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Ali dit « Samy » | Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) | Droit du travail | Hommes séropositifs | Joël Vermont | Tina | Yann

Joël, séropositif depuis 20 ans : « Même si je suis handicapé, je suis capable de travailler »

26 avril 2012 (lemegalodon.net)

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Sandra : Le coup de gueule de Joël sur la considération des séropositifs handicapés sur le marché du travail. Joël a déjà participé à l’émission Survivre au sida, la dernière fois c’était le 6 octobre 2009. Pour ceux qui ne connaissent pas Joël, je vous propose d’écouter sa présentation, un rapide rappel des faits et puis on va découvrir un peu quelle est sa situation actuelle.

Début du son.

Joël : Je m’appelle Joël Vermont. J’ai 47 ans, je suis séropositif depuis maintenant 20 ans. J’ai fêté ce triste anniversaire donc au mois de février. Je suis sans boulot, ça fait à peu près une dizaine d’années malgré mes engagements associatifs et le travail que j’ai pu avoir. Par rapport à ce qui s’était passé, ça remonte à peu près à 2001 suite à la découverte par mon employeur de ma séropositivité. J’ai eu un nombre incalculable de procès qui m’ont usé, qui m’ont souvent abattu. En 2008, pratiquement 7 ans après, j’ai réussi à avoir gain de cause. Une indemnité qui ressemblait à une peau de chagrin. Mais enfin cette liberté de pouvoir retrouver du travail dans un autre secteur et comme on le dit souvent et comme j’ai pu le vivre souvent, c’est de se dire je refais ma vie et voilà, je tourne la page. Hélas depuis maintenant 2008, mon inscription au pôle emploi, je dirai c’est le trou noir et ce serait plus une descente aux enfers que ce qu’on appelle l’ascenseur vers le paradis. Pour le pôle emploi j’ai été, comme je pense beaucoup de personnes, souvent transporté d’un secteur à un autre. J’ai eu la chance dernièrement de rencontrer une personne qui était au pôle emploi handipass et qui m’a pris en charge, avec qui on se voyait tous les mois et avec réellement des aboutissements, avec des propositions d’emploi qui étaient réelles, qui correspondaient avec ce que je faisais. Mais en revanche, hélas le marché du travail, on est en pleine période de crise, on nous serine assez avec ça, il n’est pas adapté aux personnes handicapées malgré les grosses campagnes de pub qu’on peut faire. Les structures ne faisaient rien, ont toujours répondu par la négative ou pas. Mais avant cette période ça été rien. Il n’y avait rien. On ne me proposait rien. A part les stages pour faire les cv et autres. Mais après rien, pas de formation informatique, pas de mise à niveau, pas de bilan professionnel, rien du tout.

Sandra : Pourquoi as-tu le statut de personne handicapée ?

Joël : J’ai déclaré un sida en 1998. J’ai eu la chance d’en sortir. Par rapport à ma situation donc à cette époque-là, en 1998, 1999, toute personne qui était touchée par le sida et pas par le VIH mais par le sida, c’est-à-dire la maladie finale, pouvait prétendre après un passage chez le médecin à la COTOREP ( La Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel) à l’époque, obtenir la reconnaissance de travailleur handicapé, le statut de personne handicapée à 80%. Ce qui n’est plus le cas maintenant. Apparemment la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) qui est donc la nouvelle mouture de la COTOREP qui se dit plus simple est une vraie machine à gaz. C’est totalement le contraire. Pour avoir le statut de personne handicapée maintenant, si je peux considérer par exemple des amis que je connais qui sont à l’Association des Paralysées de France, il faut être dans un fauteuil roulant et ne pas pouvoir vivre seul. Je connais des cas notamment par rapport à l’Association des Paralysés de France où la personne est handicapée du fait d’une maladie. Cette maladie s’est aggravée. Il a perdu l’usage de ses jambes et de ses bras. La MDPH l’a reconnu à 78%. Donc c’est-à-dire qu’il ne peut pas prétendre aux mêmes avantages qu’une personne qui est, je vais prendre un comparatif qui est un peu gros mais quelqu’un qui va avoir un accident de voiture, qui va se retrouver complètement inerte, c’est-à-dire dans la même situation que lui, aura plus de facilité à avoir le statut de handicapé à 80% alors que là, on rentre encore dans ces considérations un peu stupide qu’il y avait encore il y a des années mais ça existe encore maintenant, c’est que, la maladie, avec un grand M, sous-entend des erreurs. Alors je ne parle pas pour le cancer ou autre même si on nous culpabilise par rapport à la cigarette, à l’alcool et beaucoup de choses. Mais on va essayer de culpabiliser la personne sur sa pathologie. Moi c’est ce qu’on m’avait dit à l’époque. Vous êtes un peu responsable, à un moment donné, vous avez fauté, donc vous devez payer. La reconnaissance de travailleur handicapé, je l’ai reçu en 2009. Ma première demande datait de 2004.

Fin du son.

Sandra : Première partie de l’entretien de Joël, déjà est-ce qu’il y a quelques réactions sur ce que vous venez d’entendre ?

Yann : Je n’ai pas le même cursus. Pourtant je suis en reconnaissance travailleur handicapé. J’ai eu une très bonne écoute sur Saint-Denis. J’ai eu plusieurs propositions de travail. J’avais un choix vraiment, une grande écoute. Sans être rejeté, je pouvais refuser un travail si je trouvais que celui-là ne me convenait pas avec les quelques problèmes de santé que j’avais, notamment la station debout trop longtemps et tout ça. Donc, après je ne sais pas. Ce qui me choque en tout cas c’est qu’avec le nombre d’associations qu’il y a, ce garçon qui milite depuis des années et qui effectivement s’est battu d’abord pour lui et maintenant pour les autres, notamment sur le Comité des familles, il fait pas mal de choses avec le projet Madeleine quand on va dans les lycées pour parler de la séropositivité aux jeunes. Il va aussi dans d’autres associations pour toujours expliquer les discriminations qu’il a vécu et tout ça. Et je trouve ça simplement mais inadmissible qu’il n’y ait pas une association. Alors est-ce que c’est parce qu’il est séropositif ? Ce n’est pas la première fois que j’entends ce type de problème où, en fin de compte, sur des associations parfois tu as 95% de personnes qui ne sont pas concernées et 5% d’employés qui sont séropositifs. Je trouve qu’une petite parité ce serait pas mal quoi.

Ali : Je sais à quoi je m’attends maintenant quand je vais aller m’inscrire au pôle emploi. J’ai pour objectif de prendre un traitement au bout de 28 ans et d’aller m’inscrire au pôle emploi et de demander à voir un conseiller d’orientation pour lui parler du problème de pathologie. Pour en revenir à l’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés), l’ancienne COTOREP, MDPH maintenant, depuis des années, ils prennent décret sur décret. Du moins c’est le gouvernement mais ça se répercute de manière à ne plus donner l’AAH aux gens, quand bien même ils ont développé des pathologies. Alors on dit toujours que c’est lié au virus mais parfois c’est lié au virus et aux traitements au fil du temps. Donc la difficulté de trouver du travail et l’éventualité de perdre une allocation faute d’avoir du travail, de perdre une allocation que bien souvent, dont on a besoin parce qu’on ne sait jamais ce qui peut nous arriver malgré le traitement, même avec bon suivi, on ne sait jamais quoi.

Tina : C’est clair que ce soit au Comité des familles ou à l’extérieur j’entends de plus en plus de personnes qui ont bénéficié parfois depuis de nombreuses années de l’AAH, qui en ont vraiment besoin pour vivre, pour payer leur loyer et qui ont des gros soucis de santé. Dire que ça n’a pas été renouvelé ou qui sont très craintifs parce que maintenant, effectivement les critères ont changé. C’est un peu passé sous silence. On n’en a pas beaucoup parlé. Mais au final beaucoup de réponses négatives au moment du renouvellement. J’imagine qu’il y a beaucoup de gens qui paniquent parce qu’aujourd’hui faut vraiment être en fauteuil roulant et ce n’est vraiment pas justifié quoi. Aujourd’hui, les personnes qui apprennent qui sont séropositives, ils ont des bons traitements et tout, mais ce n’était pas pareil pour ceux qui l’ont appris il y a 20 ans, 30 ans, ils ont les séquelles de ce que c’était le VIH à cette époque. Je trouve que ce n’est pas assez vraiment pris en compte et je crois qu’il y a un réel soucis à ce niveau-là.

Ali : Je connais un couple de à peu près 45 ans, 3 enfants. Le gars percevait l’AAH et ils se sont séparés. Le gars il est parti habiter chez sa mère très âgée et au moment de renouveler l’AAH, ils lui ont dit non, vous avez un toit, vous avez de quoi manger on vous sucre l’AAH. Il s’est retrouvé du jour au lendemain sans rien.

Sandra : On écoute la suite de l’entretien avec Joël et on discute après.

Joël : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au niveau du chômage, je ne suis plus du tout indemnisé. Donc j’ai épuisé mes droits en fin de compte. Maintenant j’ai juste ma pension d’invalidité qui représente, j’ai été augmenté de 2 euros merci (rires) sur un trimestre. Ca doit représenter 1006 euros par mois. Après il faut vivre avec 500 euros de loyer, avec bon. Il y a beaucoup de choses derrière. C’est vrai que, ok, on me dit voilà, je suis suivi par une structure maintenant pour retrouver du travail. Bon c’est des choses que je fais depuis 2008. Et même avant. Je me dis à un moment donné, comment je peux faire pour à un moment donné, dire à une personne qui va me recevoir, écoutez, ok j’ai eu une période difficile parce que j’ai eu des problèmes de santé. Maintenant la société veut qu’on nous mette volontairement cette casquette d’assisté. C’est ce qu’on me dit souvent, je suis un assisté comme beaucoup de personnes. On est un peu les parasites de la société. Donc moi j’essaye d’en sortir mais en face, il n’y a rien. Il y a des postes mais il y a le problème de pourquoi vous n’avez pas travaillé depuis 2001. Donc après on rentre dans le système. Ecoutez, j’ai été malade. Qu’est-ce que vous avez comme maladie ? Bon après, moi j’arrête là, je sais que j’en parle souvent parce que je ne le cache pas. J’en parle, je suis séropositif. J’en ai parlé à la télé aussi à visage découvert mais un employeur pour moi, il ne va pas savoir que je suis séropositif. J’explique que j’ai une maladie qui continue à être traitée, heureusement avec des avancées assez importantes. Voilà, ça s’arrête là. Après, il comprend très bien que je reste dans le secret. Quid du médecin du travail derrière. Est-ce que à un moment donné le secret ne passe pas du médecin au recruteur par une forme, je ne sais pas, mais de là c’est hyper compliqué à gérer. Mais quelque fois quand on a la réponse, quand on la chance d’avoir une réponse à un entretien, boum. On se dit il y a quand même quelque chose qui cloche. Surtout pour les motifs qui sont indiqués dont je parlerai tout à l’heure.

Sandra : Comment tu fais pour trouver à nouveau la force de postuler, de retourner à pôle emploi ?

Joël : Quand on me pose la question qu’est-ce que tu fais dans la vie ? Je suis en invalidité, je ne bosse pas. C’est un peu compliqué. Après le regard des personnes bah je m’en fiche un peu. C’est ma vie, je n’y peux rien. C’est comme ça. Ensuite c’est aussi pour essayer de retrouver du boulot, tout simplement pour avoir un peu plus d’argent. Il ne faut pas être plus royaliste que le roi. On a tous des charges à payer. Ce n’est pas parce que je suis en invalidité qu’on me fait des cadeaux. Loin de là. Le loyer, l’EDF, tout ça. Quand j’ai la chance d’avoir un rendez-vous avec une assistante sociale, c’est simple, je pose mon bilan mensuel, mon budget. La dernière fois que je l’ai fait j’ai eu peur. En payant tout par rapport à la somme que je touche, il me reste par mois 2,97 euros par jour. Je peux dépenser que 2,97 euros par jour. C’est ça qui me force aussi à réintégrer le professionnalisme et en même temps de pouvoir aussi, de pouvoir avoir une vie un peu plus sympathique, ne serait-ce que se dire, je vais mettre de l’argent de côté pour partir en vacances. Là rien du tout. Ca fait plus de trois ans que je n’ai pas quitté Paris. Moi je veux bien mais si je ne pars pas en vacances, je ne paye pas mon loyer pendant trois mois. Donc il y a tout ça qui fait que tout ça, ça me booste et qui me dit, je vais essayer de me battre contre le VIH parce qu’il faut continuer à se battre et puis en même temps continuer à se dire à un moment donné, je suis un être humain, je suis autant capable, même si je suis handicapé, je suis capable de pouvoir travailler.

Sandra : Par rapport à ton VIH, est-ce que ça a eu des conséquences ?

Joël : Pas trop de soucis pour l’instant dans le sens où j’ai un bilan qui est, on va dire à peu près correct. Durant ces périodes-là, c’est encore le cas maintenant, on dit souvent que le moral est important. Quand on n’est pas bien, on ne va peut-être pas prendre ses médicaments comme il faut. Moi j’essaye toujours de prendre mes médicaments. Ce qui se passe parfois, je pense que c’est la chimie du corps humain. Enfin de compte, on se retrouve, on n’est pas bien. Aussi bien dans sa peau que dans son corps. La tête ne va pas, le corps non plus. Et là en fin de compte, il y a une espèce d’incidence de ces moments de déprime, de découragement qui font que c’est plutôt les autres pathologies qui sont liées aux traitements et au VIH lui-même, qui commencent à apparaître maintenant. Alors je parle des problèmes de cardiopathie, les problèmes d’intestin aussi. Tout ce qui concerne la pneumologie. Tout ça en fin de compte fait une espèce d’alchimie et quelques fois, comme ça a été le cas il n’y a pas très longtemps, pour certains ça va être des maladies bénignes, mais j’ai eu des crises de sinusite avec otite, avec répétitions. L’avantage c’est que j’ai la chance de vivre avec quelqu’un qui est une personne très présente. Moralement et psychologiquement. Et aussi physiquement. Tout ça en même temps ça m’aide à avancer.

Sandra : Quand tu as un entretien, tu es dans quel état d’esprit ?

Joël : Je postule dans de nombreuses entreprises qui recrutent notamment des personnes handicapées. La SNCF, la RATP, EDF, GDF. Les grosses boites parce que c’est des trucs étatisés, enfin privatisés qui ont des subventions de l’Etat. Il y en a d’autres, Orange, France Télécom, Bouygues. Ces structures-là je les ai contactées. Des contacts que j’avais par le pôle emploi. Malgré les relances de pôle emploi, j’ai eu sur 20 cv envoyés, une réponse. Un entretien téléphonique qui a duré 10 minutes et j’attends encore la réponse. Notamment pour Orange. C’est bien pour un opérateur téléphonique en même temps. Les autres structures rien.

La RATP, j’ai fait les sélections. Réussies. Tests et ainsi de suite. Les premiers entretiens, réussis. Le deuxième réussi. Le troisième, le plus important. Voilà je me présente, avec cette gagne en me disant ça y est j’ai réussi à passer, je suis encore capable par rapport aux autres. Tout se passe bien. Ils ne sont pas intrusifs dans ma vie privée. Juste quelques questions au niveau de la pathologie. Vous êtes malade ? Maladie grave ou pas ? Oui, j’ai une maladie incurable mais elle est traitée, il n’y a pas de soucis. Sinon je ne serai pas là devant vous. Après, il faut passer le médical. Je parlai tout à l’heure du médecin du travail. Lui il te demande, bon j’en ai parlé sans en parler, il demande les ordonnances de mon traitement. J’ai pu donner qu’une partie des ordonnances. L’autre partie ne les regarde pas. Je pense que ça fait peur parce que je prends beaucoup de médicaments pour les autres pathologies VIH, notamment pour le coeur et autres et je pense que c’est ça qui a fait pencher la balance. De quelque chose qui était super positif avec le contrat de travail qui était sous mes yeux lors de l’entretien. J’avais le badge de travail, j’avais tout. Tout était devant moi avec le contrat de travail à signer. J’avais juste à signer. Et là, ça a abouti sur quelque chose en me disant écoutez, monsieur Vermont, on vous rappellera. Au bout d’une semaine, pas de réponse. J’ai demandé au conseiller du pôle emploi de les contacter pour savoir où ça en était. Après j’ai reçu une réponse en disant que ce n’était pas possible. Et ça, ça s’est répété plusieurs fois.

La dernière en date, je crois que c’est celle qui m’a fait le plus bondir aussi. C’est une structure associative qui est assez grande, qui est reconnue en France. Il y a beaucoup de volontaires, qui fait beaucoup d’actions en ce moment sur la campagne présidentielle, le port du préservatif. Je ne vais pas la nommer mais bon, je pense que tout le monde l’a trouvée en 5 lettres, ce n’est pas difficile. J’ai eu un entretien, candidature spontanée. J’envoie mon cv, ma lettre de motivation. 15 jours après, on m’appelle, on me demande est-ce que vous êtes disponible pour un entretien. Ok j’y vais. Je suis reçu. La personne me dit, bon écoutez, ça à l’air d’être correct et tout. Je vais en parler à mon responsable. C’est vrai que c’est hiérarchique. Et puis, plus rien. Un mois après je me dis bon, je vais quand même au moins leur envoyer un mail, savoir ce qui en est. Deux heures après, je reçois un coup de téléphone. Ca faisait un peu plus d’un mois. Donc là pareil, on me dit, d’après l’entretien que vous avez eu, on a fait un compte-rendu, apparemment vous correspondez exactement au poste. Vous avez les capacités, des formations. Ce qui est bien c’est qu’il n’y a pas besoin de repartir dans un cycle de formation, vous êtes opérationnel immédiatement. Dans ma tête je me dis ouais, ça y est, c’est bon. Mais vos disponibilités ne collent pas avec le poste. Alors je lui dis mes disponibilités, qu’est-ce que vous entendez ? On avait discuté avec la première personne. L’intitulé du poste cherchait plus des ¾ quarts temps et de mi-temps. Donc moi normalement je me suis dit, je peux travailler en mi-temps, ce serait bien. En ¾ temps c’est encore mieux, ça fait un peu plus. En mi-temps je vais tenter le coup. Donc je m’étais dit plus ¾ temps, mi-temps. Les trois ¾ temps ils n’ont pas accepté. Ils ont besoin de quelqu’un en poste fixe à plein temps. On me l’aurait dit dès le début, j’aurais joué le jeu. Et puis voilà. Aurevoir et puis je garde votre cv, on ne sait jamais.

Sandra : Ils savaient que tu étais séropositif ?

Joël : Ah oui ! En plus c’est une association qui nous défend, qui existe depuis très longtemps. Ils ont été épinglés il y a très peu de temps parce qu’ils n’employaient pas assez de personnes séropositives. J’étais bénévole chez eux, il y a de très nombreuses années, au début de ma séropositivité en tant qu’animateur dans une association, une petite association qui s’occupait, c’est un lieu d’accueil, avant on était bénévole là-bas, on avait la possibilité d’être bénévole et d’avoir des responsabilités. Après quand on a vu, c’est pareil, je vais peut-être choquer, mais après, ce qui s’est passé, c’est qu’on s’est rendu compte que le VIH allait perdurer. C’est quelque chose pour lequel on pouvait se faire de l’argent. Se dire, pourquoi pas faire quelque chose dans ce sens-là. Ils ont inversé la tendance, les volontaires ils les ont sortis des postes à décision. On les a remis en bas. Tous les postes de direction et autres, ça a été pris par des personnes, des bac +5, bac + 6, bac + 7. Des gens qui ne connaissaient absolument rien. Il y a très peu de temps, ils ont été épinglés parce que justement ils n’embauchaient pas de personnes séropositives. Donc hop, on fait une campagne, on va embaucher. Et puis bah, c’est ce que j’ai dit, à un moment donné vous faites une campagne, vous demandez des personnes handicapées, on vous présente des personnes séropositives, donc là, il n’y a plus de problème de secret. On est tranquille. On sait que c’est dans un cadre. Et là, qu’est-ce qui coince quoi ?

Fin du son.

Sandra : Vous venez d’écouter Joël, est-ce qu’il y a quelques réactions sur la prise de parole de Joël ?

Yann : Oui, c’est simplement aberrant ce qu’il vit. Mais je ne sais pas, avec l’argent qu’a l’agefiph, avec toutes ces sociétés qui certaines, n’emploient pas de personnes qui ont la reconnaissance travailleurs handicapés et qui doivent payer des amendes énormes. Je sais que l’agefiph a énormément d’argent. Moi, ce que je conseillerai à Joël, c’est quand même d’aller directement à l’agefiph et s’il n’a pas un travail direct, il peut avoir en tout cas je pense sincèrement, je lui donnerai le contact de la personne que j’ai vu à, pas pôle emploi, parce que pour les séropositifs, la reconnaissance travailleur handicapé, on va chez, enfin c’est pôle emploi mais c’est une structure à part qui s’occupe des personnes qui ont cette reconnaissance des travailleurs handicapés. Il peut se faire offrir, se faire payer une formation par l’agefiph. Il peut trouver des solutions je pense.

Sandra : C’est quoi l’agefiph ?

Ali : A moins de 80% tu n’es pas considéré comme travailleur handicapé.

Yann : Non, mais tu peux avoir la reconnaissance travailleur handicapé. C’est mon cas. Je suis à 79% et j’ai le droit de travailler en tant que travailleur avec une pathologie.

Ali : Ca ils le donnent de moins en moins et de la même manière que tu disais que, l’association dont il parlait, avant ils embauchaient, il y avait une parité, il y avait des personnes séropositives et d’autres qui ne l’étaient pas parce qu’ils avaient des postes qui nécessitaient un certain nombre de compétences et de diplômes. Mais on a constaté qu’en fait ils jouent le jeu de l’Etat. C’est-à-dire que, ok, on pourrait s’occuper des gens malades en donnant du travail à mi-temps mais d’un autre côté, ils disent non, on ne va pas embaucher un malade parce que du jour au lendemain il peut ne pas se présenter au travail parce qu’il va dire, j’ai telles pathologies alors que c’est une association qui est censée venir en aide aux gens qui ont cette pathologie. C’est vraiment contradictoire. C’est comme tu disais aberrant.

Yann : Toi tu me demandais Sandra l’agefiph. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire mais je sais que c’est une structure, peut-être Tina tu le sais. C’est une structure qui en fin de compte rassemble les fonds que les entreprises qui ne souhaitent pas employer de personnes handicapées, donc je vous le répète, ils payent des amendes très fortes et l’agefiph redistribue par le biais de formations, par le biais de plusieurs actions, redistribue cet argent. Et ils sont extrêmement riches. Il ne faut pas avoir peur d’aller taper à la porte de l’agefiph, de voir le gars, parce que Joël disait dans son commentaire qu’il est en lien avec une personne qu’il voit tous les mois. Cette personne, au bout de deux mois, elle doit lui avoir présenté plusieurs emplois. Il ne peut pas s’arrêter à un seul entretien. Il faut qu’il soit ferme. Il faut que lui il sache très bien ce qu’il veut faire aussi. Ca, ça été des questions qui m’ont été posées. A savoir, on ne va pas vous envoyer dans tout et n’importe quoi pour que ce soit un échec. Le but c’est aussi que la personne qui n’a pas travaillé depuis longtemps, retrouve le plaisir et la durée. Ce n’est pas pour retomber dans un échec. Faire 6 mois et puis se dire, ah bah non, c’est trop difficile. Donc vraiment trouver si on peut plutôt au départ commencer par un mi-temps puis après voir au bout d’un moment si on a la force de pouvoir continuer et éventuellement de faire un plein temps. Je pense qu’il va s’en sortir parce qu’en plus il est bourré de talents.

Tina : Yann tu parlais de qu’est-ce que c’est l’agefiph. Je ne saurai pas exactement moi non plus. Je pense qu’il y a la MDPH qui est la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Après, est-ce qu’il faut s’adresser directement à l’agefiph je ne sais pas. Peut-être qu’il y a des auditeurs qui pourront donner des précisions ou qu’on pourra interroger des personnes compétentes à ce niveau-là. De ce que j’ai compris, Joël faisait les démarches auprès des pôles emploi spécialisés pour les personnes handicapées. Moi j’ai l’impression qu’il fait tout ce qu’il faut. Mais peut-être qu’il y a des choses en plus à faire. Une association en plus à aller voir. A ce moment-là il faudrait demander des précisions à des personnes soit comme toi Yann, si...

Yann : Oui, moi je peux essayer de prendre contact. En plus on s’envoie des mails de temps en temps parce que, non seulement le gars m’a trouvé du boulot mais en plus, une fois tous les 6 mois il m’envoie un petit mail, je trouve ça très touchant.

Tina : C’est quoi la structure exactement ?

Yann : Cap emploi sur Saint-Denis. Et il y en a dans chaque départements. Cap emploi l’avantage c’est qu’on est vraiment reçu en tête à tête, avec une seule personne qui nous suit. Donc on sent que vraiment que ce n’est pas le bordel de pôle emploi quoi. On ne va pas se cacher. On est privilégié par rapport à ça. Et si on arrive bien à formuler ce qu’on cherche, alors, peut-être que je suis moi, j’ai eu de la chance, je suis tombé sur une personne qui faisait très bien son travail et qui prenait du plaisir. Mais la preuve c’est qu’il m’envoie encore des mails pour savoir si je me sens toujours bien dans la structure, si je n’ai pas de problème tout ça. Je vais essayer de le contacter pour savoir si même éventuellement il ne pourrait pas venir un jour à la radio nous parler de tout ça.

Tina : Peut-être que Cap emploi dans le 93 c’est différent du Cap emploi sur Paris.

Yann : Et parfois ça dépend de la personne que tu as en face. C’est carrément ça.

Tina : Oui mais bon un peu voir est-ce que, je pense qu’il y a des personnes qui sont à Cap emploi Paris où ça a marché pour eux, pour trouver du travail. Il me semble que, je pense à une personne au Comité. Mais bon, un peu à sonder. Moi je ne suis pas spécialiste à ce niveau-là. Je n’ai jamais fait des démarches auprès de pôle emploi.

Yann : Puis c’est vrai que les 10-12 ans où il a été sans travailler, c’est des choses qui font peur. Je ne vous cache que j’ai trafiqué mes cv. Quand tu veux te loger de toute façon maintenant, t’es obligé de faire des fausses fiches de paie. On est dans une telle situation que, voilà, sans aucun regret...

Tina : Moi en fait j’ai dit à Joël il faut que tu en parles à la radio, c’est quand il m’a expliqué cette situation où il était vraiment très content, très optimiste parce que voilà, il a postulé auprès de AIDES et qu’il a décroché un entretien et que la réponse finale c’était non à cause de ses disponibilités. Donc en gros en lui faisant comprendre, quand tu es séropositif, tu n’es pas assez disponible qu’on le souhaite.

Sandra : Alors que AIDES avait fait une campagne de recrutement pour des personnes handicapées. Donc, je pense que, quand on recrute des personnes handicapées, on s’attend à ce que la personne ne soit pas disponible à plein-temps.

Yann : Oui mais c’est le mouton noir aussi.

Tina : Et comme disait Joël, si on lui avait dit dès le départ, il aurait pu même postuler pour un poste à plein temps. On a l’impression qu’il y a quelque chose de vraiment malhonnête qui s’est passé pour lui. Moi j’aimerai bien entendre des explications de la personne qui la rejetée.

Yann : Et en plus, ils ne peuvent pas lui la faire à l’envers étant donné qu’il a toute l’historique du sida. Il a tout. C’est aussi je pense, j’extrapole peut-être mais je pense que c’est aussi une des raisons qui n’a pas du tout pesé en sa faveur. C’est que, le jour où il veut le mettre le nez dans leur erreur, il connaît tout. Ca peut freiner.

Sandra : Alors Greg, excuse-moi Ali, on n’a pas encore entendu Greg.

Greg : Sur ce sujet je n’ai pas grand chose à faire. Je travaille depuis longtemps. Je ne suis pas compétent, je n’ai pas les notions.

Sandra : Juste une réaction par rapport à ce que tu as entendu.

Greg : Oui, je trouve que ce n’est vraiment pas bien. La discrimination dans toutes formes ce n’est vraiment pas bon.

Ali : Si j’ai bien compris, dans ce que tu dis Yann, l’agefiph, je ne savais pas ce que c’était, c’est en fait, ils mettent des amendes aux entreprises qui refusent d’embaucher des handicapées de la même manière que les villes qui ne veulent pas construire de logements sociaux et prennent des amendes. Cet argent-là, tu me dis que apparemment ils doivent en recevoir s’ils refusent d’embaucher des handicapés. Et donc, qu’est-ce qu’ils font de leur argent ? Est-ce qu’ils payent du personnel pour que les choses changent ?

Yann : Je ne sais pas. Sandra elle fera peut-être un dossier là-dessus pour que les auditeurs et nous-même sachent un peu plus de choses sur l’agefiph. Mais voilà, je sais qu’ils redistribuent une partie de ces fonds pour faire des formations, des emplois. Même un projet personnel, micro entreprise voilà.

Sandra : La discussion continue sur le site lemegalodon.net et survivreausida.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE