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Les autotests salivaires en France seront-ils proposés en priorité aux homosexuels ?

3 octobre 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Autotest salivaire pour dépister le VIH/Sida, la majorité des professionnels de la santé en France y sont favorables. Un sondage a été réalisé sur le site du journal international de médecine auprès de 420 professionnels de santé internautes du 9 août au 3 septembre 2012. J’ai interrogé l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah, ancien membre du groupe de travail de la Hauté Autorité de santé sur ce sujet.

Début de l’enregistrement.

Yazdan Yazdanpanah : C’est des tests qui permettent à une personne de se dépister contre le VIH sans passer par quelqu’un d’autre et en particulier par un professionnel de santé. On prélève un peu de salive et on recherche le VIH dans la salive en fait. Pour l’instant ce n’est pas autorisé. Vous savez c’est comme tout. Il y a des côtés positifs et il y a des côtés négatifs, des côtés positifs. On peut commencer d’abord par les côtés positifs. C’est quoi ? C’est qu’en fait une personne peut faire le test lui-même plus fréquemment à l’abri de jugement des autres. L’intérêt que ça peut avoir c’est que du coup la personne peut se faire tester plus fréquemment. En particulier, moi personnellement je pense qu’effectivement c’est intéressant dans les populations à risque, comme le patient homosexuel, à qui on demande de tester très fréquemment le test. Tester une fois ça ne suffit pas. Ce type de test va permettre de tester plus fréquemment. Alors maintenant, si vous voulez, les gens, c’est difficile de leur demander d’aller tous les ans ou tous les 6 mois chez un médecin pour se faire tester voire dans les dépistages communautaires où il y a une tierce personne qui n’est pas toujours médecin. En revanche c’est quoi les inconvénients, parce qu’il y a toujours des inconvénients. L’inconvénient c’est que la performance n’est pas la même qu’un test au niveau du sang, c’est moins bien. Par exemple en phrase aïgue de la maladie c’est moins bien, au début du VIH. Et après ce qui se passe c’est que aussi on a des faux négatifs. En gros il y a des examens qui sont positifs mais avec ça on n’arrive pas à détecter. Alors c’est bon, je ne dis pas que c’est mauvais mais c’est moins bon que la prise de sang. Le problème c’est qu’en fonction des générations ça bouge. On arrive à l’améliorer. En revanche l’impact que ça a, c’est en fonction de la population dans laquelle on fait. Ca a plus d’intérêt de le faire dans des populations où la probabilité de maladie est plus élevée. La deuxième chose c’est que quand un personnel voire un communautaire, ça peut ne pas être un médecin, quand c’est quelqu’un d’autre qui fait un test, il parle au patient et en même temps que le test, il lui explique des choses. Comment le virus est transmis, quelles sont les pratiques à risque, etc. Quand on fait un autotest seul on n’a pas toujours ce qu’on appelle le counselling. Troisièmement, imaginez que le test est positif. C’est beaucoup plus compliqué quand on découvre un résultat positif tout seul sans personne que quand il y a une tierce personne pour nous encadrer. Moi personnellement je ne suis pas contre mais je pense qu’il faut que ce soit réservé à une population très particulière qui connaît le VIH et qui a des prises de risque très importante, comme la population homosexuelle. Les autres populations ça a moins d’interêt. C’est un test qui est surtout à mon avis, je ne dis pas que ça n’a pas du tout d’intérêt mais je pense que c’est un test qui a beaucoup d’intérêt pour faire des tests fréquemment dans les populations très à risque comme les populations homosexuelles. Alors les couples sérodiscordants, à mon avis ça n’a pas du tout d’intérêt. Un couple sérodiscordant c’est un test standard. Si vraiment les rapports c’est uniquement avec la personne, avec son partenaire séropositif, qui prend un traitement, dont la charge virale est indétectable, oui pourquoi pas mais à mon avis c’est plutôt un anxiolytique quoi. La probabilité de transmission est tellement faible que si vraiment la prise de risque c’est avec quelqu’un qui est indétectable en face, la probabilité qu’il devienne séropositif devient extrêmement faible. Donc pourquoi pas faire un test tous les trois mois pour être sûr qu’on ne l’est pas. Mais la probabilité est tellement faible, c’est plutôt calmer son anxiété. A mon avis les populations migrantes, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment adapté parce que je pense que le patient migrant, je ne suis pas sûr que culturellement ce soit très facile de leur demander de faire un test. Le patient migrant, le problème c’est qu’il se puisse considérer à risque. Mais bon il faut faire de la recherche autour de ça. Je pense que les dépistages traditionnelles sont plus adaptés.

Fin de l’enregistrement.

Sandra : Vous venez d’écouter l’infectiologue Yazdan Yazdanpanah sur les autotests salivaires. Tina, que penses-tu des propos de cet infectiologue ? Les autotests salivaires on en avait déjà parlé à l’émission. Donc je ne vais pas forcément te redemander ce que tu penses de ces autotests mais maintenant la question c’est de savoir pour qui ces autotests ?

Tina : Je suis de manière générale contre de réserver une avancée médicale à une population. Je suis toujours d’avis que ça doit servir à tout le monde, et ça peut servir à tout le monde. Je pense que ces tests salivaires, si ça permet à plus de monde de se faire dépister, les populations à risque sont, la communauté homosexuelle mais aussi les personnes migrantes. Je pense que c’est une bonne chose que ce public aussi puisse avoir accès à ces tests. Et puis pour les couples sérodifférents, je pense effectivement aussi que ça peut être un avantage parce que je pense que c’est des personnes qui vivent en couple sérodifférent qui, par hygiène de vie, vont se faire dépister régulièrement tous les 3 ou 6 mois, et pourquoi ne pas le faire simplement à la maison, ça leur fera aussi gagner du temps et des réflexions souvent mal placées des soignants peu informés sur la situation des couples sérodifférents qui ne comprennent pas du tout qu’une personne séronégative, dans beaucoup des cas, ne comprennent pas qu’elle puisse vivre avec une personne séropositive et encore beaucoup moins pour être au courant de quelles sont les pratiques, la vie sexuelle de ces couples sérodifférents. Je pense qu’une personne peut choisir elle-même la fréquence à laquelle elle veut faire ses tests et les faire tous les 3 ou 6 mois, c’est tout à fait possible.

Sandra : Djamel Hamadache, vous travaillez à Londres en tant qu’infirmier. Est-ce que les autotests sont autorisés en Angleterre ?

Djamel Hamache : Les tests ne sont pas encore disponibles en Angleterre mais vont l’être très prochainement. Pour réagir à ce que Yazdan et Tina ont dit, je voulais juste préciser que la raison de la mise à disposition des autotests, c’est parce qu’on s’est rendu compte qu’il y avait un nombre assez important d’individu qui vivent avec le VIH. Ca peut faire plusieurs années qui n’ont toujours pas été dépistés. Dans ce cas, la mise en place et l’accès plus facile de ces tests permettront justement un dépistage rapide, une prise en charge plus précoce. Peut-être commencer des traitements qui éviteraient justement l’arrivée de complication clinique etc. Pour ce qui est des populations à risque, je pense que, d’après ce que Yazdan a dit, moi j’ai plus compris le fait que les populations à risque incluent les homosexuels mais je ne pense pas que Yazdan voulait juste se focaliser sur les homosexuels. Les populations à risque peuvent être hétérosexuelles mais effectivement les homosexuels sont catégorisés comme une des principales population à risque.

Sandra : Excusez-moi de vous couper mais il a quand même dit que les autres populations n’avaient pas un grand intérêt.

Djamel Hamadache : Je suis d’accord mais je pense que, enfin moi j’ai compris que Yazdan utilisait les homosexuels comme un exemple, pas forcément comme la population à risque.

Tina : Moi j’ai compris qu’il voulait dire que pour la population migrante, qui est aussi une population à risque, ces tests n’avaient pas d’intérêt en disant que peut-être par leur culture, par leur niveau d’éducation, ils n’avaient pas la possibilité d’en faire bon usage. Là où je pense qu’avec un bon travail de communication, de sensibilisation, on peut aussi rendre ces tests accessibles à cette population-là.

Djamel Hamadache : Je suis d’accord avec toi Tina. Pour ensuite réagir un peu à ce que Tina a dit aussi sur les couples sérodiscordants et pour réagir en même temps à ce que Yazdan a dit, le fait que les tests ne soient pas forcément aussi intéressants je dirai pour les populations sérodiscordantes, je pense que c’est principalement une question de coût aussi. On ne sait toujours pas comment le test sera disponible et si les personnes sérodiscordantes mais dont la personne infectée sous traitement avec un risque infime de transmission, peut-être que l’autotest n’a pas autant d’intérêt que s’il était utilisé chez des populations à plus gros risque je dirai.

Tina : Mais il y a toujours ce décalage, comment verront les soignants et surtout ceux qui travaillent dans les CDAG (Centre de dépistage anonyme et gratuit) qui jusqu’à présent font les dépistages réguliers des personnes qui vivent en couple sérodifférent. Donc ces soignants-là, comment est-ce que eux voient le risque ? Ils le voient extrêmement élevé en général, quel est le risque réel ? Quand on vit en couple sérodifférent, c’est recommandé de faire un dépistage régulièrement et à ce moment-là c’est quand même extrêmement difficile de le faire auprès de soignants peu avertis de cette situation. Je pense que là aussi c’est un confort supplémentaire de pouvoir le faire à la maison et de ne pas devoir être confronté à ce regard. Peut-être que d’autres populations vont le faire beaucoup plus régulièrement, tous les jours, toutes les semaines, tous les je ne sais combien. Mais peu importe la fréquence. Pour un public qui est déjà au courant de ce que c’est le VIH, qui peut le faire à la maison, je pense que tout le monde peut en profiter et ça peut apporter à toute situation de couple un avantage.

Djamel Hamadache : Je ne dis pas que le test n’est pas aussi nécessaire chez les couples sérodiscordants par rapport aux populations à risque. Je dirai plus qu’effectivement la mise à disposition de ces tests bénéficiera peut-être plus les personnes à risque qui ont un risque plus important d’être infectés plutôt que les couples sérodiscordants avec une prise en charge et un traitement durable dont le VIH est bien contrôlé. Et pour en finir, j’aimerai justement insister sur le fait que les résultats des tests salivaires sont des résultats, on parle de réaction. C’est-à-dire que le test est réactif et non pas positif. Un test réactif a donc besoin d’être confirmé par une prise de sang et un test qui est envoyé au laboratoire. C’est vraiment important pour les personnes qui font ce test de bien se dire que ce n’est pas forcément un test positif mais un test bien réactif.

Sandra : Si jamais je fais ce test et je vois que ça m’indique que je suis séropositive, peut-être que le test se trompe c’est ça ?

Djamel Hamadache : Tout à fait. Le risque de faux négatif est vraiment infime mais il est présent. Je pense que c’est important de vraiment se dire lorsqu’on fait le test, qu’avoir un test réactif ne veut pas forcément dire que la personne est infectée par le VIH et c’est pour ça qu’il est nécessaire de pouvoir accéder à un service médical avec des professionnels qui pourront apporter ce soutien psychologique mais aussi refaire un test en laboratoire qui pourra confirmer ou pas le test réactif.

Sandra : Qu’est-ce qui est le plus fréquent ? Les faux négatifs ou faux séropositifs ?

Tina : Ca veut dire quoi en fait un test réactif ? Je comprends bien que c’est quand le dépistage classique comme on le connaît c’est de vraiment trouver les anticorps. Donc ce n’est pas réactif mais on voit qu’il y a les anticorps donc le virus doit être présent. Et réactif ça veut dire que si le virus est là, ça provoque une réaction ? Ca veut dire quoi réactif ?

Djamel Hamadache : Que le test a réagi. Maintenant effectivement l’intérêt du test c’est de pouvoir réagir à des anticorps etc. Mais pour éviter le risque de faux positif, je pense qu’il est important de parler de test réactif.

Tina : En fait, si je comprends bien, la réaction, il est plutôt très sensible du coup il va plutôt aller vers le sens, donner plus de faux positif pour éviter de donner des faux négatifs ? Les faux négatifs ce serait ce qu’il y a de pire puisque ça veut dire qu’une personne qui est séropositive pense qu’elle est négative. Et ça, c’est plus rare avec ce test, c’est ça ?

Djamel Hamadache : Oui. Les faux négatifs sont beaucoup moins rare que les faux positifs. Le test a été étudié dans des conditions bien spécifiques durant une étude clinique avec des critères bien particuliers. L’utilisation du test à la maison, change automatiquement ces conditions de tests. C’est la raison pour laquelle, moi je préférerai plus parler de tests réactifs que de tests positifs parce que ces conditions-là sont différentes. C’est la raison pour laquelle il est important de pouvoir confirmer ces résultats par un test de laboratoire.

Tina : Au final j’ai compris que test réactif c’est plus l’appellation, pour changer, comment la personne va recevoir le résultat. C’est-à-dire en se disant que c’est un test réactif, ce n’est pas un test définitif. C’est-à-dire que, ce n’est pas comme quand on a un test positif avec une prise de sang.

Sandra : Mais au final alors, si c’est juste un pré-test, ça sert à quoi ?

Djamel Hamadache : Si le test est réactif, il y a de grandes chances que la personne soit infectée par le VIH. Mais je pense qu’il est important de pouvoir apporter ce soutien psychologique aussi à la personne qui reçoit le test. Se dire qu’une personne à la maison toute seule reçoit un test réactif et se dit qu’elle est séropositive peut avoir des conséquences peut-être néfastes sur cet individu. C’est la raison pour laquelle moi je préfère parler de tests réactifs pour me dire qu’effectivement la personne ira consulter un personnel soignant qui pourrait l’accompagner et la soutenir durant cette attente et lors de l’annonce des résultats.

Sandra : Et une dernière réflexion, je me souviens que Ben avait posé cette question, si on oriente davantage ces autotests pour les homosexuels, est-ce qu’il n’y a pas un risque que la population homosexuelle soit stigmatisée ?

Djamel Hamadache : Je dirai que la population homosexuelle a été statistiquement identifiée comme l’une des principales population à risque. Donc c’est vrai que, utiliser ce test pour cette population a peut-être plus d’intérêt que d’être utilisé dans une population où le risque n’est pas aussi important. Utiliser ce test principalement pour une population à risque dont la population homosexuelle pour moi ne signifie pas forcément une stigmatisation de sa population.

Sandra : Le débat continue sur le site survivreausida.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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