Skip to main content.

Grossesse et VIH | Jennyfer | Loane | Pouvoir médical | Réseau national des correspondants du Comité des familles | Tina | Yousra

Discrimination d’une maman séropositive à la maternité de Dreux

21 juin 2012 (lemegalodon.net)

Recommander cet article | Votez pour cet article

Sandra : Yousra est une maman de deux enfants, habite à Dreux et a souhaité prendre la parole à nouveau à l’émission pour nous raconter comment s’est passé son accouchement. Pour la plupart des femmes, c’est un souvenir heureux. Pour Yousra, ce n’est pas le cas. Si elle en parle aujourd’hui, c’est pour que son histoire ne se répète pas dans l’hôpital où elle a accouché. Je vous propose de l’écouter et on en parle après.

Début du son.

Yousra : J’avais fait mon suivi à l’hôpital Louis Mourier par le professeur Mandelbrot sachant qu’ici, ça allait se passer très mal. Donc j’ai prévu tout à l’avance, mon suivi médical à Paris. Mais manque de pot, au dernier moment, à 7 mois, j’ai eu des contractions. Donc j’ai demandé à transférer mon dossier à mon hôpital qui était juste à côté de chez moi. Donc j’ai demandé le dossier médical, le protocole de soins pour que je n’ai pas de surprise au dernier moment. Chose qui n’a pas été faite parce que, quand je suis arrivée à l’hôpital, en fait à chaque fois j’avais plusieurs intervenants : gynécologue, sage femme, médecin. Je n’avais jamais la même personne et ils ne se transmettaient pas la même information. Bref, j’étais un peu traitée comme une pestiférée. J’avais changé de médecin, déjà ça, ça se passait très mal. Il n’y a pas eu de suivi au niveau de mon suivi médical. Après ça on a programmé ma date de césarienne accouchement par voie basse le 17 mai. Donc je suis rentrée à l’hôpital, j’avais perdu les eaux mais le col ne se dilatait pas. Donc du coup ils m’ont mis tout de suite la perfusion d’AZT. En 10 minutes, ils me l’ont faite passer d’un coup. J’ai fait une baisse de tension déjà. Ça m’a semblé un peu bizarre parce que normalement, ça doit être une heure. Ça a été fait en 10 minutes et j’ai fait un malaise. Ils m’ont césarisée tout de suite. Pendant la césarienne, ils ont oublié de faire les prélèvements sur le cordon pour mon fils, ça n’a pas été fait. Après, je leur ai demandé pourquoi ça n’a pas été fait, et ils m’ont dit qu’ils allaient rattraper ça et faire ça le troisième jour, qu’ils avaient leur protocole de l’hôpital même et qu’ils n’avaient pas à suivre le protocole de Paris. Déjà ça, ça m’a semblé bizarre parce que normalement, les protocoles sont les mêmes partout en France. Ce sont des recommandations par rapport au rapport Yéni. Donc j’étais un peu étonnée par rapport à ça. Et puis, pour le sirop de mon fils, ils m’ont donné 4 prises, j’ai demandé à négocier 2 prises, ils étaient choqués. Ils m’ont dit ce n’est pas possible, vous avez inventé ça, c’est 4 fois, c’est dans les protocoles. Donc je leur ai dit de vérifier au niveau du rapport Yéni, des protocoles de Paris, ils n’ont pas voulu. Donc le Comité des familles a appelé un pédiatre de Port Royal pour les contacter pour leur confirmer que c’était possible, qu’on pouvait donner en deux fois, qu’il n’y avait pas de soucis. Du coup ils ont fait ça pendant les 6 jours et j’ai pu faire en deux fois. Sinon, après qu’est-ce qui s’est passé d’autre ? Les trois premiers jours, ça s’est très bien passé en chambre avec mon fils, je suis tombée sur une équipe qui s’est très bien occupée de moi et de mon fils. Les médicaments à l’heure, toilette, bain, quand je les appelais, il n’y avait pas de soucis. Le lundi, changement d’équipe, changement radical. J’ai eu une équipe qui m’a traitée comme une pestiférée. Je les appelais j’attendais deux heures pour qu’elles viennent me voir. Pour la toilette de mon fils, le biberon, les médicaments, pareil. Je passais en dernier. Ça m’a semblé bizarre, j’ai demandé à une stagiaire, au bout de trois jours quand même, j’ai dit : « mais comment ça se fait que maintenant je passe en dernière à chaque fois que j’appelle ? » Elle m’a dit : « Bah il y a un protocole et apparemment l’équipe d’avant n’était pas au courant ». J’ai même entendu dans le couloir, il y avait une femme de ménage qui voulait venir faire le ménage dans la chambre. Elle ne changeait jamais les draps dans ma chambre et elle lavait juste les sols. Elle a dit à la femme de ménage : « non, non, ça tu laisses en dernier ». J’ai demandé à voir le chef de service que j’ai vu trois jours après, c’était le jour de ma sortie et il m’a confirmée qu’il n’y avait jamais eu de protocole. Le seul protocole qu’il y avait c’était par rapport à l’hygiène, le nettoyage, c’est tout. Mais il n’y avait pas de protocole pour que l’on passe en dernier, moi et mon fils. Bon, j’étais choquée, lui aussi. Ils m’ont demandé de faire un courrier. Donc j’ai fait un courrier à la direction et un courrier aussi au chef de service de la maternité pour qu’il y ait une enquête, pour qu’ils voient en fait qui été là ces jours-là et pourquoi, qu’est-ce qui s’est passé. Apparemment, il leur a passé un savon, il voulait que ça ne s’arrête pas là, que ça ne se reproduise pas parce qu’ils m’ont gâché franchement ma maternité. J’ai fait une dépression, je n’arrêtais pas de pleurer parce que je me sentais discriminée moi, et mon fils. J’étais césarisée, je n’arrivais pas à m’occuper de lui. Ça me faisait culpabiliser encore plus. Donc ça s’est très mal passé quoi. J’ai gardé un très mauvais souvenir de mon accouchement.

Sandra : Tu as dit au début que tu as directement voulu être suivie dans un hôpital à Paris, pourquoi ce choix ?

Yousra : Parce que j’ai déjà accouché la première fois dans cet hôpital-là, et ils n’avaient pas fait tous les protocoles, ils n’étaient pas assez informés. Je posais des questions, je n’avais pas de réponse. Bref, ça s’est mal passé. C’était pareil aussi, j’avais fait mon suivi à Saint-Antoine et du coup pareil, contractions, calculs rénaux, on a dû me césariser en urgence à 8 mois. Et j’en ai gardé aussi pareil un mauvais souvenir. Pas de réponses quand je posais des questions, quand je leur disais quelque chose, ils me disaient que je ne comprenais rien, que c’était leur protocole parce que c’était l’hôpital où j’étais, ce n’est pas à moi de décider et qu’ils n’avaient pas à demander l’avis à d’autres confrères. Ils ne voulaient pas en fait demander les confirmations aux médecins de Paris parce qu’ils se sentaient, je ne sais pas comment ils l”ont pris, comme si on les descendait ou qu’ils n’étaient pas assez compétents. Donc ils l’ont pris très mal. Ils ne voulaient pas contacter du tout Paris. Donc c’est pour ça que la deuxième fois j’ai pris les devants, je me suis dit je vais commencer dès le début. Je me suis dit je vais tout faire pour accoucher là-bas. Mais bon la deuxième fois, ça s’est passé pareil aussi.

Sandra : À un moment tu parlais de prélèvement sur le cordon ombilical du bébé. Est-ce que tu peux expliquer pourquoi il fallait faire ce prélèvement ?

Yousra : Je n’ai pas tout en détail mais normalement, ça donne à peu près une idée approximative de la charge virale du bébé, je pense pour savoir s’il y a du virus qui est passé ou pas. Je ne m’inquiétais pas d’un côté mais je me demandais pourquoi ces examens n’avaient pas été faits. Quand je leur demandais qu’est-ce qu’il y a comme examens à faire, ils ne me répondaient pas, ils disaient : « oh il y a juste une prise de sang pour la charge virale ou les T4 ». Des choses comme ça. Mais ils faisaient plusieurs prises de sang sur mon fils de 3 jours et je n’avais pas de réponse : « Ah bah c’est le médecin qui a prescrit, on ne sait pas ». J’étais complètement dans l’ignorance, quand je leur demandais c’était quoi cette histoire de protocole, je voulais le voir, ils me disaient que ce n’était pas possible. Donc moi j’aimerai bien savoir c’est quoi cette histoire de protocole et est-ce que c’est appliqué dans tous les hôpitaux et qu’est-ce qu’il y a exactement dedans. Est-ce que c’est juste pour les examens ? Je ne sais pas ce qu’il y a dedans. Le protocole j’ai tout essayé pour l’avoir. J’ai regardé dans le rapport Yéni, il n’y a rien. Les médecins ce n’est pas possible de leur demander vu que ça doit être confidentiel.

Sandra : Après tu as fait des démarches pour te faire entendre. Maintenant qu’est-ce qui se passe ?

Yousra : J’ai parlé déjà avec le chef de service, il m’a dit de faire un courrier donc j’ai attendu d’aller plus ou moins bien par rapport à ma dépression parce que je n’étais pas bien. J’ai perdu 13 kilos, j’ai fondu, j’étais vraiment pas bien. J’ai fait un courrier à la direction, au chef de service de la maternité. J’ai eu une réponse disant que mon dossier allait passer en commission et qu’ils me demandaient mon accord pour regarder dans mon dossier médical. Donc j’avais un coupon à retourner. Donc je l’ai retourné, et qu’il y aurait une enquête interne par le chef de service de la maternité. Donc pour voir je pense qui était là à cette date-là, et pour voir quelles infirmières étaient concernées. J’ai contacté le Comité des familles pour qu’ils appellent l’hôpital et l’association AIDES. J’ai essayé de contacter la HALDE mais bon apparemment c’est un service spécifique pour les problèmes des hôpitaux. Donc je n’ai pas encore réussi à joindre le bon service.

Sandra : Ton mari, comment il a vécu tout ça ?

Yousra : Lui il voulait porter plainte carrément contre l’hôpital. Mais bon je ne voulais pas trop afficher mon nom, que ça se sache par rapport à mes enfants pour pas qu’ils soient discriminés eux aussi. Les enfants quand ils grandissent, j’ai peur qu’ils soient discriminés alors qu’ils ne sont pas encore au courant de la maladie. Je n’ai pas envie qu’ils vivent eux ce que j’ai vécu moi. Je préfère les préserver et les protéger. Je préfère que ce soit régler dans l’hôpital pour que ça ne se reproduise plus.

J’ai eu un souci à la maternité mais j’en ai eu un autre aussi aux urgences générales où un médecin m’a demandé ce que j’avais comme traitement. Quand je lui ai dit que j’avais une trithérapie il m’a dit : « Ah vous avez le sida ». Il me l’a sorti comme ça. J’ai dit : « Bah vous êtes médecin, vous devez savoir la différence entre sida et séropositif », alors qu’il n’avait même pas pris la peine de regarder mon dossier. Donc c’est grave quand même d’être discriminé par du personnel médical qui est censé savoir, connaître ces pathologies quand même. On est en 2012, donc c’est quand même étonnant. 7 ans que je vis avec, j’ai été licenciée à cause de cette maladie, je me suis battue contre mon employeur pendant 3 ans. Maintenant, c’est dans un hôpital qui est à deux minutes de chez moi, j’ai même peur d’aller à l’hôpital tellement j’appréhende la réaction du personnel médical. C’est trop quoi. On est en 2012, je ne comprends pas pourquoi on est discriminé comme ça alors qu’il y a des traitements, on est comme les autres personnes. Donc je ne comprends pas pourquoi on nous discrimine comme ça.

Sandra : Malgré cette histoire douloureuse, est-ce que tu es arrivée, avec ton mari puis ton autre enfant a vivre une vie de famille heureuse ?

Yousra : Je n’ai pas encore réussi à remonter la pente. Je ne dors pas la nuit, je suis encore un peu déprimée, je ne mange pas. Je n’ai pas encore réussi à remonter la pente. J’y pense encore parce que je l’ai très mal vécu. Tout se mélange, la dépression, baby blues, je repense à plein de choses, la fatigue, donc tout est mélangé. Ce n’est pas évident.

Sandra : Quel est ton message pour ceux qui t’ont discriminée ?

