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Maison des familles (2008–2013) | Éric Chapeau-Åslund | Financement de la lutte contre le sida | Laurent Gourarier | Un local à Paris pour les familles vivant avec le VIH

Les familles vivant avec le VIH risquent de perdre leur local, des médecins les soutiennent

17 novembre 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Il n’y a pas que les membres du Comité des familles qui se mobilisent. Il y a aussi les médecins.

Début du son.

Eric Chapeau : Je m’appelle Eric Chapeau-Aslund. J’ai 52 ans. Je suis médecin et je suis un militant de la lutte contre le sida depuis 1983. J’habite près d’Orléans. J’ai connu le Comité des familles depuis son existence, parce que, j’écoutais régulièrement l’émission Survivre au sida depuis l’année 2000 je crois. C’est la seule association en France de ce type et qui est autant d’auto-support et qui est autant d’activité. C’est l’association qui a la plus grande qualité d’action actuellement je crois dans toutes les associations françaises, et elle a une vraie légitimité et c’est la seule qui agit vraiment. Les autres passent parfois à faire de la recherche de fonds, à faire de la représentation et de la communication. Et là, il y a un vrai travail de fond, efficace, qui se répand dans toute la France petit à petit et ce serait dommage de briser un si bel élan.

C’est la maison le local, c’est le lieu de rassemblement. C’est le centre de l’étoile. C’est un lieu de rencontre, c’est un lieu où on peut aller quand on ne se sent pas bien. C’est un lieu de partage, c’est un lieu d’action, où il y a des réunions, on décide des choses. C’est un lieu où les parents peuvent discuter entre eux pendant que les enfants jouent dans la pièce d’à côté. C’est indispensable un local.

Mon message aux financeurs, c’est comparer les associations, regarder ce qu’elles font et donner à ceux qui font. Ce n’est pas la peine de saupoudrer entre les différentes associations. Donner à ceux qui font les choses et qui continuent à en faire.

Laurent Gourarier : Je m’appelle Laurent Gourarier, je suis psychiatre et, je m’occupe de réduction des risques chez les toxicomanes depuis 1994, une vingtaine d’année. C’est comme ça que je suis rentré en contact, d’abord avec des femmes qui injectaient des drogues, des hommes séropositifs et co-infectés parfois. Ces gens-là, au sortir de la toxicomanie, ils avaient envie, ils rêvaient d’avenir pour eux-mêmes et ils voulaient avoir des enfants. Un certain nombre de mes anciens patients sont entrés en contact et ont tenu à ce que je rentre en contact avec le Comité des familles qui se montait à l’époque. Aujourd’hui, je suis praticien hospitalier, à la terrasse groupe Maison Blanche, gros hôpital psychiatrique, dans le Nord parisien. J’ai dû rencontrer le Comité des familles en 2002, 2003. A l’époque, c’était une petite voix qui se faisait entendre, de façon un peu, à part on va dire. Et, qui parlait de choses qu’on n’abordait pas à l’époque. Parler de ces femmes qui avaient des enfants et qui tenaient tellement à avoir des enfants, que, bien souvent, les conseils qui leur ont été donné, parfois par leur famille, parfois par leur médecin, ni faisaient rien. Elles avaient des enfants. A l’époque, on ne connaissait pas les moyens sûrs d’accoucher par voie basse. A l’époque, elles avaient des césariennes. Elles avaient des traitements aussi qu’on leur donnait. Elles se retrouvaient dans une panade assez grave. Elles prenaient des risques pour elles-même. Mais, contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, la plupart d’entre elles en fait, savaient très bien ce qu’elles voulaient faire. Et plus elles avançaient dans leur souhait d’avoir des enfants et moins elles faisaient n’importe quoi en matière de drogue, de sida, etc. Donc on ne pouvait pas, décemment, quand on était engagé avec elles, en tant que médecin ou en tant qu’infirmière ou en tant qu’aide soignant, quelconque façon, être neutre devant ce désir d’enfant. Et donc, tout naturellement, quand ces filles ou ces hommes d’ailleurs, après avoir eu des enfants, après avoir fait des tentatives infructueuses, quand ils ont commencé à s’organiser, ils se sont retournés vers moi. J’ai d’abord fait la sourde oreille parce que je n’avais pas que ça à faire. Et puis, le message m’est apparu tellement insistant quand j’ai vu, j’ai fini par rencontrer Reda et les premiers membres du Comité, que, j’ai décidé de faire un bout de route avec eux.

Le Comité des familles anime une émission qui s’appelle Survivre au sida. Entre Survivre et vivre, vivre normalement dans la société, il y a, avoir un logement. Si le Comité des familles habite quelque part, il va vivre. S’il est fichu dehors de chez lui, il ne pourra que survivre. Je ne pense pas qu’il va mourir tout de suite. Maintenant, je ne veux pas penser à ça. Moi, ce que je veux, c’est que, le Comité des familles vive, parce que, nous tous, séropositif, bien sûr, mais, séronégatif, moi, mes enfants, nous avons besoin de cette parole. Nous avons besoin que des gens parlent, aux gamins, qui utilisent le terme de sidéen ou de toxicomane pour des discriminations. Là où les injures raciales, la ségrégation sociale habitait dans ces classes-là, dans les cours de récréation. Aujourd’hui va se mettre en place quelque chose qui est très inquiétant. Evidemment que, avoir à côté de chez soi, une voix différente, une voix qui explique, avec connaissance, avec intelligence, comment on peut vivre ensemble, c’est indispensable pour tout le monde. C’est pourquoi, cette petite voix-là, elle ne doit pas s’éteindre.

A la puissance publique qui menace de couper, dans un espèce de mouvement générale, lié à la crise, il faut dire une chose très précise. Faites attention, parce que le VIH, celui des gens malades aujourd’hui, celui de nos enfants demain peut-être, il prolifère dans ces moments de crise. C’est aussi pour des motifs financiers, une mauvaise analyse du rapport, qu’on appelle coût bénéfice médicale, qu’on s’était trompé, qu’on avait fait des erreurs au début de l’épidémie du sida. A la puissance publique, je dis, ne faites plus ça. Apprenez les leçons du passé. Aujourd’hui, vous savez que les publiques fragilisés c’est les femmes, c’est les jeunes, c’est les gens qui vivent dans la précarité. C’est, parfois les gens qui vivent en situation irrégulière. Ces gens-là doivent être dans les soins. Ces gens-là doivent être atteint par un message de prévention. Sinon, c’est tout le monde qui va payer en France. Donc à la puissance publique, ne coupez pas ce robinet-là. Premier truc.

Deuxième truc. Aux grands esprits, aux privés, aux gens qui ont l’habitude de donner pour le VIH, leur dire que, les publiques qui sont fragilisés ont changé d’un siècle à l’autre. Aujourd’hui, pour les gens qui vivent en France et qui ont les moyens, qui veulent intervenir sur la scène publique, pour mettre, un petit peu de pansement sur ces plaies sociales qui sont en train de s’ouvrir partout en France. Ces gens-là, il faut leur dire, venez en aide aux familles, venez en aide aux étrangers en situation régulière, venez en aide aux enfants, venez en aide aux enfants, venez en aide à toutes les équipes, aux partenaires du Comité des familles. Donc oui, donnez au Comité des familles et faites donner par vos proches.

Fin du son.

Sandra : Petite mise au point. Laurent Gourarier que vous venez d’entendre a dit que le Comité des familles anime une émission de radio qui s’appelle Survivre au sida. Alors non, ce n’est pas le Comité des familles qui anime l’émission. Les membres du Comité des familles, certains d’entre eux, participent à l’émission Survivre au sida. Et l’émission Survivre au sida, c’est l’émission de tous les séropositifs et de ceux qui les aiment, et répond à des questions qui comptent pour les séropositifs. Et si, on parle souvent du Comité des familles, c’est parce que, c’est vrai que c’est la seule association qui est auto géré par des personnes elles-même qui sont concernées par le VIH et qui répond à des questions qui concernent les familles vivant avec le VIH. Ces témoignages que vous venez d’entendre, on sent bien une volonté des membres du Comité des familles et des médecins qui connaissent le Comité des familles de ne pas se laisser faire. Tina, là on a juste entendu deux personnes membre du Comité puis deux médecins. Est-ce que ça s’arrête juste là ou est-ce que c’est vraiment un début de mouvement en fait ?

Tina : Alors moi je peux dire que c’est un début de mouvement, parce que, maintenant, depuis quelques jours, on commence à faire des réunions à la Maison des familles justement, en appelant les membres à venir, à rassembler nos idées pour ensemble, faire un programme, pour faire face à cette crise. Et on est nombreux. Les gens, ils viennent, c’est ça qui compte. C’est d’être nombreux, parce que, si on est à 3, 4, ça ne sert à rien. Les gens, les participants, ceux qui connaissent le Comité, les membres viennent. On a fait appel. Ils viennent. Il faut que ça continue parce que, ce sera un long combat. Ce n’est pas juste ponctuel. Après, il faut passer 2011. Ensuite, si on réussit ça, à passer 2011, faut se battre pour qu’en 2012, ça continue. Donc, on a lancé le message aux participants, ceux qui veulent se mobiliser. Ne vous essoufflez pas rapidement, restez mobilisé, tous ensemble, pour qu’on puisse faire entendre notre voix et faire entendre ce qu’on demande pour les familles qui vivent avec le VIH.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE