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Truvada, un traitement préventif recommandé pour les couples sérodifférents aux Etats-Unis mais pas en France

16 mai 2012 (papamamanbebe.net)

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Sandra : Un comité de 22 experts indépendants américains s’est prononcé favorablement jeudi dernier, le 10 mai 2012, à la commercialisation du Truvada, premier traitement préventif contre le VIH. Un médicament déjà prescrit pour les personnes séropositives. Là, il est recommandé pour être utilisé de manière préventive aux Etats-Unis, c’est-à-dire qu’il pourrait être donné aux personnes séronégative pour se protéger d’une contamination VIH. Il s’agit pour l’instant d’un avis consultatif. La FDA (Food and Drug Administration, Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux ) donnera son avis le 15 juin 2012 car c’est elle qui a le mandat pour autoriser ou non la commercialisation des médicaments sur le territoire des États-Unis.

Le vote portait sur trois questions. À 19 voix contre 3, le comité a préconisé l’utilisation du Truvada, médicament du laboratoire américain Gilead en prévention d’une infection pour les hommes homosexuels séronégatifs. L’utilisation pour les couples hétérosexuels dont l’un des membres est contaminé par le VIH a également été recommandée à une très large majorité (19 voix pour, 2 voix contre et une abstention). Pour les personnes à risques, qui n’utilisent pas ou peu régulièrement de préservatifs, le résultat est de 12 voix contre 8 qui se sont opposées, et 2 se sont abstenues.

Des essais cliniques ont attesté d’une efficacité préventive. L’essai IPREX mené dans six pays entre juillet 2007 et décembre 2009 auprès de 2499 hommes homosexuels, montrait que le médicament réduisait les risques de contamination de 44 %, en sachant que de nombreux sujets ne suivaient pas les recommandations à la lettre. Pour ceux qui ont pris le Truvada tous les jours, comme prévu, les risques d’infection sont tombés de 90 %, mais cela ne concernait que 10 % des participants. Dans une autre étude, l’étude PARTNER, le médicament réduisait la probabilité d’être contaminé par le VIH de 73 % dans un couple hétérosexuel dont l’un des membres était séropositif.

Aux États-Unis où le générique n’est pas disponible, le coût annuel du traitement par le Truvada varie entre 12.000 et 14.000$ (entre 9 300 et 11 800 euros). En France, le traitement coûte 536.36€ par mois pour 30 comprimés avec une base de remboursement de 100%.

Je vous propose d’écouter Willy Rozenbaum, qui était responsable de l’avis pré-exposition au CNS donc au Conseil National du Sida.

Début du son.

Willy Rozenbaum : Je souhaite dire que le CNS n’est pas habilité à faire ce que fait la FDA, c’est-à-dire à donner l’autorisation de mise sur le marché ou non. Le CNS a surtout réfléchi au fait que s’il y a un jour une autorisation de mise sur le marché de médicaments, que l’on pourrait utiliser en pré-exposition, que ce soit le Truvada ou d’autres, quelles seraient ou quelles devraient être les conditions nécessaires à cette mise à disposition de ce type de stratégie. Aujourd’hui, on parle de Truvada parce que le laboratoire qui commercialise ce produit a fait une demande aux autorités d’élargissement d’indication et que les autorités ont regardé le dossier et se sont prononcées, ou les experts se sont prononcés, sur le fait de savoir si les essais ont montré un bénéfice ou non. Pour nous, c’est un élément important qui montre que ce type de démarche de traitement pré-exposition peut avoir un intérêt. Mais à notre sens, on est loin d’avoir déterminé quel était son potentiel ou son utilisation la plus favorable ou la plus optimum. Sur le principe, on est d’une manière générale favorable à ce qu’il y ait le plus d’outils possibles mis à la disposition des personnes pour la prévention, parce que l’analyse faite par le CNS date de longue date et que les méthodes de prévention actuelles ne sont pas suffisantes pour diminuer, et éventuellement enrayer l’épidémie. Donc à partir de ce constat, on est obligé d’imaginer de nouvelles méthodes de prévention et toute méthode additionnelle doit pouvoir être envisagée et utilisée.

