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Gaëlle | Hépatite C (VHC) | Laurent Fabius | Pouvoir médical | Sang contaminé

Pour la mémoire de mon grand-père (2/3) : « S’il y a une manifestation contre Laurent Fabius, j’y vais »

8 août 2012 (lemegalodon.net)

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Gaëlle : Je me suis sentie concernée par la dernière émission et j’ai déposé un message sur internet sur votre site parce que mon grand-père est décédé, à cause du cancer du foie. Cancer du foie qu’il a attrapé à cause d’une hépatite, qu’il a eu avec une transfusion. Donc tant mieux il a vécu pendant 30 ans avec son cancer du foie qui a été soigné. Mais en fait il faut savoir que quand on a une hépatite, ça empêche le foie de repousser. Donc à chaque fois qu’il avait des nodules qui revenaient, des nodules c’est des petites cellules cancéreuses, c’est comme un kyste mais c’est cancéreux, il fallait couper un bout de foie pour enlever le nodule. Le problème c’est que à cause de l’hépatite, le foie n’a jamais repoussé. Donc à un moment, quand on n’a plus assez de foie pour vivre, on décède. Mon grand-père est décédé officiellement d’un cancer du foie. Mais ce cancer a été aggravé avec l’hépatite qu’il n’aurait jamais dû avoir. Il l’a eu suite à une transfusion, en plein dans l’affaire du sang contaminé. Il aurait pu avoir aussi le sida, bah voilà il a eu l’hépatite. Voilà pourquoi j’ai réagi et puis parce que votre émission a eu lieu 4 ou 5 jours après la nomination de Monsieur Fabius en tant que ministre et là franchement j’étais révoltée. Révoltée ! Je trouve que c’est une honte. Mon grand-père il doit se retourner dans sa tombe. Ce n’est quand même pas normal de mettre un homme comme ça au gouvernement. Je ne veux pas ressasser l’affaire du sang contaminé tous les jours mais enfin bon, si on ne veut plus en parler à ce moment-là il ne faut pas le mettre ministre. Il ne faut pas le mettre au gouvernement. Il nous fait des sourires à la télévision, il représente notre pays quoi. C’est un truc que je n’arrive pas à concevoir. Ce n’est pas possible. Voilà pourquoi j’ai réagi à la dernière émission parce que je suis touchée personnellement suite au décès de mon grand-père et que la nomination en tant que ministre me fait bondir.

Mon grand-père il a eu le cancer du foie pendant 30 ans. Il l’a attrapé à 40 ans et il est mort à 70 ans. Il a vécu 30 ans avec son cancer et son hépatite. En fait il a eu tout ça quand je suis née et il est décédé à mes 30 ans. Donc moi j’ai vécu 30 ans avec mon grand-père malade. Les conditions dans lesquelles ça s’est passé, je venais de naître ou j’avais un an. Donc je ne m’en souviens pas. On ne me les a pas forcément expliquées. Je sais en tout cas en parlant avec ma grand-mère, qu’il a eu l’hépatite avec le sang contaminé suite à une transfusion. Je ne sais pas pourquoi il a eu une transfusion. Et cette hépatite d’après les médecins a déclenché par la suite le cancer du foie. Et il a vécu 30 ans comme ça. L’hépatite on ne peut pas soigner donc ça, c’est réglé. Cancer du foie, il a été admis dans un des hôpitaux de Paris comme cobaye pour tester les nouveaux traitements contre le cancer du foie. Donc il a essayé pleins de choses contre le cancer et c’est pour ça qu’il a vécu 30 ans ce qui est assez exceptionnel.

J’ai vécu une enfance géniale. Je déjeunais chez mes grands-parents le matin, je mangeais chez eux le midi, ils venaient me récupérer à l’école et le goûter c’était chez eux le soir et j’y ai passé aussi toutes mes vacances scolaires. Donc je suis très proche de mes grands-parents. Et mon grand-père en fait nous à moi et à mes frères et cousins, on vivait tous quasiment chez eux, nous a jamais caché la vérité. Chaque fois qu’il avait un rapport des médecins, il venait, il nous le lisait, voilà j’ai un nouveau nodule, on va faire ci, on va faire ça. Il nous a toujours tout expliqué. Mais physiquement je ne l’ai jamais trouvé affaibli. En fait quand nous on était là, je pense qu’il se donnait de la force, il faisait les réunions de chasse parce qu’il était président de la chasse. Il allait faire son jardin, il venait nous chercher à l’école. Je n’ai jamais vu mon grand-père affaibli si ce n’est les trois derniers jours de sa vie. Je ne l’ai jamais vu malade. Après quand nous on était parti, je pense que les crises de mal de ventre, de vomi, de etc ça devait avoir lieu. C’est obligatoire. Mais moi je ne l’ai jamais vu. On m’a toujours caché les inconvénients de la maladie mais on ne m’a jamais caché la maladie. Ma grand-mère c’était tout va bien. Tant que papi est en vie, c’est le principal tout va bien. Alors elle, elle gérait tout. Elle gérait les enfants, elle gérait le commerce, elle gérait la maladie de son mari, elle gérait tout. Une femme super géniale quoi. Et oui, elle faisait pareil, tout va bien, ce n’est pas grave. Papi il est en vie, c’est le principal, on va gérer les traitements. Après je ne vous dis pas, la nuit c’est elle qui se levait, c’est elle qui l’aidait. Mais je pense qu’en positivant ça a aussi aidé mon grand-père à ne pas accepter le fait qu’il allait mourir et quand on a le mental ça aide aussi. Puis voir du coup tous ses petits enfants et ses filles vivre quasiment tout le monde ensemble dans la maison, on mangeait, on était 10 ou 12 à table le dimanche. Ca fait qu’on n’est pas sur son sort en train de se lamenter etc. Ca c’était notre façon de vivre, notre façon à nous de lutter contre la maladie tout en sachant que l’hépatite était là et que le cancer était là. Avec mes frères mes cousins et mes cousines oui on en parlait souvent. On a été élevé ensemble donc on est vraiment, même avec ma cousine, on est vraiment comme des soeurs. Oui en parlait mais comme on voyait ma grand-mère qui ne pleurait pas, mon grand-père qui ne pleurait pas, qui étaient très positifs, on ne pleurait pas non plus. Moi quand on m’a dit ton grand-père part en soin intensif, il ne passera peut-être pas la nuit, je n’y ai pas cru. Je n’y ai pas cru parce que ça fait 30 ans que j’avais tout le temps des rapports de médecins, de choses comme ça et que mon grand-père était toujours positif et que, si vous voulez pour moi ce n’était pas possible qu’il meurt. Ce n’était vraiment pas possible. Donc entre nous on en parlait. On se disait papi il est malade mais si vous voulez, je ne sais pas comment vous expliquer mais pour nous il n’allait pas mourir, ce n’est pas possible qu’il meurt quoi.

La maison de mes parents, on était voisin avec mes grands-parents. Ma tante était aussi voisine avec mes grands-parents. Donc nous, les petits enfants, on était 5, on allait déjeuner là-bas, on allait à l’école le matin. On n’allait pas à la cantine, on mangeait chez mes grands-parents le midi. Et puis le soir, en attendant que papa maman rentrent du travail, on allait goûter chez papi mamie. Puis les vacances scolaires on n’allait pas au centre aéré on restait chez papi mamie. Donc on était toujours 5 petits enfants là-bas. On les voyait tous les jours et aujourd’hui mon grand-père n’est pas là, j’habite à 10 kilomètres de chez ma grand-mère et je vais quand même chez ma grand-mère tous les jours. On a été élevé comme ça, on est vraiment une fratrie. Une fratrie très forte et une famille très forte. On est un peu une meute quoi. Donc c’est vrai que le décès de mon grand-père ça été le premier choc dans la famille. On n’avait jamais vécu de décès avant. Donc pour la famille en général ça a été quand même difficile à vivre. Même si on le savait, ça fait 30 ans qu’il avait le cancer du foie donc à un moment, on était conscient que ça allait arriver. Mais mine de rien on n’a pas envie que ça arrive et comme lui nous donnait l’image de quelqu’un, oui oui ça va t’inquiète pas. Il rentrait de la chimio, il allait faire son jardin. Donc pour nous, il fait une chimio, voilà. Ce n’était pas très grave. Tous les jours j’ai le temps d’aller voir ma grand-mère parce que je vous ai dit je suis enseignante de CP et en fait j’ai demandé un poste dans le village où j’ai été élevée. L’école est à côté de chez ma grand-mère, qui aujourd’hui du coup fait la même chose avec mes propres enfants. Donc elle a ses petits-enfants, ses arrières-petits enfants à manger tous les midis. Elle prend mes enfants à 4h30 à l’école, elle les fait goûter pendant que moi je termine un rendez-vous avec un parent d’élève. Et pendant les vacances quand j’ai besoin d’une heure ou deux pour aller faire les courses, c’est elle qui me les garde. Voilà, donc j’ai encore ce rapport-là. Il me manque mon grand-père dans cette maison mais j’ai toujours ce rapport-là avec ma grand-mère. On vit comme ça, après je peux concevoir que pour les pièces, entre guillemets, les pièces rapportées, ça soit difficile parce que pour n’importe quelle décision faut qu’on se réunisse avec mes parents, ma tante, ma grand-mère, mon grand-père pour prendre une décision. C’est une meute. On est tous toujours là les uns pour les autres. On habite tous dans le même village, on mange quasiment toujours tous ensemble. C’est une façon de vivre, mais bon c’est la nôtre.

Je ne sais pas du tout quel traitement il prenait pour l’hépatite. Alors là vraiment je n’en sais rien. Je ne l’ai jamais vu souffrir par rapport à sa prise de traitement. Je pense qu’il souffrait quand on était à l’école. Même quand il revenait de ses traitements, on voyait qu’il avait les traits tirés, qu’il était fatigué. Ma grand-mère, on entendait parler comme quoi il avait vomi ou il n’était pas bien. Nous on ne l’a jamais vu. On savait qu’il était fatigué ou que quand il faisait la sieste, il ne fallait pas qu’on fasse de bruit. Mais je ne l’ai jamais vraiment vu malade. Ca, on n’en parlait pas forcément. On parlait de la maladie seulement quand il allait à l’hôpital. C’est les seuls moments. Quand il devait partir parce qu’il nous disait voilà j’ai un nouveau nodule, donc on va essayer tel ou tel traitement parce que comme c’était à chaque fois des choses à l’essai puisqu’il était cobaye dans les hôpitaux, il nous disait voilà, on va essayer ça. Il nous expliquait mais à part les hospitalisations, on ne parlait pas de la maladie. Donc comment il était traité pour l’hépatite, je ne peux pas vous dire. Le cancer du foie, c’est un cancer qui est localisé sur le foie forcément et donc si vous voulez le cancer c’est des nodules. Des nodules c’est comme un petit kyste sauf que c’est cancérigène, c’est cancéreux. Donc en fait ça grossit, ça attaque après le foie, ça attaque tous les organes qui sont autour. Ca se généralise. Comme un cancer qui est localisé sur le sein, si on ne l’enlève pas tout de suite, ça va se généraliser dans tout le corps. Donc là mon grand-père, c’était sur le foie des petits nodules, des petits kystes qu’il fallait à chaque fois soit brûler comme avec un coton tige géant. Soit brûler, soit couper un morceau de foie pour couper la partie où il y avait ce petit nodule. Donc après il a essayé pleins d’autres choses. Mais quand on grille, enfin c’est une image mais c’est comme si on grillait une verrue à la limite avec un coton tige géant. Le problème c’est que ça abîme du foie autour. Quand on coupe un bout de foie où il y a le nodule dessus, ça coupe du foie. Le foie, normalement c’est un organe qui repousse. Sauf que l’hépatite empêche le foie de repousser. Donc à un moment donné, on n’a plus assez de foie pour faire le travail que fait notre foie dans notre corps. Ce qui fait qu’à un moment les médecins ne peuvent plus rien faire. Donc on tombe dans un coma hépatique et puis forcément on décède. Quand on n’a plus de foie, on ne peut plus vivre. Il n’y a plus la fonction des reins qui va derrière, il n’y a plus rien et les médecins ne peuvent rien faire. S’il n’avait pas eu l’hépatite, son foie aurait pu repousser. Alors je ne dis pas qu’il ne serait pas décédé, ce n’est pas ce que je veux dire. Mais le foie aurait pu repousser à chaque fois même s’il ne repousse pas à 100%, il repousse un peu quand même. Donc on aurait quand même pu gagner du temps. Le cancer du foie, ça vous tombe dessus comme le cancer du sein. On n’a rien demandé à personne. Alors évidemment quand on consomme énormément d’alcool, ça favorise le cancer du foie, comme quand on fume ça favorise le cancer du poumon. Sinon à part l’alcool et forcément l’hépatite qui attaque le foie, sinon ça vous tombe dessus comme ça. Mon grand-père ne buvait pas d’alcool. Dès qu’il a su qu’il avait un cancer, il n’a plus jamais bu une seule goutte d’alcool. Donc ce n’est pas ça. C’est vraiment clairement, les médecins l’ont dit, c’est parce qu’il a eu une transfusion et qui lui a donné l’hépatite et l’hépatite s’est transformée en cancer du foie. Nous dans notre cas, le cancer du foie est arrivé à cause de ça.

Quand j’ai appris que c’était les médecins qui avaient donné une poche de sang contaminée à mon grand-père, j’étais énervée. Après j’étais petite quand on m’a expliqué ça donc j’ai dû avoir une réaction de gamine. Mais je pense que la réaction c’était je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi un médecin peut faire un truc pareil. J’ai dû mal à comprendre. Et j’ai toujours du mal à comprendre aujourd’hui. A l’époque je ne sais pas, j’étais petite. Donc je ne me suis pas révoltée. Je pense que oui, j’ai trouvé ça un peu honteux et j’ai dû mal à comprendre aujourd’hui. Comment on peut donner une poche de sang alors qu’on sait qu’il y a un risque éventuel qu’il soit contaminé. Je ne sais pas moi, je ne prendrais pas le risque si j’étais médecin. Il y a une chance sur 10 que le sang soit contaminé, je ne donne pas le sang. Mais non, il y en a qui l’ont fait. Je suis née en 1979 donc j’en ai entendu parler parce que voilà, j’entendais mais j’avais une dizaine d’années, je n’étais pas collée devant le journal télévisé donc je n’ai pas connu tous les détails. Je n’ai pas forcément suivi l’affaire. Mais j’ai été élevée avec cette histoire dans ma famille. Donc je le savais de toute façon. En grandissant, on discute un peu plus avec les grands-parents qui donnent plus de détails, avec mes parents qui donnent plus de détails. Et puis après, on regarde sur internet. Les éléments déclencheurs ça a été le décès de mon grand-père où là je me suis repenchée un peu plus sur l’affaire pour qu’on me réexplique en gros ce qui s’était passé parce que vraiment c’est inconcevable pour moi. Et puis la nomination de Monsieur Fabius au gouvernement où là je me suis dit ce n’est pas possible, les gens n’ont pas de mémoire ou quoi ? Donc j’ai recherché ce qu’il y avait sur le sang contaminé, j’ai recherché s’il y avait eu condamnation, pas condamnation. C’est des choses que quand j’étais petites je ne savais pas forcément. C’est un nom Fabius que j’avais entendu mais je ne savais pas exactement la condamnation qu’il y avait eu, etc. Là voilà, quand il a été nommé j’ai recherché sur internet. Je voulais vraiment savoir ce qui s’était passé et comment ça s’était passé. Je ne fais pas grand chose, maintenant demain on vient me dire il faut faire une manifestation et on se retrouve tous à Paris et on s’enchaîne et on fait la grève de la faim, je vous assure que je le fais. Aujourd’hui j’ai l’impression que je suis toute seule dans mon coin donc je ne vais pas faire de manifestation à Paris. S’il y a une grande association de victime qui organise quelque chose, je pars. Je pars tout de suite. Je me prends un avertissement de travail parce que je louperais des jours mais je vous assure que je le fais. Après je suis toute seule dans mon coin donc oui je réagi à votre émission. J’ai une page facebook qui s’appelle que l’on n’oublie pas le sang contaminé, Fabius ne doit pas être ministre. On est une quarantaine sur la page facebook, des victimes, des pas victimes du tout. Des familles de victimes et des familles qui n’ont pas de victime. On est une quarantaine, on discute entre nous, on explique nos vies, on explique le cheminement, les médicaments etc. Je suis consciente que prendre la parole aujourd’hui ça ne va pas changer les choses, ça ne va pas faire que Monsieur Fabius ne soit pas ministre. Mais si vous voulez je ne peux pas m’empêcher de le faire. Je suis obligée, c’est ma conscience qui fait que je suis obligée de dire que je ne suis pas d’accord. J’ai l’impression qu’il faut que je fasse quelque chose. C’est peut-être une goutte d’eau oui c’est sûrement une goutte d’eau d’ailleurs. Mais faut que je le fasse. Faut que je le fasse par respect pour mon grand-père parce que quand Monsieur Fabius a été nommé ministre je suis allée au cimetière et j’ai demandé à mon grand-père de m’excuser. Je lui ai dit je m’excuse, je suis désolée, c’est une horreur. Sauf que, si vous voulez je m’excuse mais ce n’est pas de ma faute. Donc j’ai un sentiment de culpabilité. Le fait qu’il soit ministre pour vraiment ceux qui sont décédés, les familles, les victimes qui vivent encore c’est une honte. Donc c’est tout, je ne peux pas faire grand chose, je participe à l’émission, je fais une page Facebook, ce n’est pas grand chose. C’est peut-être une goutte d’eau mais en attendant au moins je le fais. Pour moi, ça me soulage. Je ne pourrais pas ne pas le faire. Quand on a appris que Monsieur Fabius était ministre, moi je regardais la télé, il y a eu un flash là, je suis tombée raide dans mon canapé. Je me suis mise à pleurer. Dans les deux secondes ma grand-mère m’a téléphonée en pleurant en me disant t’as vu ce qui s’est passé ? Ma mère m’appelait sur le portable en pleurant en disant mais tu as vu ce qui se passe. Donc on s’est tous mis à pleurer. On a tous dit il faut faire quelque chose. Et puis en regardant sur internet, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de manifestation d’organisée etc. Nous on s’est dit on est 4, on ne va pas organiser une manifestation. Donc on était un peu embêté. En attendant on attend. Si quelque chose se fait, je vous assure qu’on y va. Mais quand dans la famille on a appris qu’il était ministre, on a pleuré. Je vous assure. On a pleuré, on a trouvé ça honteux et on est allé au cimetière pour présenter nos excuses à mon grand-père. Ca m’a mis en colère quoi. J’aurais tout retourné dans la maison quoi ! Vraiment mais énervée quoi. C’est un manque de respect d’avoir mis cet homme au gouvernement c’est hallucinant. C’est vraiment un manque de respect. C’est une honte. Ce n’est pas normal. On tue des gens mince ! Qu’on ait détourné de l’argent ou qu’on ait fait des emplois fictifs ce n’est déjà pas bien mais enfin, il n’y a pas de vie humaine en jeu quoi. Comment est-ce qu’on peut… ah ouais bah c’est un copain du président. Bon t’es mon pote, je te mets au gouvernement. Tu peux tuer des gens mais comme t’es mon copain tu es ministre. Puis en plus ministre où tu vas représenter la France dans les pays étrangers, pays auxquels aussi t’as donné du sang contaminé au passage. Pas mal, non pas mal. Bingo. Là c’est fort. Parce qu’il n’y a pas que la France qui a été touchée. La France on en a envoyé partout du sang contaminé. On en a en envoyé au Maroc, en Afrique et là aujourd’hui notre ministre va au Maroc et va en Afrique représenter la France ?! Mais il n’a pas la honte ? Moi j’ai la honte. J’ai créé la page Facebook le jour de la nomination de Monsieur Fabius. Il suffit de cliquer sur “j’aime” sur cette page. On est une quarantaine de personne, on discute entre nous voilà, de ce qu’on vit, de ce qu’on a ressenti. Je pense que ça ne fait pas avancer si vous voulez la chose, mais en tout cas nous ça nous fait du bien de savoir qu’il y a des gens aussi qui ne sont pas d’accord qu’il soit ministre. On en discute entre nous, ça nous soulage de dire quelque part, on a l’impression que quand on met un message sur internet, ce message reste à vie et on a l’impression qu’on dépose notre empreinte, je ne sais pas comment vous expliquer, vous voyez ce que je veux dire ? Le fait de marquer sur internet qu’on n’est pas d’accord et qu’on trouve que c’est une honte qu’il soit ministre, on a l’impression que notre message a de l’importance. Il va être lu, il va être vu et ça, ça nous fait du bien. Ca soulage notre conscience parce qu’on ne peut pas faire grand chose d’autre. Mais au moins on a le mérite de le faire. Franchement je m’attendais à des réactions quand j’ai créé la page parce que quand moi j’ai cherché aussi sur Facebook sur internet d’autres personnes qui pensaient comme moi, je me suis aperçue qu’il y en avait beaucoup. Donc après j’ai contacté certains groupes, etc. 40 personnes ce n’est pas énorme mais enfin bon 40 personnes sur ma page, 40 personnes sur une autre page, et plus des gens d’association etc, si on se donne tous le mot, peut-être que si on fait tous une manifestation, on ne sera pas que 40. Sur la page il y a des familles de victimes, il y a des victimes qui ont envie d’en parler. Là j’ai une jeune fille qui s’appelle Laure par exemple qui a écrit un livre “Lutte contre l’hépatite C” et donc elle vient sur le