Yousra : Qu’ils s’instruisent sur la maladie, parce que qu’on soit séropositif ou qu’on ait une hépatite ou un diabète, c’est une maladie comme une autre, ou un cancer. Avec un cancer on peut partir en 6 mois, avec le VIH on peut vivre des années avec. On n’est pas contagieux en se serrant la main ou en croisant les personnes, en leur parlant. Je pense qu’ils sont trop ignorants par rapport ça. Il y a encore du travail je pense au niveau des hôpitaux. Je pense qu’il faudrait qu’il y ait des associations qui aillent dans les hôpitaux ou dans les écoles d’infirmières, je ne sais pas. Qu’il y ait quelque chose qui soit fait pour que ça change. Parce que je pense qu’il y a des mamans qui ont dû vivre ça mais qui n’osent pas en parler parce qu’ils ont un peu peur des conséquences.

Sandra : Donc du coup tu les encourages à parler si jamais une histoire similaire leur est arrivée ?

Yousra : Oui voilà, ne serait-ce qu’au niveau de l’hôpital, ils ne sont pas obligés de faire des plaintes, de s’afficher ou de donner leur nom publiquement, voilà. Ne serait-ce que, faire un courrier à l’hôpital dire qu’elles ne sont pas contentes, qu’elles voudraient que ça change, que ce n’est pas normal. Si chaque maman faisait ça peut-être que ça changerait. Parce qu’il y a des commissions dans chaque hôpital pour les usagers, donc c’est fait pour ça. Donc si on ne les utilise pas, ça ne sert à rien. Il faut que les mamans, même si elles ont peur, je pense qu’un courrier, ça ne va pas les sortir de l’anonymat je pense en dehors de l’hôpital puisque ça restera dans le dossier médical, dans l’hôpital. Donc ça ne sortira pas de l’hôpital.

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter Yousra qui est l’antenne normalement avec nous. Bonjour Yousra bienvenue à l’émission.

Yousra : Bonjour.

Sandra : Tu participes à l’émission pour la deuxième fois, la première fois c’était pour parler du projet Grandes soeurs, tu disais que tu aurais souhaité avoir toi aussi une Grande soeur.

Yousra : Oui voilà parce qu’à l’époque, il y a 8 ans, j’étais un peu perdue, je venais d’apprendre ma maladie et j’allais à l’hôpital toute seule, j’avais plein de questions dans la tête, et je n’étais pas du tout au courant de ce projet Grandes soeurs et quand j’ai appris que ça se faisait j’étais très contente pour les prochaines mamans, et puis j’aurais pu y avoir droit. Donc j’ai trouvé que c’était super bien de le faire et puis encourager le projet Grandes soeurs. Et là, cette fois, c’était pour mes problèmes à l’hôpital.

Sandra : Alors je vais tout de suite demander à Jennyfer, et peut-être Loane, si elle peut avec son bébé dans ses bras en fait, oui, elle pourra parler, elle a le micro à côté, de réagir en fait à cette prise de parole de Yousra.

Loane : En fait Yousra, nous on s’est déjà parlé par téléphone il me semble vis-à-vis de ça. J’ai vécu, comme j’ai dit, je suis déjà passé par la discrimination de l’hôpital. C’est vrai que comme elle dit, moi j’ai vécu exactement les mêmes choses, avec un protocole qui n’existe pas, une césarienne en fin de journée que j’ai eu moi parce que je n’étais pas une priorité donc je l’ai eu en fin de journée et je suis sortie de la césarienne vers 17h00. À 18h00 on a mis la tétine dans la bouche de ma fille et puis on m’a dit, on ne la prend pas parce qu’on n’a pas le droit de la prendre vu qu’il y a un protocole dû aux maladies infectieuses. Donc la mienne n’a pas eu le droit d’aller en nurserie. Etant branchée avec une sonde urinaire et perfusion, je n’ai rien pu faire. Donc c’est vrai que c’était frustrant. J’avais 18 ans donc toutes les choses qui se passaient, c’était de ma faute. J’ai vécu ça comme ça.

Yousra : Ils nous font en fait plus culpabiliser par rapport à notre maladie.

Loane : Voilà c’est ça, c’est qu’on pense que tout ce qui se passe, c’est à cause de nous, vu que c’est nous qui sommes malades. C’est ça en fait.

Yousra : Oui on est malade et si notre bébé est malade c’est de notre faute.

Loane : Et donc c’est pour ça qu’en fait moi je suis partie du coup, tu parlais de ça, des infirmières, donc moi je suis partie faire un témoignage en école d’infirmières la semaine dernière. Et je compte aussi en faire un, j’en ai parlé avec mon infectiologue, à l’école d’infirmières de Saint-Brieuc. C’est vrai qu’étant de Saint-Brieuc, étant suivie à Saint-Brieuc, ayant vécu toutes les discriminations à Saint-Brieuc, je trouve ça normal que j’aille faire un témoignage à l’école d’infirmière de Saint-Brieuc. Donc c’est vrai que moi là je vais y aller. C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses à changer et que comme tu dis, tu ne peux pas porter plainte. Cette maladie sera toujours la même chose, c’est qu’on doit se voiler la face. Se cacher et... surtout en province.

Yousra : C’est encore pire que dans les grandes villes. On est encore moins informé et ils sont encore plus discriminants je trouve.

Sandra : Donc toi c’est à Dreux, Loane c’est à Saint-Brieuc et toi Jennyfer tu habites...

Jennyfer : Moi j’habite à Annecy. En revanche moi non, il n’y a pas eu de discrimination comme ça. Elle est née en 2012, je n’ai pas eu de discrimination comme ça et je trouve ça vraiment inadmissible en 2012, des hôpitaux français, en plus en maternité, on a les dossiers, que les dossiers se perdent, que le suivi ne se fasse pas...

Yousra : Ah oui ça ne suit pas, j’ai changé d’hôpital, j’ai demandé deux mois avant à voir le suivi médical, le protocole. Le jour de mon accouchement ils me disaient : « non, on a rien, on va prendre notre protocole. », alors que j’avais tout fait pour être organisée, pas être stressée. Ce n’est pas normal. Pas de suivi.

Jennyfer : Ah oui...

Yousra : Parce que quand on arrive dans un hôpital comme ça, à côté de chez nous, on a jamais la même personne. On va voir trois gynécologues, trois sages-femmes.

Jennyfer : Moi c’est vrai, j’allais tout le temps à l’hôpital de chez moi. Après c’est vrai que moi quand j’ai eu la perte des eaux assez rapidement, en premier avant d’avoir des contractions, du coup, c’est vrai que moi on a voulu pendant mon accouchement de 17h, on a voulu me faire trois fois une césarienne d’urgence parce que, je suis séropositive. Heureusement à chaque fois ils ont appelé ma gynécologue qui elle s’informe et elle a dit : « non, on ne fait pas de césarienne, non on ne met pas d’AZT ». Donc heureusement que moi ma gynécologue je lui avais bien fait comprendre mes conditions et qu’elle m’a suivie. Continuez pour que dans l’hôpital où vous avez accouché, qu’ils reconnaissent leurs torts et qu’ils changent leur façon de penser et vraiment c’est courageux de votre part de témoigner de votre discrimination envers vous et votre bébé.

Yousra : Je pensais que ce n’était plus possible de laisser passer ça parce qu’au bout de 8 ans, je dis c’est trop. Il y a des mamans qui ont dû vivre ça encore plus d’années que moi, peut-être 20 ans, 30 ans. Je me dis franchement, elles ont eu du courage et surtout, qu’elles restent dans l’anonymat, qu’elles ne parlent pas, je ne sais pas, moi je n’arrive plus à tolérer. Je suis arrivée à un degré de tolérance où ce n’est plus possible. C’est assez difficile de vivre avec la maladie, les traitements, la discrimination autour des gens qui ne connaissent pas la maladie, dans le milieu du travail. Dans le milieux hospitalier là, c’est le pire, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est là où on doit être normalement le plus rassuré, le plus informé.

Jennyfer : Ah oui tout à fait, vous avez raison.

Sandra : Comment expliquer ces disparités ? À Paris apparemment tout semble bien se passer plus ou moins et en province, dès qu’on s’éloigne...

Yousra : Il y a un manque d’information je pense.

Loane : Moi en fait, le suivi est super bien. Ce n’est pas le suivi moi. Moi j’ai une infectiologue qui est au même étage que la maternité. En bas c’est la pédiatrie et les consultations gynécologiques. Donc nous on un gynécologue dans l’hôpital qui suit les femmes comme moi.

Yousra : Nous on n’en a pas. Vous avez de la chance.

Loane : Un pédiatre aussi. Un pédiatre chef, qui s’occupe que des enfants comme les nôtres en fait. Et du coup c’est vrai que tout est suivi au même endroit avec les mêmes personnes. Donc ils nous suivent vraiment bien et tout est au même endroit. Donc on peut tout faire en même temps. Et on voit toujours les mêmes personnes. Nous c’est le personnel, ce n’est pas le personnel hospitaliers même, c’est vraiment le personnel, ce n’est pas les médecins chez nous...

Yousra : Vous avez déjà du personnel spécialisé dans cette pathologie.

Loane : Oui.

Yousra : Nous non. Il n’y en a pas.

Loane : Ils se sont spécialisés parce qu’il y en a comme moi qui font en sorte qu’ils se spécialisent parce que moi je suis une des seules à avoir eu trois enfants dans le même hôpital donc ils sont bien obligés.

Yousra : C’est bien parce que nous on en a quand même quelques dizaines et ils n’ont pas...

Loane : Nous en fait, avant pour mes deux premières, c’était l’ancien, un ancien chef de maternité. Mais c’est vrai que j’ai eu beaucoup de mal avec lui parce qu’il était assez directif. Je pense qu’il faut aussi nous prendre avec des pincettes parce que c’est difficile.

Yousra : Oui et parfois garder les anciens traitements, c’est plus rassurant.

Loane : Oui c’était un ancien de chez un ancien. Du coup pour celle-ci, ils ont changé, ça fait deux ans que c’est quelqu’un d’autre qui s’en occupe, c’est une jeune femme super bien. Mais je pense que c’est mieux d’avoir une femme en plus, personnellement.

Sandra : Yousra tu dis que tu as fait appel au Comité des familles.

Yousra : J’ai contacté le Comité des familles parce que là où j’habite, on n’a aucune association. On a aucun recours pour pouvoir se défendre contre ce genre de discrimination. Je ne savais pas du tout à qui en parler à part le Comité des familles. Et comme je connaissais déjà Tina, c’était la seule personne je pense qui pouvait m’aider dans cette situation. Donc je l’ai appelée au moment où j’ai fait la dépression après la discrimination. Et c’est elle qui m’a aidée un petit peu en me disant qu’il fallait un courrier, qu’il fallait parler au chef de service, faire des démarches et je lui ai demandé aussi si c’était possible de parler à la personne qui s’occupait du service juridique pour justement appuyer le dossier et leur dire que ce n’était pas possible de faire ça dans des hôpitaux de banlieues, qu’à Paris ça se passait très bien, pour pas que ça se reproduise. Tina a appelé la personne du service juridique à ma demande. J’avais demandé aussi de pouvoir assister à la commission, parce qu’il y a une commission qui va passer. Donc grâce à Tina j’ai eu l’accord de pouvoir participer à cette commission donc j’attends juste d’avoir la date. Et puis je pense que le fait que Tina ait parlé avec l’hôpital, ça va leur montrer qu’on n’est pas tout seul, qu’il y a des associations, qu’il y a des gens derrière nous qui sont là pour nous aider, qu’il y a des associations spécialisées pour les familles qui vivent avec le VIH et qu’on n’est pas tout seul et qu’il faut qu’ils arrêtent parce que sinon, il y a des d’autres personnes derrières qui seront là pour nous aider et peut-être qu’en leur montrant qu’on n’est pas tout seul, ils vont peut-être faire du changement dans les hôpitaux. Je pense que ça a aidé qu’il y ait Tina qui ait parlé avec l’hôpital, ça va peut-être faire changer les choses. Mais je pense qu’il faut sentir qu’il y a un petit peu de pression. J’en avais parlé aussi à AIDES, je leur ai même pas parlé de la HALDE mais j’ai encore rien fait. Mais je pense quand ils verront qu’il y a un peu de pression, qu’il y a des gens qui mettent le nez dedans, je pense que ça va faire des changements.

Sandra : L’émission Survivre au sida et bien sûr le Comité des familles te soutiennent. On est là pour dénoncer les discriminations, on va continuer, on est derrière toi. Je te remercie Yousra d’avoir appelé à l’émission pour parler et puis surtout j’ai compris que tu fais ça pas seulement pour toi mais surtout en fait pour que ça change pour les autres femmes. Merci à toi, on t’embrasse et à très bientôt.

Yousra : J’espère que d’autres mamans sortiront du silence et que ça aura servi à quelque chose cette émission et qu’il y aura des choses qui vont avancer et que ça ira mieux j’espère pour les prochaines mamans qui vont accoucher, qu’elles n’auront pas le droit à ce qu’on a vécu.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI