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Bruno Spire | Génération sacrifiée, 20 ans après | Reda Sadki | Sang contaminé

Sang contaminé : Bruno Spire ne se « rappelle pas » des positions de l’association qu’il préside

6 juin 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Avant d’entrer en matière dans le débat je souhaite d’abord interpeller Bruno Spire concernant l’affaire du sang contaminé. Quelle est la position de AIDES concernant le fait que Laurent Fabius est à nouveau ministre, lui qui était premier ministre quand l’autorisation des tests de dépistage du sida mis au point par la firme américaine Abbot avait été « retenue quelque temps ». Si on n’a pas entendu l’association AIDES sur ce sujet, serait-ce pour ménager vos relations avec le nouveau gouvernement et le parti socialiste, pendant que vous négociez en coulisses les intérêts de votre association ? Comment une structure qui prétend être une « association de patients », peut-elle passer sous silence l’affaire du sang contaminé quand l’un de ses principaux acteurs redevient ministre comme si de rien n’était ?

Bruno Spire : Là, je ne m’attendais pas franchement à cette question qui date de l’affaire du sang contaminé. C’est 1980...

Ali : 1985.

Bruno Spire : 1985.

Reda : Il est ministre aujourd’hui.

Bruno Spire : Oui. En 1985, Aides, moi je n’y étais pas. L’association était à peine créée. Elle a été créée en décembre 1984. Honnêtement, je ne me rappelle pas des positions de Aides à l’époque, moi je n’étais pas membre. Sur des questions qui ont tant d’années, je ne suis pas sûr que c’était une de nos priorités de nous exprimer là-dessus. Moi je ne suis pas sûr que les responsabilités elles sont uniquement de la part d’une personne. Ce n’est pas forcément Laurent Fabius. Il y a eu un procès qui a établi un certain nombre de responsabilités, qui a eu lieu quelques années après. C’est certain que les politiques, ce qu’on peut leur reprocher à cette époque, mais comme on pourrait le reprocher à toutes les époques, ce n’est pas forcément de prendre avec suffisamment de responsabilité le problème du sida, mais pour le sang contaminé comme pour le reste, je pense qu’aujourd’hui, s’il y a encore énormément de gens qui meurent du sida dans le monde, c’est aussi la responsabilité des politiques qui ne mettent pas en place la transaction, la taxe sur les transactions financières par exemple qui ne tiennent pas leur promesse d’accès universel en versant suffisamment d’argent au Fonds Mondial, et que tout ça mériterait aussi des procès et pas simplement sur le sang contaminé. Donc je pense qu’il faut voir les choses nettement de façon plus globale que uniquement sur une affaire qui date de tant d’années, même si, effectivement, les gens qui sont infectés à cette époque-là, c’est totalement dramatique. Mais comme c’est dramatique toute infection par le VIH notamment, comme aujourd’hui, quand il y a des moyens d’éviter le décès des personnes avec antirétroviraux.

Sandra : Donc il y a prescription c’est ça ?

Bruno Spire : Ce n’est pas qu’il y a prescription. C’est que, honnêtement, avec le gouvernement qui arrive, on a suffisamment de sujet de plaidoyer qui sont pour nous extrêmement prioritaires. Ce n’est pas qu’on ne voudrait pas y penser si on nous pose la question. On veut bien si un certain nombre d’associations qui veulent réfléchir au niveau de ce dossier-là pour voir si c’est une priorité, travailler là-dessus en inter-associatif. Si effectivement il y a une demande, on veut bien considérer ce qu’il faudrait faire mais honnêtement, je pense qu’avec le ministère des affaires étrangères, je pense qu’il y a nettement plus urgent comme favoriser une politique audacieuse de la France en terme d’accès aux antirétroviraux dans le monde. Ça me parait nettement plus prioritaire que de reparler du sang contaminé il y a plusieurs années.

Reda : Moi, j’appelle ça noyer le poisson. Je trouve cette réponse indigne de l’histoire de l’association Aides et une insulte à la mémoire des victimes de l’affaire du sang contaminé. Cette réponse me déçoit et me chagrine profondément. J’espère que ce qu’obtiendra Bruno Spire en échange de son silence et de la complicité de l’association pour couvrir cette affaire, et la responsabilité de Laurent Fabius et bien d’autres, en vaudra la chandelle en tout cas pour lui et ses amis dirigeants de l’association.

Bruno Spire : Je ne crois pas que c’est une histoire de faire de Laurent Fabius, qu’on veut protéger Laurent Fabius ou quoique ce soit. Je pense que ce n’est pas ça le problème aujourd’hui, ce n’est pas le problème numéro 1 des dossiers de plaidoyer qu’on doit mener.

Reda : Oui mais le passer sous silence complètement est innaceptable et inexcusable. Qu’il y ait des priorités mais qu’on oublie la mémoire des disparus et des victimes de l’affaire du sang contaminé, au nom de la real politique, au nom des intérêts d’aujourd’hui, comment peut-on imaginer qu’on pourra contester les affaires du sang contaminé de demain si sur la première, celle du milieu des années 80, on la passe sous silence et on accepte d’oublier. L’oubli n’est jamais la bonne solution face aux catastrophes et aux morts évitables, aux contaminations qui étaient évitables, même à l’époque.

Bruno Spire : Mais je n’ai pas parlé d’oubli. Je n’ai pas parlé d’oubli.

Reda : En tout cas on n’a pas entendu l’association Aides sur ce sujet.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI