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En Algérie, les ruptures de médicaments continuent et la place des familles vivant avec le VIH n’est pas reconnue

18 janvier 2012 (lemegalodon.net)

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Début du son.

Sandra : Avant que toi-même tu sois séropositive, est-ce que tu avais déjà entendu parler du VIH ?

Aïcha : En tant qu’infirmière oui. Mais on n’avait pas les actualités. Donc on savait qu’il y avait un virus qui s’appelle VIH, qui fait quoi, quoi. Mais les antirétroviraux, là, on n’entendait pas trop. Donc, on n’était pas concerné. Il y a un traitement ok, ce n’est pas curatif ok, donc le problème n’est pas encore résolu, donc ça nous ne intéresse pas. Et on croit toujours que ça va jamais nous toucher. Mais, quand j’ai appris ma séropositivité, c’est là que j’ai cherché, là que je savais que, qu’est-ce que font les antirétroviraux, et tout ça, tout ça.

Sandra : Est-ce que tu peux me raconter comment s’est passé ton suivi médical en Algérie ?

Aïcha : Le suivi médical en fait, pour une personne qui est du corps médical, ce n’était pas aussi difficile. Avoir l’accès aux soins, ce n’était pas un problème. Mais pour les autres oui. Ce n’est pas qu’il n’y a pas un accès aux soins. Il y a un accès gratuit aux soins. Mais, je parle des associations. Par exemple, le médicament qui vient en 6 mois et il y a des mois où il n’y a pas. Mais moi, je n’avais même pas commencer le traitement en Algérie. Donc, ce n’était pas un grand problème pour moi mais pour les autres en fait.

Sandra : J’ai compris que tu me parles de rupture de médicament en fait. C’est bien ça ?

Aïcha : Oui, en fait c’est ça. Ca ne durait pas trop longtemps mais qui touchait quand même. Une rupture de 15 jours, ça touche. Même si c’est une petite rupture, c’est vraiment dangereux pour la vie des séropositifs, vous le savez.

Sandra : Quand il y a des ruptures de médicaments, comment ça se passe pour eux ? Ils ne prennent plus de médicaments ou est-ce qu’ils ont accès à d’autres médicaments ?

Aïcha : Il n’y a pas accès à d’autres médicaments. Ils ne prennent plus de médicaments. Donc pendant 15 jours ou 1 mois, ils ne prennent plus de médicaments.

Sandra : Quels traitements avez-vous en Algérie ? Quels sont les traitements disponibles ?

Aïcha : Je crois qu’il y a tous les traitements que vous pouvez entendre mais sauf qu’ils donnent à chaque fois, cette ligne thérapeutique, et puis 6 mois après, ce sera une autre ligne thérapeutique et puis une autre 6 mois après. Donc ils mélangent tout.

Sandra : Les personnes qui sont suivies là-bas, changent de traitement à chaque fois en fait ?

Aïcha : Voilà. On dit qu’il n’y a pas ça, mais on peut vous donner ça, parce que, à défaut de ça, on vous donne ça. Mais c’est ce qu’il y a. On ne peut pas faire autrement.

Sandra : Le fait de changer de traitement, est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose ?

Aïcha : Je pense que c’est très mauvaise chose.

Sandra : Est-ce que tu peux expliquer pourquoi ?

Aïcha : C’est un infectiologue qui peut bien l’expliquer. Mais je me dis que, si tu suis une ligne thérapeutique et puis tu arrêtes, ton corps va développer une résistance à la ligne thérapeutique. Donc ça, tu as échappé. Quand tu fais une autre, et ça va suivre aussi. Donc si tu suis 5, 6, 10 là, tu vas aller où ? Finalement, tu vas finir par avoir un traitement qui est efficace pour toi ?

Sandra : Est-ce qu’il y a d’autres problèmes en Algérie concernant la vie des séropositifs, par rapport aux associations ? Est-ce qu’il y a quelque chose d’autres dont tu as envie de parler ?

Aïcha : Oui je veux bien. En fait les associations, si on en parle, il y en a qu’une seule qui est bien, enfin pas bien mais je ne sais pas, qui représente les séropositifs, qui est à Alger, au centre d’Alger. La présidente elle-même est séropositive. Ce n’est pas que l’association ne fait pas beaucoup d’efforts mais je crois toujours qu’elle dit ce que l’Etat veut qu’elle dise. Une fois, il y avait une rupture dans un hôpital, à l’Est de l’Algérie, elle a dit que, il y en a, alors qu’il n’y en avait pas. Moi j’étais là-bas et je savais qu’il n’y en avait pas. Et elle, elle a dit que non, il y en a, qu’elle est partie là-bas et qu’il y en a. C’était faux. Je crois qu’elle est toujours manipulée quelque part. Les autres associations en fait, à vrai dire en Algérie, pour recevoir les fonds, il faut être homosexuel. Si tu n’es pas une association d’homosexuels, tu ne reçois pas les fonds des étrangers. Ca reste toujours un problème d’avoir des vrais fonds pour les séropositifs.

Sandra : Donc en fait la place des familles vivant avec le VIH en Algérie est quasi-inexistante ?

Aïcha : Oui, vous pouvez dire ça. C’est presque ça.

Sandra : Il n’y a pas d’association où vous pouvez vous retrouver, discuter, échanger ?

Aïcha : Non ça, il y en a. Mais je dis qu’il n’y a pas de vrais fonds. Il n’y a pas de vraies associations. Quand vous parlez avec les dirigeants des associations, ils vont vous dire qu’on reçoit les fonds pour les homosexuels ou on reçoit l’argent pour la prévention. Mais pour les familles de séropositifs, il n’y en pas. Ou c’est personne qui s’intéresse. Je ne sais pas où est le problème.

Sandra : Aïcha, tu m’as dit que tu habites au Danemark maintenant. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi es-tu partie de l’Algérie ?

Aïcha : En fait, j’avais une bonne vie. Je travaillais. J’ai pu accepter la situation d’être séropositive, la situation qui m’a fait mal, que je me suis séparée de mon fiancé. Tout ça, c’était du passé pour moi. Et là, je me suis très bien intégrée dans la vie associative, là où je travaillais dans les associations. Je faisais des petits boulots, je faisais des formations par-ci, par-là. Je fréquentais beaucoup l’internet. Donc je cherchais des sites de rencontres pour former moi-même mon groupe, mon petit groupe de parole, mon petit groupe de soutien. Et en fait, c’est là que j’ai rencontré mon mari maintenant. Avant on était de très bons amis, et puis on est devenu de très bon amoureux, et puis, on est marié maintenant.

Sandra : Ca fait combien de temps que vous êtes mariés ?

Aïcha : Ca fait une année. Ca fait dans les 8 mois.

Sandra : Qui dit mariage, en général ça dit enfant. Est-ce que vous envisagez d’avoir des enfants ?

Aïcha : Pas pour le moment. Mais on envisage si Dieu le veut. Si Dieu nous donne bien sûr.

Sandra : Quelle est la différence entre être séropositif en Algérie et être séropositif au Danemark ?

Aïcha : Je n’ai pas vécu beaucoup en Algérie en tant que séropositive. Donc je ne fais pas vraiment la différence. Deux ans, ce n’est quand même pas grand chose. Je n’ai pas été face au dentiste, je n’ai pas été face à je ne sais pas quoi. Donc ce n’était pas un grand problème. Pour les autres oui j’entends parce que, quand on faisait les groupes de paroles, j’entendais que, à celle-là, elle a des problèmes avec sa maman, celle-là elle a des problèmes avec le dentiste, celle-là, elle a des problèmes avec son gynécologue. Mais je vois que, ici, il n’y a pas vraiment de stigmatisations, moins de tout ça.

Sandra : Est-ce que tu prends un traitement ?

Aïcha : Maintenant j’ai commencé. Maintenant ils ont dit que je dois commencer le traitement en fait. Ca fait peut-être un mois. Même moins d’un mois.

Sandra : Quel traitement tu prends ?

Aïcha : Je prends le truvada et le... ah ! J’ai oublié ! Je regarde jamais les boites (rires). C’est stocrin.

Sandra : Pourquoi prends-tu un traitement maintenant ?

Aïcha : Parce que, apparemment, ma charge virale a grimpé d’un seul coup. Donc en Algérie c’était dans les 32 000 copies. Maintenant c’est dans les 490 000 copies. Donc ils ont dit que je dois vraiment commencer. En Algérie j’avais le choix maintenant je dois le prendre.

Sandra : Et ça se passe bien ?

Aïcha : Oui. La première semaine c’était, dormir puis dormir. Maintenant ça va. Puis mon mari prenait avant moi les médicaments. Donc, c’était un très bon soutien psychologique pour moi. Il faut commencer, il ne faut pas avoir peur, c’est bon, moi aussi tu vois que je prends les médicaments. Et, j’ai vu que c’est très important d’avoir quelqu’un qui est séropositif, qui est à côté de toi, qui prend tous les médicaments avec toi, à la même heure. Vous partagez la même vie et je vois que c’est très important. Ca m’a vraiment aidé.

Fin du son.

Sandra : C’était Aïcha. On a appris beaucoup de choses. Elle a dit beaucoup d’information. Je voudrais juste revenir Tina sur quelques informations avec toi, et puis, sauf si tu as quelque chose qui t’a interpellé. Elle parlait de rupture de médicament. Du coup pour les personnes qui suivent un traitement c’est assez difficile. Je vois un autre problème en fait, par rapport à la charge virale. C’est-à-dire que, normalement, quand une personne séropositive, prend un traitement, du coup, sa charge virale devient indétectable au bout d’un moment. Et donc là, s’il y a une rupture de médicament, la charge virale peut augmenter tout d’un coup ou pas ? Est-ce que tu peux apporter des informations là-dessus ou pas du tout ?

Tina : Bien sûr l’observance est extrêmement importante. Les médecins n’arrêtent pas d’insister ici en France. On sait très que si, on n’est pas, au plus observant, le virus peut devenir résistant au traitement et ce n’est vraiment pas bien. Bon, après on peut changer de traitement. Mais, si on fait ce jeu-là plusieurs fois, au bout d’un moment. Il n’y a plus aucun traitement qui fonctionne et on est multi-résistant. Donc c’est un peu ça que provoque ces ruptures de traitement. Maintenant sur, au bout de combien de temps la charge virale monte, je ne suis pas spécialiste. Il faudrait plutôt demander à un médecin .Mais, effectivement, c’est un risque que les personnes redeviennent détectables et contaminantes. Si elles sont en couples sérodifférent, elles risquent de contaminer leur conjoint. Mais bon voilà, ça c’est le deuxième risque. Le premier risque c’est vraiment pour la personne, la vie de la personne est en danger et le deuxième c’est bien sûr le fait qu’elle puisse contaminer.

Sandra : Si vous souhaitez réagir sur cette prise de parole d’Aïcha, que nous remercions, vous pouvez le faire sur le site survivreausida.net.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE