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Être séropositive au Burkina Faso, Zanik raconte

25 juillet 2012 (lemegalodon.net)

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Début du son.

Sandra : Comment parle-t-on du VIH au Burkina Faso et qu’est-ce qui est fait pour ceux qui sont séropositifs ?

Zanik : Ca reste tabou parce que ceux qui sont atteints ne veulent pas en parler. Ils gardent ça pour eux parce qu’ils se voient toujours marginalisés et vraiment c’est difficile. Ils sont vus comme des gens qui ont eu ça par mauvaise vie. Donc ils cachent. Les gens n’aiment pas s’exprimer. Même s’ils font le test et qu’ils sont séropositifs, ils préfèrent garder et puis cacher, aller vers quelqu’un, se confier et sachant que cette personne ne va pas divulguer, pour qu’on ne la pointe pas du doigt et qu’on dise cette personne est atteinte. Donc c’est toujours caché. C’est pour cela que les gens ne veulent pas s’exprimer comme ça. Sinon il y en a pleins. Il y a des gens vraiment qui sont séropositifs et ils ne sont pas ouverts. Et même ceux qui le sont aussi, il y a des personnes de mauvaise volonté qui ne veulent pas se protéger, ils veulent contaminer les gens parce qu’ils sont séropositifs, ils veulent contaminer les autres pour qu’ils soient comme eux.

Sandra : Et vous-même est-ce que vous arrivez à parler de votre séropositivité à votre entourage ?

Zanik : Moi personnellement, je le garde pour moi, je ne le dis pas même à ma propre famille, à mes enfants, personne ne sait que je le suis. J’ai un confident, quand je me sens déprimée, découragée, je vais vers cette personne et elle me remonte le moral.

Sandra : Vous prenez un traitement ?

Zanik : Oui et vraiment ça me fait du bien. Apparemment quand on me voit personne ne peut imaginer que je suis malade.

Sandra : Au niveau du grand public, est-ce que vous pensez que le grand public est assez bien informé sur le VIH ?

Zanik : Le grand public est assez bien informé parce qu’il n’y pas longtemps qu’on a commencé la sensibilisation au Burkina. On fait le dépistage. Le grand public est informé. Même les enfants qui naissent de mères séropositives sont pris en charge et on donne des conseils à leur maman. Actuellement même à la télévision, partout, on passe des informations là-dessus par rapport aux femmes qui accouchent de bébés infectés par le VIH sur la prise en charge.

Sandra : Est-ce que au Burkina faire des bébés sans contaminer son enfant est-ce que c’est quelque chose de possible ?

Zanik : Oui mais il y a certains qui sont contaminés. Il y a des associations qui prennent en charge les enfants séropositifs et ensuite les enfants on les soigne.

Sandra : Si le grand public est bien informé, pourquoi est-ce que ça reste quand même tabou de parler de sa séropositivité ?

Zanik : Ca reste tabou parce que la société ne voit pas ça comme une maladie mais ils voient ça comme une mauvaise vie. Ils voient ça comme si la personne a mené une mauvaise vie. Il y a des familles qui acceptent. De nos jours quand ils font le test de dépistage et qu’ils sont séropositifs, certains se donnent la mort.

Sandra : Et vous-même, quand vous avez appris votre séropositivité, quelle a été votre réaction ?

Zanik : J’étais triste. J’ai été contaminée au niveau de mon service parce que j’ai reçu le sang en plein visage dans les yeux et à ce moment-là j’avais une conjonctivite.

Sandra : Auriez-vous un message pour toutes les femmes, les hommes, les familles vivant avec le VIH du Burkina ?

Zanik : J’ai un message pour eux parce que je peux dire que la séropositivité n’est pas une fatalité. Je leur dit de se prendre en charge, prendre la vie du bon côté et ne pas faire un tabou parce qu’il y a des maladies qui sont plus mortelles.

Fin du son.

Sandra : C’était Zanik. Ensuite la communication a coupé et puis elle m’a envoyé un mail, quelques précisions qu’elle a apportées sur elle :

C’est en octobre 2001 lors d’une intervention chirurgicale d’une césarienne au bloc opératoire que j’ai reçu en plein visage dans les yeux du sang contaminé par le virus du VIH malheureusement je souffrais d’une conjonctivite oculaire vous comprenez que la contamination était directe surtout que à cette époque l’information sur la sensibilisation du VIH n’était pas aussi avancée, ni évoluée comme aujourd’hui.

C’est ainsi que je me suis retrouvée séropositive étant déjà enceinte de mon dernier enfant qui heureusement n’a pas été contaminé. Mais lorsque mon mari fut informé de ma sérologie il m’a quittée sans la moindre compassion. Cela m’a beaucoup choquée et affligée à un tel point que j’ai déprimé. Finalement il a divorcé avec moi.

Dieu merci mon médecin traitant et ma confidente n’ont cessé de me réconforter et me remonter le moral jusqu’à ce que je me ressaisisse.

J’ai eu 3 enfants qui sont assez grand maintenant. Toutes des filles. La dernière a 10 ans.

La vie continue je prends bien soin de ma santé. Je prends mes antirétroviraux tous les jours. Je contrôle régulièrement mon bilan sanguin tous les 6 mois. Je suis en pleine forme, je ne suis pas malade. Je vis bien.

Sandra : Je demanderai particulièrement à Francis et à Julienne, puisque vous êtes tous les deux originaires de l’Afrique subsaharienne, de réagir sur cette prise de parole.

Francis : Moi je suis originaire du Burkina Faso. Je suis très content d’entendre des témoignages de ce genre en provenance de mon pays d’origine. C’est vrai que le VIH au jour d’aujourd’hui, tous ceux qui veulent en savoir quelque chose, l’information est là. Maintenant quand est-ce qu’on a envie d’en parler, quand est-ce qu’on veut être informé, quand est-ce qu’on n’a pas du tout envie d’être informé, voilà. L’information en tout cas est disponible. Maintenant chacun prend dedans ce qu’il a envie de prendre dedans. Certains jouent à la politique de l’autruche, pensent qu’ils ne sont pas du tout concerné, que c’est un sujet qui ne les intéressent pas du tout. Exactement comme quelqu’un qui dirait je ne suis pas intéressé par le sport. Donc quand cette affaire passe, ça ne les regarde pas. D’autres sont effectivement intéressés mais comme je l’ai déjà dit, jouent à la politique de l’autruche, font semblant. Il y a tous les cas de figure. Mais l’information au moins est disponible. C’est déjà ça. Maintenant pourquoi ce sujet est-il encore sujet tabou ? Il faut rappeler que c’est quand même un sujet qui est plus ou moins lié au sexe et tout ce qui a un peu rapport au sexe devient un peu tabou plus ou moins. C’est délicat quand on se rapproche un peu du sexe. Du coup, dans la tête de certaines personnes, une personne séropositive est une personne de moeurs légères, c’est une personne qui s’est laissée aller un peu à la facilité et puis bon, quelque part il y en a qui vous disent vous le méritez, vous l’avez cherché etc. Jusqu’ici certaines catégories avaient peur du VIH, c’était ça qui faisaient qu’on fuyait, on ne voulait pas du tout en entendre parler. Pourquoi ? Parce que les personnes séropositives, les premières personnes séropositives auxquelles on a été confronté on n’arrivait pas à y faire face. Toute la fortune de la famille y passait dans les soins et la personne séropositive finissait quand même par mourir alors qu’on est dans un pays où les ressources sont très rares, les gens sont pauvres d’une façon générale. Alors du coup, quand on voit une personne séropositive dans les environs, on s’en méfie parce qu’on ne sait pas trop comment ça va se passer. Est-ce que tout l’argent va encore y passer ? Est-ce qu’on pourra la sauver ou pas ? Mais depuis ces dernières années avec l’intervention des associations, des grosses ONG (Organisation non gouvernementales) etc, on voit des personnes qui vivent bien avec leur sérologie positive qui intervienne à la télévision, à la radio. On a pleins de cas dans les associations et tout ça. Et les associations aussi sur le terrain font bien leur travail. Donc aujourd’hui, comme je l’ai déjà dit l’information en tout cas, elle a, les bons exemples sont là. Et puis celui qui veut rester ignorant, c’est lui qui reste ignorant. Maintenant par rapport l’annonce, je félicite cette consoeur de son courage mais je voudrais attirer son attention que le fait d’être séropositif et le fait de chercher une personne forcément séropositive, ce n’est pas forcément ça la solution.

Sandra : Elle n’a pas dit qu’elle cherchait une personne forcément séropositive.

Francis : Ah d’accord.

Sandra : D’ailleurs, elle m’avait précisée, mais comme ça ne passait pas dans la communication, ce qui lui importe c’est que, s’il accepte sa maladie, tout va bien.

Francis : C’est ça aussi que je voulais dire. Le plus important c’est de rencontrer quelqu’un qui vous accepte tel que vous êtes et puis pour que ça puisse bien marcher, parce que certains se sont faits des illusions en se disant que, je suis séropositif, il faut forcément une personne séropositive comme ça nous pouvons parler de ce sujet-là, on n’a plus besoin de se cacher l’un à l’autre etc. Mais l’amour étant autre chose, la séropositivité autre chose. Les personnes séropositives, j’en ai connu qui se sont vraiment déchirées, ça s’est très mal terminé et moi ça me pousse à dire il faut d’abord chercher l’amour, le véritable amour. Qu’est-ce que je recherche ? Mais aussi qu’est-ce que j’ai à offrir ? C’est une question d’échange, c’est une question de donner et recevoir. Bon, j’arrête là pour que les autres aussi puissent intervenir.

Sandra : Julienne, qu’as-tu à dire à Zanik ?

Julienne : Je veux seulement l’encourager en tant que femme, de prendre son courage à deux mains. Cette maladie n’est plus comme on entendait auparavant. Elle-même voit maintenant comme elle suit déjà son traitement très bien. Son mari aura honte de lui parce qu’ils ont un lien, parce qu’ils ont des enfants. Mais son amour, elle va retrouver son amour correctement. Qu’elle prenne seulement son remède. Elle et son courage et enlever dans la tête, c’est une maladie comme tout le reste. Elle porte sa croix comme tout le monde porte sa croix aussi. Les gens qui savent qu’elle est séropositive le savent et qu’est-ce qu’elle sait de ce que les autres ont ? Il y a les autres qui sont plus malades qu’elles. Qu’elle prenne seulement son courage et prendre son traitement et elle met dans sa tête que c’est une maladie chronique. Si ça arrive demain qu’elle va trouver des solutions, elle va trouver une solution. Même par rapport à l’amour, même par rapport a du n’importe quoi. Tout est entre ses mains. Qu’elle enlève dans sa tête qu’elle est malade. C’est tout. C’est l’information que je lui donne.

Sandra : Par rapport au mode de contamination. Elle a expliqué selon elle comment elle a été contaminée. Elle dit que c’est lors d’une intervention chirurgicale, parce qu’elle travaille dans ce domaine-là, qu’elle a reçu dans les yeux du sang contaminé par le virus du VIH et que comme elle souffrait d’une conjonctivite oculaire, du coup, elle serait contaminée comme ça. Selon vous, est-ce que c’est possible ?

Julienne : Très possible parce que c’est une maladie. On n’a pas eu cette maladie de la même façon, de la même manière. Les médecins eux-même le disent. C’est une maladie comme tout le reste. Ca dépend où tu as ramassé ta croix. Je n’accuse personne. Elle peut prendre sa maladie n’importe où, dans des seringues. Je dis que ça s’attrape partout. Bien sûr on accuse beaucoup la sexualité. Mais c’est une maladie, dans des seringues, on se perce les oreilles. Chez nous même là-bas en Afrique, allons vous faire vacciner, avec une aiguille pour vous faire vacciner on prenait une seule seringue pour 100 personnes. Ca donnait le virus. Si son mari l’a quittée, ce n’est pas parce que c’est une frivole. C’est parce qu’elle a eu la malchance d’attraper la maladie. C’est comme le paludisme. On ne doit pas accuser quelqu’un parce qu’elle est malade. Moi je suis sûre qu’elle a pris la maladie comme elle l’explique.

Tina : Là-dessus, je pense que c’est toujours dangereux d’essayer de faire un classement entre quelle est la contamination disons la moins honteuse ou d’essayer de trouver, de se sentir mieux en trouvant un mode de contamination moins honteux. Là-dessus je pense qu’il ne faut pas avoir de jugement. Ce que je peux dire et j’en suis assez sûre et ça c’est important par rapport justement aussi à comment on voit les personnes séropositives, c’est que du sang qui gicle et qui va dans les yeux, ce n’est pas contaminant. C’est tout. Il faut que ce sang là gicle dans une plaie ouverte et à ce moment-là, oui bien sûr dans le milieu du soin il y a des contaminations qui se font par des aiguilles souillées où le soignant va se piquer avec. Mais en tout cas sinon, il n’y a pas de 36 000 modes de contaminations. Il y a par voie sexuelle, par transfusion, par la transmission de la mère à l’enfant, par l’aiguille souillée. Mais dans les yeux non. Pour moi ce n’est clairement pas un mode de contamination.

Sandra : On arrive à la fin de l’émission. Ben, un mot pour Zanik ?

Ben : Pour Zanik, arrête de t’en faire, ce n’est pas la peine d’essayer de trouver des boucs émissaires, je pense que l’amour tu vas le trouver et en revanche, là où je m’interroge, comment se fait-il qu’elle puisse assister à une césarienne, puisqu’elle travaillait dans ce domaine-là, tout en ayant une conjonctivite, alors hyper balaise de saigner pleins les yeux pour pouvoir pratiquer une césarienne. J’espère qu’à l’heure actuelle ça ne se fait plus dans ce genre de conditions. Bon l’amour elle le trouvera, il frappe toujours à la porte au moment où on ne s’y attend pas. Pour encore finir, il y a une chose qui est hyper importante, c’est pour les enfants plus tard, ils grandiront avec un regard autre que le regard qu’on a et aujourd’hui ce dont on souffre le plus c’est encore la stigmatisation culturelle, la stigmatisation que la société fait de nous. Mais nous ne sommes que le reflet de la société. Alors qu’elle se rassure, nous sommes que le miroir de la société.

Sandra : Je vous propose de terminer avec un titre qu’a choisi Zanik, enfin elle a plutôt choisi une artiste qui s’appelle Sissao. Je ne sais pas si tu connais Francis par hasard ?

Francis : Oui Sissao, je connais.

Sandra : Elle m’a dit que c’est une chanteuse qui prône l’amour la paix, l’égalité entre l’homme et la femme, le respect de la femme et chante contre les mariage forcés, l’excision et aussi contre le rejet des séropositifs.

Francis : Tout à fait.

Sandra : Donc on termine avec une chanson de Sissao

Diffusion d’un extrait du titre Kanata de Sissao

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE