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Mère et fils témoignent de l’affaire du sang contaminé (1/4) : Pourquoi il ne faut pas oublier

18 juillet 2012 (lemegalodon.net)

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Josiane : Je suis madame Josiane B., j’ai 56 ans. Je suis née à Nîmes. J’habite à Marguerite dans le Gard. Je suis en arrêt maladie depuis 14 mois. Je ne pourrai pas reprendre mon travail. Et puis je vous passe mon fils.

Cédric : Bonjour, je m’appelle Cédric M. J’ai 31 ans, à la recherche d’un emploi, je suis né à Apt. J’habite encore chez ma mère pour des raisons de santé.

Sandra : Lors de l’émission Survivre au sida du 22 mai 2012, nous avons à nouveau parlé de l’affaire du sang contaminé car, Laurent Fabius, ancien premier ministre à l’époque de ce scandale, est toujours dans la politique et en plus ministre des affaires étrangères depuis le 16 mai 2012. Vous faites partie tous les deux de ceux qui ont réagi vivement à cette émission. Pourquoi ?

Josiane : Premièrement l’émission on ne l’a pas vue nous. En fait c’est ma fille qui a reçu un mail de Survivre au sida qui demandait des témoignages et c’est à la suite de ça que nous avons envoyé notre témoignage.

Sandra : Pourquoi avez-vous décidé tous les deux d’envoyer votre témoignage ?

Josiane : Parce qu’on ne supporte pas cette injustice de le voir encore à la télé. C’est incompréhensible. On n’arrive pas à comprendre qu’il ait fait des choses comme ça, qui peuvent être aussi criminelles quoi quelque part. Il y a quand même eu des personnes mortes, des enfants. C’est vrai qu’on a l’impression qu’il a oublié certaines choses. Pour lui c’est rien du tout.

Cédric : C’est vrai que ce n’est pas normal qu’il soit encore là alors que ce qu’il a fait ce n’est pas du tout normal. On dirait que pour lui il n’a rien fait de mal.

Sandra : Si Laurent Fabius était en face de vous, que lui diriez-vous ?

Josiane : Houlà ! C’est vrai que c’est des mots qui seraient très durs. Très durs et même je lui souhaiterais d’avoir un enfant hémophile et qu’il attrape une maladie dans ce genre quoi. Peut-être que là ça le ferait réagir.

Cédric : J’irais même plus loin, je me ferais même une prise de sang pour y injecter mon sang pour lui faire voir de ce que c’est de vivre cette angoisse.

Sandra : Pour vous, qui sont les coupables de l’affaire du sang contaminé ?

Josiane : Il y a monsieur Garetta, le seul qui a été puni d’ailleurs, qui a pris 4 ans. Ensuite je sais qu’il y avait 4 personnes. Donc il y avait un professeur dont je ne me souviens plus le nom. Il y avait Georgina Dufoix et l’autre c’était ? Je ne me rappelle plus.

Cédric : Il y a monsieur Fabius aussi oui.

Josiane : Oui et puis bon, c’est vrai que...

Cédric : Après il y a peut-être une autre question qui se soulève, est-ce que Mitterrand est tout blanc aussi ? Ca on ne sait pas et on le saura jamais.

Sandra : Selon vous, est-ce que nous connaissons toute la vérité sur l’affaire du sang contaminé ?

Josiane : Non.

Cédric : Non.

Josiane : Parce qu’ils ont cherché à cacher beaucoup de choses il me semble. Ils ont cherché à minimiser les choses.

Cédric : Puis quand on voit que le virus, le sida a été créé pour décimer des populations africaines, on se demande s’ils n’ont pas cherché à faire pareil en France.

Sandra : « L’affaire du sang contaminé ? Je ne connais pas ». Ca c’est la réponse de ceux qui sont trop jeunes pour avoir connu cette histoire ou de ceux qui ont été mal informés. Est-il important selon vous que ces personnes connaissent la vérité ou est-ce qu’ils peuvent rester dans l’ignorance ?

Josiane : Non je pense que c’est bon à leur faire savoir parce que ça leur permettra de voir qu’au gouvernement, on peut rendre des gens malades. Après...

Cédric : Et que des mauvaises décisions peuvent être prises.

Josiane : Voilà, surtout pour les finances, pour le profit quoi. Il y a que l’argent qui les intéressent quelque part. Donc je pense que c’est important que tout le monde soit au courant. Qui sait ce qui va arriver par l’avenir ? Il peut très bien avoir d’autres maladies qui sortent ou d’autres produits ou d’autres médicaments qui soient contaminés par une autre maladie.

Sandra : Avez-vous un message pour les mamans comme vous ou les parents comme vous qui ont un de leur enfant victime de l’affaire du sang contaminé ?

Josiane : Malgré tout de tenir bon, d’avoir la force. Envers malheureusement les mamans qui ont perdu leur enfant, je ne sais pas trop quoi dire parce que si c’était mon cas, ce serait très difficile. Je sais qu’il faut tenir bon parce qu’on a d’autres enfants. C’est quelque chose que... déjà ils ont ma sympathie. Ce n’est même pas assez fort à dire.

Sandra : Et vous Cédric, avez-vous un message pour les personnes comme vous victimes de l’affaire du sang contaminé ?

Cédric : Faut qu’ils gardent espoir et le moral. Nous, on est encore en vie malgré ce qui nous arrive et qu’il faut qu’on profite de tous les bons moments.

Sandra : Comment selon vous peut-on rendre hommage aux victimes de l’affaire du sang contaminé ?

Josiane : Je crois justement en contrecarrant monsieur Fabius. Ce serait déjà une bonne chose. Déjà ne plus voir monsieur Fabius à la télé ça fera un bien fou à tout le monde. Enfin à toutes les personnes incriminées qui sont dans notre cas.

Sandra : On a reçu Bruno Spire, est-ce que vous le connaissez ?

Cédric et Josiane : Non.

Sandra : C’est le président de l’association AIDES.

Cédric et Josiane : D’accord.

Sandra : Est-ce que vous connaissez un peu l’association AIDES ?

Cédric : Moi je suis allé une fois avec une amie qu’on avait, l’association AIDES qu’il y a sur Nîmes. Mais après c’est vrai que je n’ai pas cherché plus à y aller.

Josiane : Tu n’as jamais voulu y aller. Tu n’as jamais voulu t’y investir. Il a refusé la maladie quoi.

Sandra : On a interrogé Bruno Spire à propos du sang contaminé. On lui a demandé comment ça se fait que AIDES ne s’est pas encore exprimé là-dessus ? Je vais vous lire sa réponse : « En 1985, Aides, moi je n’y étais pas. L’association était à peine créée. Elle a été créée en décembre 1984. Honnêtement, je ne me rappelle pas des positions de Aides à l’époque, moi je n’étais pas membre. Sur des questions qui ont tant d’années, je ne suis pas sûr que c’était une de nos priorités de nous exprimer là-dessus. Moi je ne suis pas sûr que les responsabilités elles sont uniquement de la part d’une personne. Ce n’est pas forcément Laurent Fabius. Il y a eu un procès qui a établi un certain nombre de responsabilités, qui a eu lieu quelques années après. C’est certain que les politiques, ce qu’on peut leur reprocher à cette époque, mais comme on pourrait le reprocher à toutes les époques, ce n’est pas forcément de prendre avec suffisamment de responsabilité le problème du sida, mais pour le sang contaminé comme pour le reste, je pense qu’aujourd’hui, s’il y a encore énormément de gens qui meurent du sida dans le monde, c’est aussi la responsabilité des politiques qui ne mettent pas en place la transaction, la taxe sur les transactions financières par exemple qui ne tiennent pas leur promesse d’accès universel en versant suffisamment d’argent au Fonds Mondial, et que tout ça mériterait aussi des procès et pas simplement sur le sang contaminé. Donc je pense qu’il faut voir les choses nettement de façon plus globale que uniquement sur une affaire qui date de tant d’années, même si, effectivement, les gens qui sont infectés à cette époque-là, c’est totalement dramatique. Mais comme c’est dramatique toute infection par le VIH notamment, comme aujourd’hui, quand il y a des moyens d’éviter le décès des personnes avec antirétroviraux ». Alors après je lui ai demandé : « Il y a prescription ? ». Alors il me dit : « Ce n’est pas qu’il y a prescription. C’est que, honnêtement, avec le gouvernement qui arrive, on a suffisamment de sujet de plaidoyer qui sont pour nous extrêmement prioritaires. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y penser si on nous pose la question. On veut bien si un certain nombre d’associations qui veulent réfléchir au niveau de ce dossier-là pour voir si c’est une priorité, travailler là-dessus en inter-associatif. Si effectivement il y a une demande, on veut bien considérer ce qu’il faudrait faire mais honnêtement, je pense qu’avec le ministère des affaires étrangères, je pense qu’il y a nettement plus urgent comme favoriser une politique audacieuse de la France en terme d’accès aux antirétroviraux dans le monde. Ça me parait nettement plus prioritaire que de reparler du sang contaminé il y a plusieurs années ».

Josiane : Euh là je suis un peu révoltée quand même quand j’entends ça parce que les hémophiles qui ont été contaminés dans l’histoire on les oublie quoi. Parce que l’association AIDES finalement elle aide surtout les personnes droguées, homosexuelles. Les hémophiles ont été oubliés dans l’histoire il me semble. Passer des facteurs 8 comme ça qui sont contaminés à des enfants qui en décèdent, non, je ne peux pas accepter qu’on oublie cette histoire. Ils ne se rendent pas compte de ce que peuvent vivre les parents qui ont perdu leur enfant. Moi je sais que, bon, j’ai mon fils à côté de moi, mais je me dis toujours qu’est-ce qui va arriver ? Est-ce que tu ne vas pas le perdre un jour ? J’en suis toujours là quand même. Et c’est vrai que je lui ai passé beaucoup de choses petit parce que je me disais bon, il va peut-être mourir à 14 ans, à 13 ans, on ne sait pas. Ca me révolte un peu de dire qu’il faut oublier cette histoire de sang contaminé. Il me semble que les politiques font du profit là-dessus. Je regrette, ça me met en colère.

Cédric : Je pense comme ma mère, elle a assez bien résumé ce qu’on pense tous les deux en fait.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE

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