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Benlama Bouchaïb | Malades étrangers | Maroc | Réseau national des correspondants du Comité des familles

Au Maroc, les séropositifs se prennent en charge malgré la stigmatisation de la société

25 juillet 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Ben, tu es de retour. Ca fait un petit moment maintenant que tu es revenu du Maroc. Tu es parti au Maroc pour ton projet Maroc qui a pour but d’aider les séropositifs qui se trouvent là-bas. Est-ce que tu peux nous faire un compte-rendu de ton séjour ? Qui tu as rencontré comme personnes séropositives ? Est-ce que tu peux nous dire aujourd’hui comment vivent les personnes séropositives au Maroc ?

Ben : Ca fait un petit moment quand même que je vais au Maroc et je suis de près l’évolution d’une association d’auto-support qui s’appelle l’association du jour, qui a été créée par des personnes concernées par le VIH au Maroc. Qu’est-ce que j’ai pu rencontrer depuis un certain nombres d’années que je vais au Maroc ? Une nette évolution de la prise en charge mais toujours une stigmatisation de la société envers les personnes concernées. Quand je dis une nette évolution, c’est lorsque je vois que des malades du sida se sont pris en charge eux-même pour créer leur propre association, mettre en place des actions de solidarité entre eux, qui est une solidarité qui est naturelle étant donné qu’au Maroc la solidarité elle est coutumière, bien que c’est une société qui s’individualise. Ce que j’ai pu voir, c’est des malades qui s’exprimaient au sein d’une association en toute liberté, des témoignages qui sont repris par le pouvoir politique quand même on va dire. Une nette évolution de l’accès au traitement mais le problème il est encore que dans certaines villes du Maroc les gens ne préfèrent pas se soigner dans cette ville-là parce qu’ils ont très peur d’être montré du doigt par leur entourage donc vont se soigner dans une autre ville. Aujourd’hui ils ont l’occasion d’être accueilli dans un appartement thérapeutique le temps des examens sur l’hôpital de Casablanca. J’ai vu aussi une évolution par rapport aux femmes et aux enfants qu’on ne voyait pas énormément à l’association là-bas et aujourd’hui sont fortement présentes, toutes les couches de la société nous pouvons les trouver au sein de l’association. Maintenant au niveau de l’hôpital de Casablanca il y a une réelle prise en charge qui se fait malgré qu’il faut encore tous les jours batailler avec certains services pour éviter la stigmatisation. Je vais prendre un exemple du travailleur social qui me disait : « Je travaillais dans le SAMU social donc j’allais au devant des personnes vivant dans la rue et dès qu’elles me disaient : “je suis séropositif” mes supérieurs refusaient que je fasse mon travail de travailleur social parce que c’est trop compartimenté et quelque part ils se retrouvent enfermés dans des dispositifs et n’ont pas accès à des dispositifs de droits communs ». Et donc il y a une évolution mais est-ce qu’elle est bonne ou est-ce qu’elle est mauvaise ? Je ne sais pas. Le temps va nous le dire. Certains le vivent mal et d’autres se disent tant mieux au moins je serai pris en charge mais il faut toujours batailler avec le droit commun. Ce qui a bien changé quand même c’est qu’aujourd’hui par décret royale, il y a une couverture universelle pour les plus démunis. Donc aujourd’hui quelqu’un qui n’a pas les moyens peut se soigner grâce à la couverture universelle qui a été mise en place cette année par le royaume du Maroc. Ce n’est pas le gouvernement qui a décidé, ça c’est un décret royale. Une différence que je ne pourrai pas tellement, je n’ai pas beaucoup de temps pour vous l’expliquer. Sur le projet Maroc, ce qui a été, que j’ai trouvé intéressant, c’est cette notion de partage que j’ai vu qui existe au Maroc. Les personnes concernées s’entraident au niveau des médicaments. Il y a des groupes de paroles qui se forment informellement et qui se défont. Je pense que ça va dans le bon sens pour l’instant. Mais à l’heure actuelle la grande crainte pour les associations d’auto-support au Maroc, c’est : est-ce que le Fonds Mondial va continuer à les financer pour pouvoir se promouvoir et influer sur la politique gouvernementale ? Dernièrement, lorsque je suis allé, je discutais avec une personne de l’association là-bas qui côtoie l’association régulièrement me disait : « aujourd’hui ce qui nous manque c’est comment faire baisser la stigmatisation dans la population générale ». Si la population marocaine pouvait accepter ça comme une maladie comme une autre, ils se sentiraient mieux et plus intégrés. En période de ramadan j’espère que son voeux sera exaucé et que le partage sera là. J’espère compter sur vous pour que l’action continue l’année prochaine.

Sandra : Quand tu dis sur vous, tu parles aux auditeurs de l’émission Survivre au sida...

Ben : Oui je parle aux auditeurs et aux malades parce qu’entre malades on a une expérience aussi à partager et je pense aussi aux marocains résidents ici en France qui ont un rôle influent et qu’il faut qu’ils l’exercent pour l’accès aux soins des personnes concernées. C’est à travers les associations civiles qu’on fera bouger les choses au Maroc.

Sandra : Merci Ben pour ce compte-rendu. On aura l’occasion d’en reparler puisque tu as fait quelques enregistrements de personnes concernées par le VIH au Maroc.

Ben : Vous aurez aussi l’occasion de voir sur le site de l’émission des photos des sorties conviviales qu’on a pu faire là-bas avec les gens de l’association du jour. Mais tout ce que je sais c’est que le fait de nous avoir là-bas près d’eux, c’est une grande bouffée d’oxygène pour eux parce qu’ils se sentent soutenus dans leur combat de tous les jours.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE