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Bruno Spire | Gaëlle | Laurent Fabius | Pouvoir médical | Sang contaminé

Pour la mémoire de mon grand-père (1/3) : « Par respect, Laurent Fabius doit s’effacer »

8 août 2012 (lemegalodon.net)

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Gaëlle : J’ai 32 ans, j’ai 3 enfants et je suis maîtresse dans la vie. J’ai réagi à la dernière émission parce que je trouve inadmissible que monsieur Fabius soit au gouvernement. Il représente mon pays, il est ministre des affaires étrangères donc il représente mon pays à l’étranger. J’en ai la honte. C’est sûr, il n’a pas été reconnu coupable, ça on ne peut pas nier. Maintenant on ne peut pas nier non plus qu’il soit quand même responsable. Il ne s’agit pas de détournement d’argent, il ne s’agit pas d’emploi fictif. Je ne dis pas que c’est bien de détourner de l’argent et de faire des emplois fictifs mais enfin ça n’a rien à voir avec la vie humaine. Je trouve que mettre quelqu’un au gouvernement qui n’est pas coupable mais qui est responsable d’une part, ce n’est pas possible. Je ne comprends même pas qu’on puisse le laisser au gouvernement Laurent Fabius. Je trouve ça inadmissible même s’il n’a pas été officiellement condamné etc, je pense qu’il a quand même une part de responsabilité dans l’affaire du sang contaminé et qu’il ne fallait pas oublier ça. Qu’il soit à la tête de mon pays, ça me révolte. Voilà pourquoi j’ai réagi à la dernière émission.

Si Laurent Fabius était en face de moi, qu’est-ce que je lui dirais ? Je n’en sais rien. Soit je dis des choses qui sont tellement vulgaires que je ne peux pas les dire à l’antenne. Soit je crois que je ne lui tendrais même pas la main et je lui demanderais juste s’il n’a pas un peu la honte. Je lui demanderais de s’effacer par respect ou je ne sais pas qu’il s’efface, qu’il se fasse un peu discret. S’il veut qu’on arrête de lui rabâcher l’affaire du sang contaminé tout le temps, faut que lui aussi il s’efface. Si on ne parle plus de l’affaire du sang contaminé, on ne parle plus de lui non plus. C’est un peu indécent de s’afficher à la télévision avec un grand sourire, d’aller dans les pays, en plus ministre des affaires étrangères, il va dans les pays dans lesquels il a envoyé des poches de sang contaminé, enfin il a envoyé, ce n’est pas… je ne sais pas, je ne sais même pas ce que je lui dirais, je ne sais pas. Je lui dirais je ne vous souhaite aucun mal, moi je ne lui souhaite pas d’être victime du sang contaminé ou que quelqu’un de sa famille le soit parce que je ne souhaite pas de mal aux autres. Mais je lui demanderais que par respect, il se fasse un peu plus discret. Voilà terminé. Il y a eu un procès, il y a eu pleins de choses qui ont été faites, il n’est pas coupable, il n’est pas responsable, il n’est pas ce qu’on veut. Peut-être. Maintenant il a quand même un peu de dignité, un peu de conscience et il devrait se faire un peu plus discret. Juste qu’il arrête de nous faire des sourires à la télévision alors qu’il a tué pleins de gens. Moi je ne comprends pas. Je lui dirais est-ce que vous arrivez à dormir correctement la nuit ? Je ne sais pas, pff, je ne même pas si je lui dirais quelque chose.

Qui sont les coupables de l’affaire du sang contaminé ? Tous ceux qui ont été condamnés officiellement déjà pour commencer. Georgina Dufoix, les médecins, etc, les professeurs. C’est le ministre à l’époque, Laurent Fabius. Le ministre de la santé. C’est tout une organisation je pense d’hommes politiques. Mais le pire c’est qu’il y a aussi des médecins. Il y a certains médecins qui étaient au courant de ça. Moi je ne connais pas tout de l’affaire du sang contaminé. On ne connaît pas tout en France. Mais il y a des médecins qui sont coupables de ça, ce qui est à la limite encore plus scandaleux que des bureaucrates. Quand on est médecin et qu’on sait ce qu’on fait et qu’on sait qu’on va tuer des gens, qu’on va donner une maladie aux gens, c’est juste le contraire de ce pourquoi on est devenu médecin. S’ils étaient conscients de ce qu’ils faisaient, c’est encore plus honteux. Donc je pense qu’il y a des médecins malheureusement et des bureaucrates. Et surtout le ministre parce que ma foi, il était au courant donc… qui n’est pas coupable mais qui est quand même responsable. S’il le savait, c’est une horreur. S’il ne le savait pas, c’est qu’il n’a pas fait correctement son boulot et qu’il aurait dû voir ou surveiller ce que les gens en-dessous faisaient. C’est les bureaucrates, c’est les médecins, voilà. Et c’est aussi les médias je pense qui n’ont pas trop ébruité l’affaire au début.

On ne connaît pas toute la vérité sur l’affaire du sang contaminé je pense. On ne sait pas tout parce que forcément il y a des secrets d’Etat. Parce que déjà à la base comme ça touche le Premier ministre de l’époque, il y a à mon avis des dossiers qui sont classés secret défense dont on n’aura jamais connaissance. Et il y a des choses que les médias ont caché ou que les hommes politiques ont demandé gentiment de cacher. Je pense que les médias ont aussi étouffé certaines choses parce que peut-être que les journalistes ont eu peur de sauter, de se faire virer, je ne sais pas. L’affaire du sang contaminé en France on en parle beaucoup et tant mieux mais des victimes françaises. Mais quand on voit ce qui a été fait aussi à l’étranger parce qu’on a aussi envoyé du sang à l’étranger, ça aussi c’est scandaleux. On n’en parle pas beaucoup c’est normal, on est français, on parle de nos victimes. Mais enfin il y a eu aussi ça. Et je pense qu’il y a eu aussi beaucoup d’autres choses qui font partie de secret défense et que personne ne sera jamais au courant.

C’est important pour moi que les jeunes connaissent l’affaire du sang contaminé. Que nos enfants la connaissent et que les enfants de nos enfants, etc. Ca fait partie de l’histoire de la France. Donc on est censé mettre tout le monde au courant, on est censé l’apprendre. Il faut parce que pour les victimes et pour les familles des victimes, il ne faut pas oublier. Ca a eu lieu, ça a tué des gens et ça fait partie de notre histoire malheureusement et non il ne faut pas oublier. C’est un respect aussi pour ceux qui se sont battus contre la maladie, pour ceux qui se sont battus dans les associations, pour les familles qui restent qui ont perdu un proche. Il y a des gens aujourd’hui qui vivent avec cette maladie et je trouve qu’on n’en parle plus et c’est bien dommage. Après ça ne sert à rien de ressasser tout le temps parce que moralement ça doit être difficile aussi pour les victimes de tout le temps entendre. Mais pour les jeunes, je pense qu’il faut. Moi j’ai une personne de ma famille qui en est décédée, j’ai 30 ans. Il a eu le sang contaminé quasiment à ma naissance. Donc j’ai un peu grandi avec cette histoire derrière moi et je trouve maintenant, c’est mon grand-père, maintenant que mon grand-père est décédé, j’en parle. C’est un respect aussi par rapport à mon grand-père, par rapport à tous ceux qui sont malades, qui sont décédés de cette maladie, quand même, faut en parler.

Sandra : Avant d’entrer en matière dans le débat je souhaite d’abord interpeller Bruno Spire concernant l’affaire du sang contaminé. Quelle est la position de AIDES concernant le fait que Laurent Fabius est à nouveau ministre, lui qui était premier ministre quand l’autorisation des tests de dépistage du sida mis au point par la firme américaine Abbot avait été « retenue quelque temps ». Si on n’a pas entendu l’association AIDES sur ce sujet, serait-ce pour ménager vos relations avec le nouveau gouvernement et le parti socialiste, pendant que vous négociez en coulisses les intérêts de votre association ? Comment une structure qui prétend être une « association de patients », peut-elle passer sous silence l’affaire du sang contaminé quand l’un de ses principaux acteurs redevient ministre comme si de rien n’était ?

Bruno Spire : En 1985, Aides, moi je n’y étais pas. L’association était à peine créée. Elle a été créée en décembre 1984. Honnêtement, je ne me rappelle pas des positions de Aides à l’époque, moi je n’étais pas membre. Sur des questions qui ont tant d’années, je ne suis pas sûr que c’était une de nos priorités de nous exprimer là-dessus. Moi je ne suis pas sûr que les responsabilités elles sont uniquement de la part d’une personne. Ce n’est pas forcément Laurent Fabius. Il y a eu un procès qui a établi un certain nombre de responsabilités, qui a eu lieu quelques années après. C’est certain que les politiques, ce qu’on peut leur reprocher à cette époque, mais comme on pourrait le reprocher à toutes les époques, ce n’est pas forcément de prendre avec suffisamment de responsabilité le problème du sida, mais pour le sang contaminé comme pour le reste, je pense qu’aujourd’hui, s’il y a encore énormément de gens qui meurent du sida dans le monde, c’est aussi la responsabilité des politiques qui ne mettent pas en place la transaction, la taxe sur les transactions financières par exemple qui ne tiennent pas leur promesse d’accès universel en versant suffisamment d’argent au Fonds Mondial, et que tout ça mériterait aussi des procès et pas simplement sur le sang contaminé. Donc je pense qu’il faut voir les choses nettement de façon plus globale que uniquement sur une affaire qui date de tant d’années, même si, effectivement, les gens qui sont infectés à cette époque-là, c’est totalement dramatique. Mais comme c’est dramatique toute infection par le VIH notamment, comme aujourd’hui, quand il y a des moyens d’éviter le décès des personnes avec antirétroviraux (…) avec le gouvernement qui arrive, on a suffisamment de sujet de plaidoyer qui sont pour nous extrêmement prioritaires (…) Si effectivement il y a une demande, on veut bien considérer ce qu’il faudrait faire mais honnêtement, je pense qu’avec le ministère des affaires étrangères, je pense qu’il y a nettement plus urgent comme favoriser une politique audacieuse de la France en terme d’accès aux antirétroviraux dans le monde. Ça me parait nettement plus prioritaire que de reparler du sang contaminé il y a plusieurs années.

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Gaëlle : Ses propos sont un petit peu choquants quand même où alors c’est dans sa façon de s’exprimer qu’il n’a pas réussi à faire passer ce qu’il voulait dire. Je ne comprends pas bien. Dire qu’effectivement parler du sang contaminé, une affaire qui s’est passé il y a 30 ans ce n’est pas une priorité oui évidemment, ce n’est pas une priorité. La priorité c’est de donner les médicaments, c’est les antirétroviraux et tout ça oui. C’est sûr que ça c’est la priorité. Mais enfin ce n’est pas parce que ce n’est pas une priorité qu’il faut oublier quand même. Ce n’est pas parce que ce n’est pas une priorité que du coup c’est une broutille et il ne faut plus en parler, faut oublier, basta, ça s’est passé, on met ça de côté. Non, non. Je ne pense pas. Oui ça ne fait pas partie des priorités mais enfin on a quand même le droit d’avoir un avis sur la question. On a quand même le droit de dire qu’on n’est pas d’accord que Fabius représente notre pays et fasse partie du gouvernement et même si ce n’est pas une priorité, ce n’est pas pour ça qu’il faut oublier. Je ne suis pas d’accord.

C’est un sujet qui est délicat mais que ce soit pour les malades ou pour la famille, je dis qu’il faut positiver et il faut profiter du moment présent tant qu’on est en vie même si on est malade. Tant qu’on est en vie, c’est le principal. Faut profiter du moment qu’on vit. Après quand même, je pense que par respect, il faut essayer de se battre et faire entendre sa voix en disant que Fabius, on n’est pas d’accord qu’il soit au gouvernement. Il faut faire entendre sa voix, il faut trouver une raison de se battre. Après la vengeance ce n’est pas forcément une solution. C’est juste un respect qu’il parte du gouvernement. Il faut profiter du moment présent, il faut profiter de sa famille. Tant que les gens sont là c’est le principal.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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