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Charlotte, enceinte, séropositive et menacée d’expulsion

22 juin 2011 (Laissez-passer)

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A peine publiée au journal officiel vendredi, la loi sur l’immigration fait déjà ses premières victimes. Elle s’appelle Charlotte [1], a 27 ans. Enceinte et séropositive, elle est menacée d’expulsion vers son pays d’origine, l’Ukraine, sous prétexte que son traitement y serait disponible. La loi Besson réduit considérablement le droit au séjour des étrangers malades. Désormais, le titre de séjour ne peut être accordé qu’en cas d’absence du traitement approprié dans le pays d’origine, et non plus en cas d’impossibilité d’accès effectif au traitement.

Charlotte est arrivée en France en 2004 afin de poursuivre sa formation de danseuse classique, elle est rejointe par son mari, Géorgien. Tous deux découvrent alors qu’ils sont séropositifs. « Lorsqu’on m’a annoncé que j’étais atteinte du Sida, j’ai cru que j’allais mourir le lendemain, raconte Charlotte. Mais le médecin m’a dit qu’il existait des traitements, que j’allais pouvoir vivre normalement. » Résidant près de Tours, le couple a pu faire renouveler leurs titres de séjour pendant six ans, dans le cadre de la loi Chevènement de 1998 permettant le droit au séjour pour les étrangers atteints de pathologies graves. Mais en juillet 2010, le médecin inspecteur de santé public d’Orléans, chargé par la préfecture d’évaluer l’état de santé des étrangers, déclare que Charlotte peut être soignée dans son pays. En décembre, elle reçoit une obligation de quitter le territoire français. Deux mois plus tard, la jeune femme tombe enceinte. « Ce n’est pas pour avoir des papiers, tient-elle à préciser. Nous essayions de faire un bébé depuis six ans par fécondation in vitro. »

Aujourd’hui enceinte de cinq mois grâce à la procréation médicale assistée, Charlotte est sous traitement pour éviter que son petit garçon ne soit contaminé par le virus. « En France, le risque de contamination de la mère à l’enfant est quasi nul, précise Reda Sadki, du Comité des familles, une association qui soutient les familles touchées par le VIH. C’est un formidable progrès de la médecine qu’on jette à la poubelle avec la loi Besson. On sait très bien que ces gens menacés d’expulsion ne vont pas partir. Ils vont se cacher et ne pas se soigner. » D’après l’association, qui a écrit à Carla Bruni-Sarkozy pour l’alerter sur la situation, en Ukraine, seuls 10 % des malades du Sida accèdent à un traitement antirétroviral.

Comble du cynisme, le mari de Charlotte pourrait lui être expulsé vers la Géorgie, il est actuellement assigné à résidence. Avec un calme édifiant, Charlotte dit : « Si je suis renvoyée vers l’Ukraine, je pourrais vivre maximum deux ans et mon bébé risque d’être contaminé. Je ne veux pas mourir comme ça. On est au XXIe siècle, ça ne peut pas exister qu’on vous dise : « T’es pas française, tu peux aller mourir dans ton pays ».

Par Marie Barbier le mercredi 22 juin 2011

Notes

[1] le prénom a été modifié