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À propos de l’émission de radio | Reda Sadki | Sang contaminé

Entretien avec Reda Sadki (6/7) : Comment faire face aux défis de santé publique si l’affaire du sang contaminé tombe dans l’oubli ?

14 septembre 2012 (lemegalodon.net)

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Reda au micro de Survivre au sida pour revenir sur les temps forts de l’émission de la saison 2011/2012 et sur tout ce qu’on a appris depuis la création de l’émission. Depuis 17 ans, l’émission Survivre au sida informe et donne la parole aux personnes concernées par le VIH. Pour ne pas tourner en rond et ne pas être en décalage avec tout ce qui se passe dans l’épidémie du VIH/Sida, il est important d’arriver à prendre du recul et de se poser la question : Où est-ce qu’on va ?

Sandra : Avec le retour de Laurent Fabius sur le devant la scène, les victimes de l’affaire du sang contaminé se sont exprimées à l’émission Survivre au sida. Reda peux-tu rappeler aux auditeurs ce qu’est l’affaire du sang contaminé, en quelques mots, c’est un peu difficile, mais on en a parlé longuement à l’émission Survivre au sida. Et aussi le rôle de Laurent Fabius dans cette affaire ?

Reda : J’encouragerai plutôt les auditeurs à aller écouter ou réécouter les prises de paroles des familles qui l’ont vécue, cette affaire du sang contaminé. Et puis aussi écouter ce qu’a dit Bruno Spire, président de Aides à ce sujet. Parce qu’on sait que pour les associations issues du mouvement homosexuel, quelque soit leur configuration actuelle, la priorité des priorités c’était d’arracher, d’obtenir le mariage gay qui est maintenant sur l’agenda politique et qui vraisemblablement va être voté par l’assemblée nationale on ne sait pas quand. Alors après est-ce qu’il y aura l’adoption avec ou sans adoption, enfin on verra. Moi ce qui m’a choqué, c’est dans la réponse de Bruno Spire sur l’affaire du sang contaminé, déjà il s’est dissocié de l’histoire de Aides en disant moi je n’y étais pas dans les années 80. Ensuite il a dit que de toute façon par rapport aux enjeux aujourd’hui, alors il n’a pas parlé du mariage gay, il a parlé de l’accès universel au traitement, il a parlé des difficultés des malades étrangers et ainsi de suite. Est-ce que c’était vraiment important de rabâcher ce qui ressemble à de l’histoire ancienne. Et ça, ça m’a choqué parce que, et c’est pour ça que moi je me suis dit bon, on peut polémiquer là-dessus, mais il me semble plus pertinent de lancer l’appel tel qu’on l’a fait à l’émission, aux personnes qui sont issues de cette histoire de venir nous raconter pour que ça ne tombe pas dans l’oubli. Et donc on a commencé par le docteur Samuel Claude, qui est le président de l’association de défense des victimes de l’affaire du sang contaminé, qui porte une mémoire et une parole extrêmement importante. Mais après il y a pleins de gens qui n’étaient pas dans les associations. La plupart des gens de nouveaux n’y sont pas. Donc je trouve que ces témoignages ont été extrêmement importants. La réponse de Bruno Spire choquante mais totalement cohérente avec le fonctionnement de l’association qu’il préside où les besoins d’une population passe avant celle des autres même si dans le discours officiel Aides évidemment prétend défendre toutes les populations sur le front du sida. Si on craint de rabâcher, on sait que les associations issues du mouvement homosexuel, parce qu’il y a cet enjeu, ne vont pas faire chier le gouvernement avec des vieilles histoires de sang contaminé dans laquelle la plupart des gens qui en ont été victimes sont morts et ne sont plus là pour se défendre et pour parler en leur propre nom. Donc du gouvernement de gauche, oui Fabius c’est un symbole, c’est-à-dire la façon dont les personnes liées à des catastrophes de santé publique, mais des catastrophes pas naturelles, des catastrophes provoquées par des décisions et des choix politiques peuvent être lavées de tout soupçons et peuvent revenir aux affaires et comme si de rien n’était. Ca montre de nouveau pour moi que s’il n’y a pas, si les gens, si les premiers concernés eux-même ne se donnent pas les moyens d’exprimer ce qu’ils vivent, de raconter, et pas seulement pour dire il m’est arrivé ceci ou cela, parce qu’il arrive des choses terribles à des gens tous les jours, mais de dire non seulement ce qui leur est arrivé mais ce qu’ils en pensent, et bien ça tombe dans l’oubli. Ce qui est arrivé est vite oublié. Les commentateurs, les journalistes qui avaient pu travailler sur l’affaire peut-être s’en souviennent-ils mais effectivement comme l’a dit Spire avec une telle légèreté, prioritaire pour qui ? Bah pour plus personne. Donc ça reste un devoir de mémoire. Ce n’est pas anodin, parce que j’avais répondu à Spire sur le champ c’était mais si on laisse cette affaire-là tomber dans l’oubli et on accepte l’impunité de ce qui était associé à cette affaire, comment est-ce qu’on espérer faire face aux défis de santé publique qui nous attendent ? Donc ceux du VIH, ceux de l’hépatite C, ceux des épidémies émergentes et ainsi de suite. Comment on peut s’imaginer que si on lâche là-dessus, on pourrait après faire face à d’autres défis de santé publique ? Moi je ne vois pas.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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