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En Algérie les séropositifs ne bénéficient pas tous d’une bonne prise en charge à l’hôpital

21 juin 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Quelle prise en charge pour les malades à l’hôpital en Algérie ? Pour répondre à cette question, notre ami Ben, correspondant de l’émission et du Comité des familles à Valenciennes, a interrogé un de ses amis. Ce n’est pas la première fois qu’on parle de la situation des séropositifs en Algérie. La dernière fois, c’était avec Aïcha, qui avait parlé notamment de la rupture des antirétroviraux. Là, avec Ben, nous allons parler de ceux qui sont à l’hôpital, séropositifs ou pas.

Début du son.

Ben : C’est Ben de Valenciennes alors écoute je suis avec un vieux copain d’origine algérienne qui va nous dire ce qu’il pense de la prise en charge et de la lutte contre le sida pour lui en Algérie. Donc, si tu peux te présenter et me donner ton opinion de ce que tu penses de la lutte et du soutien des personnes malades ou de la prévention en Algérie. À toi la parole.

— Je trouverai plus normal que tous les séropositifs ou bien tous ceux qui sont atteints de cette maladie, qu’ils puissent bénéficier, que ce soit en médicament, en soutien, en ce que tu veux tu vois. Que ce soit ici en France, ou là, au bled. Ça m’étonnerait qu’au bled... franchement il faudrait qu’il y ait quand même pas mal de flotte qui coule dans les ponts pour qu’enfin ils acceptent tu vois...

Ben : Qu’est-ce que tu penses des hôpitaux algériens ? Est-ce qu’ils prennent bien en charge les malades du sida pour toi en Algérie ?

— Bah ça n’existe pas (rires). C’est très simple. Déjà pour se prendre en charge, déjà les hôpitaux normaux pour se soigner, parce que moi j’ai déjà vu des hôpitaux. Je vais te dire sincèrement, des mouroirs. Tu vois une pièce, vraiment toute sombre et tu vois un gars comme ça dans le noir, miskin. Il est recroquevillé sur lui tu vois. Comme un foetus. Et ça, pas spécialement qu’il soit atteint du sida. Je veux dire dans le suivi, même au niveau santé, ce n’est pas ça. La médecine...

Ben : C’est une médecine à deux vitesses, il faudrait de l’argent.

— Même à dix vitesses, tu pédales dans le vide tu vois (rires). T’as déjà vu quand tu pédales dans le vide ? Tu tombes. C’est la même chose.

Ben : En Algérie, c’est ça la lutte contre le sida ?

— Pas qu’en Algérie attention. Je veux dire maintenant tu as des hôpitaux qui sont biens. De toute façon, au Maroc, ce n’est pas mieux (rires).

Ben : Voilà. Confession d’un ami algérien.

— Je vais te dire sincèrement, ceux qui sont... bon on va dire ce n’est pas une chance, mais je veux dire déjà être ici en France, en Europe, c’est déjà une chance. Franchement, si tu as ce truc-là et que tu es au pays, je ne sais pas franchement... t’es mal barré.

Ben : Bien, sur ces mots, je vais repasser l’antenne à Sandra et nos amis de Paris...

— J’étais confronté à... j’ai accompagné un gars comme ça tu vois. Il était originaire d’ici.

Ben : De Valenciennes.

— Voilà de Valenciennes. Et je l’ai croisé là-bas et justement, il y avait ce problème-là. Puis franchement, ça a été très dur. Il n’a pas fait long feu. On va dire un an et demi. Il est décédé miskin...

Ben : Allah y rahmou comme on dit chez nous

— Allah y rahmou bien sûr.

Ben : Et oui, voilà. On meurt encore du sida

— Pour lui tu vois, juste comme ça pour l’évoquer, pour une pensée pour lui tu vois. Franchement ils sont oubliés.

Ben : Voilà, comme dit notre ami qui veut rester anonyme, cette personne est décédée mais une pensée pour lui et le système est encore loin d’évoluer. Sur ces mots, je vous remercie de diffuser ce témoignage et je vous le dit, l’été sera chaud, sortez couvert des deux côtés de la méditerranée ! (rires). C’était Ben de Valenciennes !

Fin du son.

Sandra : Ben de Valenciennes, toujours en forme, reporter pour l’émission Survivre au sida. Une question pour l’équipe radio. En France, est-ce que vous avez déjà vu ou entendu parler de malades qui seraient recroquevillés sur eux-même, mal soignés ou alors, est-ce que vous pensez que cette situation est spécifique à l’Algérie ?

Tina : Moi ça me rappelle plutôt des récits d’il y a 15 ans, je ne sais pas exactement. Enfin j’ai entendu des récits par des membres de l’association, le Comité des familles, qui sont séropositifs depuis plus de 20 ans et qui effectivement, expliquaient que ça se passait comme ça en France, quand il n’y avait pas de traitement, que les gens mourraient dans les couloirs, qu’il n’y avait même plus de soignants qui s’occupaient d’eux parce qu’il n’y avait rien à faire, qu’on les laissait mourir. Il n’y avait plus de chambres de libres, on les mettait dans des brancards et on les laissait là jusqu’à qu’ils mourraient. Mais de nos jours, en France, non. Je n’ai pas entendu parler de cette situation donc ça doit quand même être spécifique aux pays plus pauvres.

Sandra : Quelqu’un veut rajouter un mot ou aurait un mot pour Ben qui en ce moment est au Maroc pour son projet Maroc, qui a pour but de soutenir les personnes séropositives, de faire un partage d’expériences. Et là-bas, il est en train de faire aussi des reportages. Donc on entendra ses reportages très prochainement à l’émission Survivre au sida. Donc un mot pour Ben peut-être.

Loane : Moi je veux bien juste lui dire, par rapport à ce que j’ai entendu, bon courage, déjà parce que vu ce qu’on vient d’entendre, il a beaucoup de choses à faire et donc déjà je pense qu’il a beaucoup de courage d’y aller. Bon courage et bonne chance à lui.

Jennyfer : Bah écoute Ben, on pense fort à toi, et c’est quelque chose de très bien que tu entreprends. Continue et tu es quelqu’un de très fort et franchement, c’est vrai qu’il y en a besoin je pense parce que nous en France, on a la chance d’être en France dans les pays développés et dans les autres pays il n’y a pas ça. Bravo Ben, continue, on te soutient.

MC Coco : Oui, à Ben je dirai beaucoup de soutien et de courage parce que un Ben comme ça en Algérie, j’en voudrais comme ça aussi au Cameroun. Parce que dans les pays pauvres, aussi comme chez nous au Cameroun, on a besoin de beaucoup de soutien, des malades qui n’ont pas de moyens pour s’offrir la trithérapie ou pour des familles, des bonnes familles pour les encourager moralement. On aimerait bien avoir des personnes comme toi un peu partout en Afrique. Continue ton action parce qu’un Ben comme toi en Algérie, j’en fabriquerais un aussi au Cameroun pour soutenir tous les malades, ceux qui sont déjà malades et pour alerter les autres, un peu de médiatisation, un peu d’information, c’est de ça que la population pauvre a surtout besoin. Beaucoup plus de soutien et d’encouragement.

Tina : Bien sûr, je me joins aux autres pour dire que c’est vraiment très courageux. Ben, il y va lui-même, pas avec des gros moyens. Son soutien n’est bien sûr pas financier ou vraiment dans le domaine du médical. Je pense qu’effectivement, aller là-bas pour essayer de faire bouger les mentalités, pour échanger avec d’autres personnes concernées, pour que, sur le modèle de ce qu’on fait un peu en France, on se motive à bouger et faire changer la prise en charge sur place. C’est vraiment les personnes qui vivent avec le VIH qui sont séropositifs, qui doivent bouger pour dire qu’il faut que ça change. J’espère là-bas, il trouvera des gens qui adhérent à ce projet.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI