroline Kayia au micro de Survivre au sida pour parler du CLS, le contrat local de santé, à Saint-Denis. Elle est la directrice de la Maison de la santé à Saint-Denis. On a entendu pas mal d’axes sur la santé. On a parlé de nutrition, de précarité. Est-ce que ce ne sont pas des thématiques quand même qui concernent aussi les personnes séropositives ? Je vous pose cette question Francis et Greg. Et puis que pensez-vous de cette Maison de la santé à Saint-Denis.

Francis : En ce qui me concerne, disons que j’ai une amie qui travaille à la Maison de la santé de Saint-Denis, d’ailleurs je lui fait un petit coucou, elle se reconnaitra bien. Et puis j’avais été invité à l’inauguration de cette Maison de santé. J’ai eu le privilège de visiter la Maison de santé quelques jours avant l’inauguration. Mais je ne peux pas dire pour autant que je connais bien ce qu’on y fait. La directrice vient donc de nous éclairer. Mais il faut dire que les personnes séropositives vivant en Ile-de-France vivent aussi énormément dans la précarité. Ils connaissent vraiment la précarité. Maintenant, concrètement, comment les choses vont se mettre en place. Attendons de voir. Dans tous les cas, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous n’oublions pas. Nous avons une très bonne mémoire. Nous prenons note. On prend ça, on met ça en bonne place dans nos carnets de note et nous allons suivre. Les différentes structures administratives peuvent compter sur notre vigilance et sur notre bonne volonté.

Sandra : C’est entendu. Greg, as-tu quelque chose à rajouter ?

Greg : Non pas vraiment sur ce sujet.

Sandra : As-tu compris à quoi ça servait ?

Greg : Oui, j’ai bien compris. Mais qu’est-ce qu’ils font dans cette Maison de santé. C’est des gens qui vont sur le terrain ? Où chercher les malades ? On parle beaucoup de soins etc mais…

Sandra : En fait ils travaillent avec les professionnels de la santé…

Greg : Oui mais dans ce cas-là, c’est eux qui cherchent les fonds mais qu’est-ce qu’ils font ? Je ne comprends pas.

Sandra : On aura l’occasion d’en reparler de toute façon.

Greg : Si c’est pour encore faire les papiers…

Francis : Tout à fait. En tout cas moi je pense qu’il faut que l’on revienne là-dessus pour aller voir concrètement sur le terrain les membres de nos différentes associations qui y sont. Comment ils vivent le quotidien sur ce territoire. Parce que là, elle a parlé juste d’une association qui faisait un dépistage rapide et elle a dit si les gens étaient intéressés, bien sûr elle les enverrait là-bas. Mais il n’est pas évident que quelqu’un qui est intéressé se déplace particulièrement pour aller chez elle et lui dit oui oui, je suis intéressé par un test rapide. Non. Ce n’est pas comme ça que ça se passe concrètement.

Sandra : Je prends note de vos demandes. C’est peut-être aussi les demandes des auditeurs qui nous écoutent. Je ne sais pas mais dites-nous.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE