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27 personnes portent plainte contre des assurances qui refusent de prendre en charge des drépanocytaires

15 novembre 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Greg, est-ce que tu as une assurance ?

Greg : Oui. Mais comme j’étais dedans un moment donné avec les mutuelles. Je vendais des mutuelles en France. Vous avez les formules où il n’y a pas besoin de visite médicale. Et moi je l’ai pris à la base pour ça parce que je savais que si j’expliquais ce que j’avais, ils me refusaient d’office. Mais en tout cas c’est des grosses sociétés et la seule chose qui les intéressent c’est le profit. Les gens, excusez-moi, ils n’ont rien à foutre des gens. C’est le profit et l’argent. Les assureurs excusez-moi le mot, mais c’est enfoirés ! (rires)

Sandra : Je vous propose d’écouter Jenny Hippocrate sur ce sujet.

Début de l’enregistrement :

Jenny Hippocrate : Quand on va pour une assurance, on vous donne un imprimé, un document à remplir. Etes-vous malade, de quelle maladie souffrez-vous ? Drépanocytose. Même si la personne en face n’est pas encore au courant mais elle ira se renseigner. Elle va rappeler le/la malade pour lui dire on ne peut pas, la drépanocytose, c’est la mort. Donc on ne peut pas vous assurez sinon il faut payer le double ou le triple etc. Dernièrement il y a une jeune femme qui nous a interpellé parce qu’on avait déjà quelques cas, et cette fille elle n’était vraiment pas bien. D’ailleurs elle est hospitalisée actuellement. On lui a carrément dit de toute façon vous allez bientôt mourir, à quoi bon déjà avoir accès à la propriété d’une part, et puis à quoi bon vous assurez puisque de toute façon vous allez bientôt mourir ? Ce n’est pas possible. Cette fille nous a tout de suite interpellé et là j’ai repris tous les dossiers. Là nous sommes à 27 et nous allons porter plainte parce qu’effectivement les assurances refusent d’assurer les personnes drépanocytaires sous prétexte qu’elles vont bientôt mourir, qu’elles sont trop malades et que s’il devait arriver un truc, le conjoint restant va faire appel, il faut payer l’appartement, il faut que ce soit l’assurance qui paye. Donc ce n’est pas possible. Donc nous sommes écoeurés, outrés de voir ce genre de comportement. On est au 21ème siècle. C’est vrai que la drépanocytose c’est une maladie grave mais avec la prise en charge qui devient un petit peu, ce n’est pas comme il y a 20 ans où les malades… moi je vous dis que c’est vrai, l’espérance de vie est amputée pour certains malades. Mais ce qu’on ne voyait pas dans le temps, avoir un malade qui a 72 ans, on en a aujourd’hui. Donc il faudrait que ces gens-là ils se renseignent un peu. Et puis ma foi, on ne demande pas, on ne cherche pas à être malade. Pour nous c’est de la discrimination pure et simple. Et l’autre discrimination qu’on vient d’avoir qui existe depuis très longtemps mais qu’on vient d’avoir au niveau d’une autre assurance, nous avons eu une personne d’origine africaine qui non seulement on a refusé parce qu’elle est drépanocytaire mais parce qu’elle est noire. C’était ça les propos. Non seulement vous êtes noire mais en plus vous êtes drépanocytaire, ce n’est pas possible. On va vraiment attaquer, on a saisi des instances importantes. Là je suis en train de monter les dossiers avec les 4 avocats de l’association. Ce sont des bénévoles donc ça prendra le temps qu’il faudra parce qu’on est tous des bénévoles dans cette association. On ne va pas laisser ça passer.

Sandra : Et si dans le questionnaire je ne dis pas que je suis drépanocytaire. Est-ce que ça va poser problème ?

Jenny : Vaut mieux dire la vérité. Enfin moi c’est ce que je conseille aux gens. Si un jour on découvre, vous êtes viré, vous avez perdu l’argent que avez déjà donné d’une part. Nous on a eu le cas il y a une quinzaine d’années mais je n’avais pas porté trop d’importance à l’époque. Cette dame elle est décédée à 35 ans et c’est son mari qui… ah mais oui, votre femme elle nous a caché qu’elle était drépanocytaire, vous n’aurez rien du tout. On ne va pas prendre en charge la partie de la femme. Cette homme s’est retrouvé seul à payer une traite de maison qu’il ne pouvait pas payer, il était obligé de revendre. Donc à la limite, vaut mieux dire la vérité et puis on verra s’il y a des assureurs qui comprennent. Il y en a qui payent le triple. C’est vraiment du n’importe quoi et nous on ne va pas se laisser faire. Ca suffit. Les drépanocytaires qui souffrent déjà énormément. Physiquement parce que ce sont des douleurs atroces la drépanocytose. Je prends l’exemple de mon fils qui me disait quand il avait que 3 ans, je lui dis tu as mal à combien, 100 000 millions sur 100, c’est comme si on casse les os avec un marteau piqueur, un tsunami, un tremblement de terre dans le ventre. Il m’a demandé le droit de mourir à 5 ans. Maman tue-moi sinon trouve quelque chose pour me guérir, je ne veux plus souffrir comme ça. Plus la souffrance morale. On ne sait pas comment seront fait nos lendemains, on ne peut pas être comme ses copains, on est toujours absent à l’école donc il faut travailler dix fois plus que les autres pour décrocher un diplôme. Et quand on travaille, on se concentre, qu’est-ce qui se passe ? La crise revient. Donc on est quand même comme le chien qui se mord la queue. Donc non, c’est déjà trop de souffrance pour nous mettre ça encore sur le dos. Ca suffit. On est des êtres humains à part entière, pas à part. Donc il faut que ces personnes prennent leurs responsabilités. Ce sont des assurances ils doivent assurer. Terminé point barre. C’est tout ce qu’on demande. Maintenant, si le malade il vit moins longtemps, bon, on verra. Mais il y a des malades qui vont vivre et puis voilà, ils n’auront pas le temps de bénéficier de quoique ce soit. Il faut arrêter ça.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Greg, qu’est-ce que tu penses de son action ?

Greg : Je trouve que c’est très bien. Comme je t’ai dit avant, j’étais dans les assurances pendant quelques années. Si c’est l’assurance vie, c’est un peu plus compliqué. Mais ce n’était pas ça, j’étais dans les mutuelles. Mais vous avez des mutuelles même avec des grandes sociétés qui sont très bien où les formules à partir de 100%, je crois que c’est à partir de 120 ou 125% où vous êtes obligés de remplir un questionnaire médical. Mais les autres en-dessous c’est aussi bien, c’est certainement question de remboursement pour les lunettes, les dents etc. Mais vous n’avez pas besoin de remplir de formulaire médical pour ces assurances je crois. Renseignez-vous. Comme je t’ai expliqué, comme je l’ai dit tout à l’heure, les assurances c’est des gros investisseurs, des gros capitaux, eux ne sont pas intéressés sur les gens. C’est l’argent. On vit dans un monde, en tout cas en occident où c’est le capitalisme, c’est comme ça. Mais je suis d’accord avec vous, il faut combattre, faire des procès en particulier quand les gens disent des choses vous êtes malade et vous êtes noir. Ca c’est n’importe quoi. On est en 2012, il ne faut pas accepter ce genre de comportement nul part.

Sandra : Je vous propose d’écouter le professeur Frédéric Galactéros, responsable du centre de drépanocytose à l’hôpital Henri Mondor. Je lui ai d’abord demandé s’il avait des patients qui avaient rencontré ce type de problème, il m’a dit oui.

Début de l’enregistrement.

Frédéric Galactéros : Les patients adultes vous pensez bien qu’à un moment donné, une fois qu’ils sont entrés dans une vie professionnelle, ils cherchent également à rentrer dans une vie sociale normale. Je dirai un peu comme tout le monde ils cherchent à acquérir un logement ou éventuellement disposer d’une assurance vie ou de quelque chose comme ça. Et donc ces dispositions qui sont théoriquement prévues par la loi, mais c’est vrai que les conseillers, les gens qui sont chargés d’évaluer les dossiers ne sont pas forcément bien au courant du problème que pose cette maladie. Et donc ils ont tendance à refuser par précaution plutôt que par information. Je crois que le travail qu’il faut faire, bon je ne veux pas empiéter sur les prérogatives des associations qui défendent les patients, mais à notre niveau médical nous ce que nous pensons c’est qu’il faudrait plutôt former les experts des compagnies d’assurances pour leur expliquer que la drépanocytose c’est une maladie qui a des critères de sévérités et qu’il ne faut certainement pas en juger globalement sur un mot et qui conduirait à refuser tout net la possibilité de souscrire à une assurance.

Sandra : Vous, vous seriez prêts à rencontrer des assureurs pour leur expliquer ce que c’est vraiment la drépanocytose ?

Frédéric Galactéros : Oui, c’est exactement ce qu’il faut faire pour nous. C’est faire en sorte qu’il y ait une grille d’évaluation pour la drépanocytose qui permette ces contrats d’assurance. Quitte évidemment à ce que la prime d’assurance soit majorée mais comme ça peut être le cas pour un diabète ou une hypertension artérielle.

Sandra : Est-ce que vous savez si par exemple, je me présente à l’assureur, je ne dis pas que je suis drépanocytaire parce que je n’ai pas envie qu’il me refuse, est-ce que vous savez si l’assureur à des moyens de savoir si je mens ou pas ?

Frédéric Galactéros : Non aucun. Tout dépend évidemment du contrat que vous allez prendre. Si vous êtes jeune et en bonne santé, ils n’auront aucune raison de se méfier d’après les informations dont ils disposent. Ils vont surtout regarder votre solvabilité mais ça c’est du côté bancaire. C’est le dossier financier qui va être pris en considération. Mais maintenant, il est évident que s’il y a, une assurance c’est fait pour servir, s’il y a un problème de santé qui compromet soit les revenus, soit la possibilité de continuer à rembourser, il est bien évident que ça va déclencher une analyse de la situation dont le problème de santé va émerger automatiquement. Ca risque de se retourner contre le contractant puisque l’assureur va dire mais pourquoi vous ne m’avez pas parlé de ça. Tant que les assurances entre guillemets ne servent à rien, tout va bien, mais quand on est malade, c’est le contraire. Il serait raisonnable d’avoir une assurance qui sert à quelque chose. Donc je ne crois pas que ce soit l’intérêt des personnes de cacher quoique ce soit. Je pense que ce qu’il faut c’est comme je vous l’ai expliqué, c’est faire en sorte qu’il y ait une grille, parce que c’est ça dont ils ont besoin. Et même à l’international, ce n’est pas seulement en France. C’est partout. Une grille qui leur permet de dire bon, voilà, drépanocytose, quel type, ah d’accord ça c’est telle catégorie. Ensuite dans cette catégorie-là, quel marqueur, il y a des marqueurs de sévérité, lesquels. Deux, trois questions ça leur suffit. Ils ne vont pas aller plus loin. Ca leur permettra comme ça de statuer sur le dossier de façon argumentée. Il ne s’agit pas d’assurer ou de ne pas assurer une maladie, mais des personnes malades. Ce qui est quand même complètement différent.

Un assureur ne peut pas fouiller dans le dossier médical, il peut examiner les pièces dont il dispose. Hors précisément, en général, il y a un certificat de décès ou des pièces comme ça qui sont exigibles. A la limite l’assureur peut faire fonctionner la justice pour avoir accès aux éléments. S’il y a contestation, il va avoir forcément obligation d’avoir une médiation juridique à un moment donné. Donc oui, le dossier médical, personne ni a accès comme ça mais sur réquisition de justice certainement oui.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Greg, qu’est-ce que tu penses des propos de Frédéric Galactéros ? Est-ce que tu trouves son idée de former des assureurs pour leur apprendre ce que c’est la drépanocytose, est-ce que tu penses que ça peut faire évoluer les choses ?

Greg : Non. Franchement non. Je ne sais pas pour le docteur, peut-être il est de bonne volonté avec un esprit social mais comme je t’ai expliqué avant, les assureurs c’est l’argent qui compte, c’est rien d’autre. Ils font des statistiques, combien meurent par accident de voiture, etc. Pour moi je trouve que c’est n’importe quoi, ils ne sont pas là pour ça, ils sont là pour l’argent, pour faire tourner l’argent. Ils n’ont rien à battre de nous. J’ai vendu des assurances en Amérique et en France et c’est la même chose partout.

Sandra : Je précise quand même que Frédéric Galactéros m’a dit que la majorité de ses patients ont une assurance et tout va bien pour eux. Tous les assureurs ne sont pas pareils heureusement.

Greg : Oui mais on met des formules comme je t’ai expliqué où il n’y a pas besoin de répondre aux questions médicales.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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Émission du 4 septembre 2012 (n° 570)