site, elle explique son combat, elle explique pourquoi elle a écrit le livre, comment ça s’est fait. Laure que vous avez reçu à l’émission elle est aussi sur ma page Facebook. Il y a des gens qui ont voté Hollante qui regrettent, que je connais, qui regrettent aujourd’hui d’avoir voté Hollande, justement à cause de ça. Il nous avait promis lors de la campagne qu’il ne mettrait pas un poste à responsabilité de gens qui étaient condamnés ou qui avaient trempé dans des affaires et résultat on se retrouve avec le Premier ministre qui lui a été condamné mais bon, bah voilà il est quand même là même si on avait dit qu’il ne serait pas là. Et puis on met Monsieur Fabius aussi. Oui, oui les gens qui ont voté Hollande pour des choix comme ça sont déçus. Ce n’est pas le changement qu’on attendait. Après qu’on soit de droite ou qu’on soit de gauche, ce n’est pas un débat politique. Vraiment. Je pense qu’on soit de droite ou de gauche, le problème c’est ça, c’est qu’on est des gens de gauche qui n’acceptent pas que Fabius soit au gouvernement et des gens de droite qui n’acceptent pas que Fabius soit au gouvernement. Ce n’est pas parce qu’il est de gauche qu’on n’en veut pas. C’est parce qu’il est dans l’affaire du sang contaminé qu’on trouve que c’est une honte qu’il représente notre pays. Droite ou gauche, ce n’est pas un débat politique aujourd’hui. Si on nous demande d’oublier l’affaire du sang contaminé qu’il parte dans l’oubli avec elle. Si vous voulez que les jeunes disent je ne sais pas ce que c’est, ce n’est pas grave, il ne faut pas que Fabius soit là. Fabius il a quand même le spectre du sang contaminé autour de lui. Donc si on le met au gouvernement forcément l’histoire du sang contaminé on va en reparler. Donc soit on en parle et on règle nos comptes directement avec lui ou soit on arrête d’en parler. Il ne faut pas le mettre, ce n’est pas possible. Il ne peut pas représenter notre pays à l’étranger. Il représente la France. Un mec qui a fait le sang contaminé, il représente la France. C’est gravissime. Moi je n’arrive pas à comprendre. Le choix de Monsieur Hollande là sur le coup c’est incompréhensible. A la limite, on le met ministre de la santé tant qu’on y est. Bah oui tant qu’à faire. Quitte à pousser le bouchon, à un moment, aller, on le met ministre de la santé, roule ma poule quoi. Puisque que de toute façon les gens ne bougent pas, les gens ça ne les choquent pas, bah ma foi voilà. Il s’est présenté aux dernières élections locales Monsieur Fabius, il a quand même été élu. Les gens ont mis dans l’urne un bulletin où c’est écrit Monsieur Fabius dessus. Alors qu’on dise les jeunes, peut-être d’accord. Ils ont 18 ans, ils ont oublié l’affaire du sang contaminé, admettons. Enfin il n’y a pas que les jeunes qui ont voté. Moi j’ai 30 ans et je le sais l’histoire du sang contaminé. Il y a quand même plus de votants qui ont 30 ans et plus que des jeunes de 18 ans. Comment des gens qui ont le même âge que moi ou qui sont plus vieux, qui ont connu le sang contaminé, comment on peut voter pour lui ? Moi c’est un truc, je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment on a pu mettre son buletin dans l’urne aux dernières élections locales avec Monsieur Fabius. Qu’il soit au gouvernement, les gens ont voté pour Hollande et c’est Hollande qui a fait un choix. Les gens sont déçus mais c’est comme ça. Mais que les gens votent directement pour Fabius alors là c’est le pompom quoi. Ces gens-là peuvent peut-être nous expliquer pourquoi ils ont voté pour lui. Est-ce qu’ils sont ignorants de l’affaire du sang contaminé ? A ce moment-là qu’on vote pour lui si on ignore tout, peut-être. Qu’on vote pour lui parce qu’on est absolument pour le pardon, l’idéologie de on vit chez les bisounours, tout le monde s’aime et c’est l’amour, peut-être. Et encore, je ne sais pas. Mais j’aimerai bien discuter avec des gens quand même qui ont voté pour lui. Ils doivent avoir un raisonnement que je ne comprends pas. Donc j’aimerai bien.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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