En fait, on a surtout travaillé autour de comment, à quelles populations et dans quelles circonstances ce type de prévention pré-exposition peut apporter des bénéfices. On pense qu’elle devrait pouvoir en apporter dans un environnement où le discours sur la prévention change, c’est-à-dire qu’on n’est plus dans un discours où la seule chose qui est promue c’est les modifications de comportement, et même d’ailleurs au-delà du message majoritaire qui passe c’est le préservatif. On considère qu’il y a aujourd’hui à la fois des outils médicaux, à la fois des outils sociologiques. La lutte contre la discrimination est un élément qui favorise l’attitude de prévention parce que les gens se dépistent, parce que les gens se confrontent à la réalité, ils ne sont pas dans une attitude de déni. Donc il y a à la fois continuer à travailler sur l’incitation des modifications de comportement, et, éventuellement, à l’usage du préservatif. Mais il y a aussi à offrir des alternatives aux personnes avec le dépistage qui est un moyen de prévention. Le traitement des personnes infectées, le traitement de la mère pour arrêter la transmission de la mère à l’enfant, le traitement post-exposition et puis maintenant sans doute des stratégies de traitement pré-exposition où le Truvada a sa place sans doute. Mais vous voyez, avec une seule alternative possible aujourd’hui qui est le traitement continu qui parait extrêmement lourde. Donc il y a encore du travail à faire, des explorations à faire sur ce sujet. Vous savez qu’en France, il y a un essai de traitement intermittent. Et puis au-delà de cette essai de traitement intermittent il y a d’autres stratégies de prévention pré-exposition, comme par exemple les traitements topiques, les microbicides avec des produits divers et variés.

Je dirai que cette histoire du Truvada c’est d’abord et avant tout une première étape. Les autorités américaines ont pris la responsabilité de probablement, on le saura le 15 juin, mais très probablement élargir les indications de ce traitement. Même si ce n’est pas à nous de décider pour les autorités européennes ou françaises, ça nous paraît encore un peu prématuré d’autant qu’il nous semble au moins aussi important de permettre de le faire dans de bonnes conditions. Il est peu probable, si vous voulez, qu’un médecin généraliste se mette à prescrire ce type de traitement dans les conditions optimums. On insiste beaucoup sur le fait que c’est une prévention additionnelle. Ça nécessite une écoute appropriée et une évaluation je dirai assez approfondie des comportements, des difficultés que les gens ont dans leur attitude préventive et de conseils, quand même, plus avisés que juste une prescription. On se fait l’avocat en tout cas de la création de centres de santé sexuelle comme ça existe dans plusieurs pays maintenant. Et comme la question est sur la table depuis plusieurs années maintenant sans aboutir pour autant.

Sandra : Est-ce que c’est une bonne nouvelle pour la PrEP ?

Willy Rozenbaum : C’est d’abord, avant tout, une bonne nouvelle pour le laboratoire qui a fait son boulot. La question, c’est de savoir est-ce que la PrEP aujourd’hui peut bénéficier à des personnes ? Dans les couples sérodifférents, c’est d’abord le traitement des personnes contaminées qui est l’outil sans doute le plus efficace et de très loin. Ces personnes-là ne sont, à mon avis, pas trop concernées. Pour les personnes qui n’arrivent pas modifier leur comportement, qui ont une consommation sexuelle sans prévention, il y a une place à la PrEP. Mais à notre avis, cette place n’est pas encore bien affermie parce qu’encore une fois prendre un traitement permanent avec des contrôles biologiques, c’est même moins facile qu’une pilule. Est-ce qu’on a les structures aujourd’hui pour donner en France, pour dispenser en France ce type de prévention ? Notre réponse est non. Ce qui est démontré dans les essais américains, c’est l’intérêt additionnel du Truvada par rapport a un ensemble de services et de prévention. Or les structures qui permettent de fournir cet ensemble de prévention à notre avis ne sont pas aujourd’hui existantes en France. Nous on préconise, c’est vraiment le jour où on aura le bon mode d’emploi pour utiliser ce type de techniques, qu’il y ait des centres de santé sexuelle qui soient créés et opérationnels.

Sandra : La prévention combinée, certains n’y croient pas trop.

Willy Rozenbaum : Ceux qui n’y croient pas n’ont jamais vu de personnes concernées, ce n’est pas possible. La vie réelle ce n’est qu’en fonction des situations, en fonction du moment, en fonction de la personnalité de chacun les gens utilisent tel ou tel moyen de prévention qui peuvent être différents à un moment donné de leur vie ou à un autre moment. La prévention combinée les gens l’utilisent aujourd’hui. C’est même la majorité des gens. C’est ce qu’ils font depuis longtemps d’ailleurs. Ils utilisent le préservatif, ils se font dépister de temps en temps quand ils prennent une relation stable pour certains couples sérodifférent, il y a des personnes qui demandent un traitement aujourd’hui pour éviter de transmettre, les gens utilisent ça de manière pragmatique. La question c’est de savoir si on peut le promouvoir pour que les gens l’utilisent de manière plus rationnelle et plus organisée qu’ils le font aujourd’hui.

Sandra : Donc c’est tout à fait possible qu’une personne séronégative puisse se dire je prends un traitement, donc admettons le Truvada plus le préservatif ?

Willy Rozenbaum : Pourquoi pas. Enfin aujourd’hui à ce jour en France, moi je ne le conseillerai à personne. Mais bien entendu sur le principe, on est favorable parce que si on a un moyen de prévention supplémentaire, il faut pouvoir l’utiliser. Mais il faut que ce soit un moyen de prévention supplémentaire.

Sandra : Pas un qui remplace l’autre en fait.

Willy Rozenbaum : La réalité c’est que, dans certaines circonstances, les gens n’auront pas de problème pour utiliser un préservatif et puis dans d’autres, ils pourront en avoir. Ils n’y arriveront pas et à ce moment-là faudra peut-être qu’ils prennent ce traitement. Les gens se lassent du préservatif. Cette réalité je ne suis sûr qu’elle soit plus importante aujourd’hui qu’hier. C’est normal que de prendre un traitement en continu pour des années, la probabilité c’est qu’il y ait beaucoup de gens qui risquent de se lasser aussi. Donc il faut donner des alternatives aux personnes. Il faut qu’ils puissent avoir le choix de ce qu’ils font. S’ils sont très anxieux, ils peuvent prendre plusieurs méthodes. S’ils sont moins anxieux, ils en prendront une et vaut mieux en prendre une qu’aucune. Cette approche donc qu’on appelle la prévention combinée, ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout utiliser, ça veut dire qu’il faut utiliser en fonction des situations, en fonction du moment, en fonction du type de partenaire, du type de relation qu’on a, le moyen qui est plus approprié et qui est adapté à la personne au moment. Ne croyez pas qu’un traitement va être simple. Il faudra se faire dépister avant, il faudra se faire prescrire, aller en pharmacie. Le problème du remboursement ne se pose pas parce que c’est un médicament beaucoup trop cher. Il faudrait que les prix baissent. Donc aux Etats-Unis le problème ne se pose pas du tout de cette manière-là, c’est le système libéral. Ils ont donné l’autorisation et c’est éventuellement les gens qui auront de quoi dépenser 500 euros ou 600 euros par mois qui pourront le faire. Ça n’a pas de sens aujourd’hui en France. Je doute que des gens, beaucoup de gens s’engagent dans un traitement avec ce produit-là de manière prolongée, à leurs propres frais pendant des années. Ça m’étonnerait beaucoup. C’est quand même presque plus simple de mettre un préservatif du coup. Faut tester des méthodes locales. Et moi je crois beaucoup à ça. Il faut tester des méthodes en alternance et ça, c’est par exemple l’étude Ipergay. Et puis il y a beaucoup d’autres produits qui sont aujourd’hui à l’essai et qui seront, on l’espère, au moins si efficaces sinon plus efficaces.

Le dépistage est un moyen extrêmement efficace en terme de prévention. Quand on est un couple, la première prévention c’est de se faire dépister tous les deux.

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter Willy Rozenbaum, ancien président du Conseil National du Sida. Maintenant c’est Patrick Yéni qui le remplace. Willy Rozenbaum est aussi infectiologue à l’hôpital Saint-Louis. Avant d’écouter Reda Sadki sur ce sujet est-ce qu’il y a déjà quelques réactions ?

Bruno : Je vis en couple sérodifférent depuis quelques années. C’est vrai que je ne vois pas l’urgence ni l’intérêt de la PrEP. Pour moi il y a d’autres urgences. Pour moi qui vit en couple sérodifférent je ne vois pas l’intérêt. En plus on a fait le choix avec ma compagne d’avoir un enfant. C’est vrai que l’infectiologue a tout de suite retiré le Truvada pour la conception de l’enfant. Chose que je ne comprends pas.

Bruno confond Truvada avec Sustiva, qui est effectivement contre-indiqué en cas de grossesse, sur la base d’une étude sur l’animal.

Zina : Pour ma part, je ne vois pas trop non plus l’intérêt de ce traitement, du Truvada. Si on est sain, si on n’a rien, je ne vois pas pourquoi se compliquer à prendre un traitement qui n’est pas bénin non plus. Ce n’est pas de l’aspirine. Prendre un traitement comme ça, tous les jours alors qu’on n’a rien, je pense qu’il vaut mieux utiliser le préservatif. Et puis je me dis aussi que peut-être du coup les personnes vont se dire, c’est bon, maintenant je vais prendre du Truvada, pour les personnes qui ont une sexualité très active avec multiples partenaires, il risque d’y avoir un problème aussi. S’ils se sentent préservés avec le Truvada, donc ils ne vont pas se préserver avec le préservatif. Il y a aussi les autres MST (Maladies Sexuellement Transmissible). Pour ma part je ne vois pas trop effectivement... il y a d’autres priorités quoi que ça. Le préservatif pour l’instant c’est ce qu’il y a de vraiment sûr, comme disait Bruno pour les couples sérodifférents. Il ne se sent pas concerné parce que la personne séropositive a juste à prendre son traitement correctement et pour ne pas transmettre le virus à son partenaire.

Anne Simon : Je suis d’accord avec vous dans les couples sérodiscordants, Willy Rozenbaum l’a dit également. C’est un outil parmi d’autres mais je crois qu’il ne faut pas le négliger. Effectivement actuellement, il y a une partie de la prévention qui a échoué puisqu’il y a quand même une épidémie en France qui persiste, qui n’est pas majeure mais qui persiste. Il faut essayer de trouver les meilleures armes pour les personnes qui s’exposent, qui n’utilisent pas toujours les préservatifs ou voilà. Et je crois, comme l’a très bien souligné Willy Rozenbaum, je pense que c’est une arme sur laquelle il faut compter. Ça a le mérite justement qu’on en discute, qu’on discute les intérêts, les limites, les éléments qui doivent nous faire penser, est-ce que c’est une bonne arme ou est-ce que c’est une arme qui, finalement, ne servira pas à grand chose ou pas à beaucoup de gens. Mais je crois qu’il faut vraiment en discuter et pas la rejeter de façon trop rapide parce que jusqu’alors, cette épidémie, et notamment dans le milieu gay, est quand même assez préoccupante. Il faut absolument essayer de la contenir voir de l’éradiquer.

Tina : Je pense effectivement aussi que c’est extrêmement difficile pour une personne qui est séronégative d’avoir une bonne observance, de comprendre qu’il faut vraiment prendre ce traitement tous les jours, pas seulement les jours où il y a prise de risque et quelles seront les conséquences si une personne séronégative prend mal le Truvada. Bon ça c’est les médecins qui vont sûrement réfléchir là-dessus. Ensuite sur les couples sérodifférents, bon moi j’ai réfléchi à la situation de mon couple. J’imaginerai assez mal mon partenaire prendre un traitement pour éviter la contamination alors qu’avec, si moi je le prends, disons ça aide ma santé et en même temps ça le protège. Mais ensuite j’ai discuté avec d’autres personnes qui vivent en couples sérodifférents et il y en a certains qui m’ont dit, écoute moi en tant que partenaire séronégatif, je pourrais quand même imaginer un moment que ça pourrait soulager ma partenaire séropositive si elle a un souci, si elle a besoin d’une pause avec son traitement ou bien si elle n’en a pas besoin pour elle-même, qu’elle prenne le traitement comme le font certaines personnes. Même si maintenant on prescrit de plus en plus tôt, des personnes séropositives qui n’ont pas besoin de traitement pour elles-même donc le couple pourrait à ce moment-là envisager que c’est le partenaire séronégatif qui prendra le traitement pour un peu soulager la santé de sa partenaire ou de son partenaire. Ce sont des réflexions que j’ai entendu et où je me suis dit ça vaut la peine d’y réfléchir et peut-être que dans certaines situations de couples sérodifférents, le partenaire séronégatif serait prêt à prendre un traitement pour soulager la personne séropositive du couple.

Sandra : Je vous propose maintenant d’écouter Reda Sadki qui est à l’origine de l’émission Survivre au sida et aussi membre du Comité des familles, l’association créée et gérée pour et par des familles vivant avec le VIH.

Début du son.

Reda : Première chose, c’est qu’il s’agit d’une autorisation de mise sur le marché qui avait été demandée par le laboratoire Gilead. Donc déjà, c’est un énorme coup de publicité, un coup de projecteur sur ce laboratoire. C’est un joli coup du cabinet de relations publiques qui a travaillé là-dessus. Maintenant ça correspond aussi aux annonces régulières. C’est vraiment synchro quoi la manière dont les médias, en moyenne tous les deux ans au maximum, annoncent quelque chose qui ressemble à un traitement curatif pour le sida et ça, ça remonte à 1984 quand la porte parole de la Maison Blanche, sous Ronald Reagan, donne une conférence de presse en disant que le vaccin, et bien les chercheurs américains sont sur le point de le trouver. Cette fois-ci, on nous sort, non pas le vaccin, mais la PrEP et le traitement préventif. On nous parle d’un médicament, je crois même qu’il y a un média qui a dit que c’était le vaccin, ça y est. Tout ce volet-là, c’est vraiment du délire. Ça ne correspond pas aux faits, ça ne correspond pas à la réalité. Donc déjà il faut déblayer ça et mettre ça de côté. Une fois qu’on a fait ça on peut s’intéresser à la PrEP et à l’émission Survivre au sida justement on s’y intéresse depuis très longtemps. Donc ce n’est pas nouveau pour nous.

Sandra : Le comité des 22 experts indépendants américains, ils le recommandent pour les couples hétérosexuels dont l’un des membres est contaminé par le VIH, et aussi recommandé pour les hommes homosexuels séronégatifs alors que, les français recommandent la PrEP. Dans le rapport ils disent : « Étant donné le risque plus important de transmission du VIH dans la population homosexuelle, nous nous sommes intéressés au système de surveillance pouvant contribuer à suivre l’impact de la PrEP dans la population des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. »

Reda : Ce qui se passe là, c’est qu’on voit qu’il y a un biais idéologique et politique des experts français qui ont prononcé leur avis sur ce dossier. Là, on nous dit qu’il y a un risque plus élevé du côté des homosexuels par rapport à une éventuelle transmission et que ça justifierait, dans ce cadre-là, la PrEP. Alors que du côté des hétérosexuels, ça ne serait pas justifié. Mais jusqu’ici, les essais cliniques sur la PrEP ont montré une chose. Ont montré que ça marche lorsqu’il s’agit de couples sérodifférent stables. En l’occurrence de couples hétérosexuels, mais il n’y a pas de raison que ça ne marche pas pour des couples homosexuels stables non plus. Or, ce sont ceux-ci que choisissent de mettre de côté les experts français et ça, c’est inexcusable parce que du coup on se retrouve avec une PrEP dont vont être exclues les personnes qui courent le plus gros risque, à savoir les personnes qui sont en couples sérodifférents, c’est-à-dire où une personne est séropositive et l’autre ne l’est pas et où la personne séropositive ne prend pas de traitement soit parce qu’elle n’en a pas besoin pour elle-même, soit parce qu’elle fait une pause thérapeutique, soit parce qu’elle a des difficultés d’observance. Quelque soit la raison, dans ce contexte-là, la PrEP, c’est-à-dire la possibilité pour une personne séronégative de prendre un traitement pour se protéger d’une contamination par le virus, c’est quand même un outil extrêmement intéressant qui vient compléter la protection par le traitement que peut prendre une personne séropositive. Donc nier ça et renvoyer donc à, en fait une espèce de soutien idéologique à cet essai en cours dont on a beaucoup parlé à l’émission Survivre au sida, à savoir Ipergay, qui consiste à vouloir faire prendre des traitements à une population qui n’a pas un comportement qui n’est pas dans une situation stable, où on peut imaginer qu’une observance se mette en place, c’est purement et simplement du délire.

Sandra : Certains ont des craintes par rapport à la PrEP comme quoi ça pourrait contribuer à l’abandon du préservatif. Qu’est-ce que tu en penses ?

Reda : Je ne sais si c’est un écran de fumée ou quoi mais en fait quand Jean-Michel Molina prétend que Ipergay se met en place pour une prévention combinée, c’est un pur écran de fumée. On sait très bien que ce qui motive l’intérêt et un petit peu le caractère obsessionnel de cet intérêt pour cet essai de PrEP, non pas la PrEP en elle-même mais la notion d’observance pour une population donnée. On sait que le recrutement se fait auprès des personnes qui n’utilisent pas régulièrement le préservatif pour le dire pudiquement. Donc prétendre que cet essai vise à inciter à une protection combinée, à une prévention combinée, ça ne tient à l’épreuve des critères de recrutement. Tout simplement.

Sandra : Mais, d’après ce que j’ai compris avec Willy Rozenbaum, c’est que la prévention combinée permet une alternative. Donc ça ne veut pas dire que tout le temps la personne séronégative admettons devrait prendre le préservatif plus le Truvada mais qu’elle peut alterner. Enfin bon là, quand bien même, c’est vrai que les américains préconisent ça pour une utilisation du Truvada en continu d’après les essais cliniques.

Reda : Alterner et varier, il semblerait que l’observance soit beaucoup plus importante lorsque c’est une personne séronégative qui prend un traitement pour se protéger d’une contamination. Donc jouer avec l’observance, c’est-à-dire s’imaginer qu’avec quelque chose d’irrégulier ou quelque chose de ponctuel, tient aujourd’hui je n’ai pas envie de mettre le traitement donc je vais mettre le préservatif. Que ça puisse marcher, ça ne tient pas à l’épreuve des données qui se sont accumulées à travers les les essais cliniques jusqu’ici. Donc pourquoi ce serait différent en France ? Pourquoi est-ce que les comportements en France seraient différents ? Que les personnes seraient capables de faire ce que les essais dans d’autres pays n’ont pas trouvé. C’est ça la question à laquelle devraient répondre Willy Rozenbaum ou Jean-Michel Molina.

Quoiqu’il en soit, il faut réussir à voir à travers ces écrans de fumée qu’il y a un possible progrès de la médecine, de la même façon qu’on avait demandé très tôt, à partir du moment où on avait compris et analyser les données scientifiques et qu’on avait réussi à comprendre que le traitement avait un intérêt préventif, là, le fait qu’une nouvelle porte s’ouvre et que, un petit peu comme s’il y avait une pilule contraceptive pour l’homme, ça poserait des questions pour pas mal de couples. On peut s’imaginer qu ‘un couple qui soit légitime pour un couple sérodifférent pour le partenaire séronégatif de dire moi je prends mes responsabilités, c’est moi qui vais me protéger, je ne vais pas être tributaire de la bonne ou mauvaise observance de ma partenaire, et du coup je choisi de prendre un traitement, puisque finalement l’Agence France Presse m’a interrogé sur le remboursement ou non de la sécurité sociale, donc bon il sautait un peu les étapes. Mais il est évident que ça coûtera moins cher de prendre Truvada qui est un médicament avec deux molécules plûtot qu’une trithérapie pour toute une vie, lorsqu’il s’agit d’un partenaire séronégatif. Donc ça reste une option qui peut intéresser des couples sérodifférents. Ce qui serait terrible, c’est que du fait de l’agitation des partisans de l’essai Ipergay, cette possibilité soit de fait interdite aux couples sérodifférents qui sont les seuls pour l’instant dont les données montrent que la PrEP, ça peut marcher.

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter Reda Sadki, alors on n’a pas encore entendu Greg et Yann sur ce sujet. Est-ce que vous souhaitez réagir ?

Greg : Pas forcément. Chacun sa vision des choses. Des gens qui souhaitent être plus sécurisés au niveau du risque. Dans un sens naturellement les rapports sexuels sont plus intimes sans préservatif mais quels sont les buts ?

Yann : On est dans les prémices d’une annonce et faut pas se mettre à courir. Mais c’est vrai que c’est un plus. Après ça me paraît très complexe et j’imagine mal, même en m’imaginant séronégatif, je m’imagine mal manger un traitement, prendre une chimie. La personne qui a du mal à se protéger aura autant de mal à se protéger avec un préservatif qu’avec un médicament il me semble. C’est même presque plus contraignant. J’attends de voir. Je n’ai pas d’avis énorme mais si ça peut rassurer certains homosexuels qui ont une grande sexualité débridée et que ça prouve que ça peut aider, pourquoi pas. Mais c’est vrai qu’en ce qui concerne nous, le Comité des familles et les 12 ou 13 enfants qui sont nés en 2011, c’est vrai que l’amour, c’est la confiance. C’est aussi que la personne quand on est en couple, qui est séropositive prenne correctement son traitement et à partir de là, je crois qu’il y a assez de rapports qui l’ont prouvé. S’il n’y a pas de MST autour et la charge virale indétectable et les CD4 et la santé qui va bien, on ne transmet pas. La preuve en est qu’on a pu tous faire des bébés en étant dans des couples sérodifférents. Donc je crois que c’est vraiment une étude plus portée sur le monde homosexuel, il me semble. Mais je ne comprends pas tout toujours.

Sandra : Des bébés qui sont tous en bonne santé, Bruno ?

Bruno : Je le redis, je ne suis pas professionnel de la santé, mais c’est vrai que je suis quand même curieux de savoir pourquoi on retire le Truvada aux femmes qui vont avoir un enfant ?

Bruno confond Truvada avec Sustiva, qui est effectivement contre-indiqué en cas de grossesse, sur la base d’une étude sur l’animal

Tina : Je pense qu’il y a des traitements qui sont plus recommandés pour une femme enceinte que d’autres. Une fois que la femme est enceinte, elle va voir son infectiologue et à ce moment-là, l’infectiologue lui prescrit un traitement le mieux adapté à une grossesse. Mais le Truvada pour débuter une grossesse ne pose pas de souci je pense. Je voudrais aussi juste rebondir sur ce que disait Reda. Je pense quand même effectivement que c’est important de garder en vue aussi cette possibilité pour un couple. Moi je sais, je m’en rappelle il y a un an, j’étais donc en couple sérodifférent depuis, séropositive depuis 9 ans mais sans traitement parce que ma santé, le médecin a estimé que je n’avais pas besoin de traitement vu que mes CD4 étaient élevé, vers les 800. Donc en fait je pense qu’à ce moment-là, si déjà on avait parlé de cette PrEP, on aurait peut-être discuté en couple et on ne sait jamais, peut-être qu’on aurait dit pourquoi pas, peut-être que mon partenaire aurait dit écoute je prends le traitement comme ça toi sur les 20 ans à venir, d’ici 5 ans, tu auras besoin d’un traitement et il te restera encore 15 ans de traitement, ça te soulagera. Je pense qu’il y a des situations où ce n’est pas totalement délire de se dire qu’un couple décide que ce soit la personne séronégative qui prenne le traitement et, qui à ce moment-là, est aussi responsable comme l’est la personne séropositive au moment où c’est elle qui doit prendre le traitement. C’est-à-dire qu’elle comprend qu’il est extrêmement important d’être très observant pour éviter sa contamination. Je crois qu’effectivement il y a une logique où il y a des situations très rares mais où ça peut être une solution et en couple on peut en se soutenant l’un l’autre, en se disant, on soulage la personne qui a déjà une fragilité de santé, si elle n’a pas besoin de traitement pour elle, pendant quelques années, parce qu’on sait que le préservatif on a du mal dans la durée. C’est une alternative.

Sandra : J’invite tous les auditeurs à réagir sur ce sujet sur le site survivreausida.net

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE Correction : Selma MIHOUBI