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Les coulisses du Sidaction | Barbara | Pierre Bergé

Barbara, première femme séropositive à avoir témoigné pour le Sidaction, scandalisée par le fichage de leurs salariés

16 novembre 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : La semaine dernière, lors de l’émission du 8 novembre 2011 n°527, vous avez pu écouter Barbara, qui a souhaité partager son bonheur d’être heureuse en amour et d’être maman, pour la première fois d’ailleurs. La première fois que Barbara avait parlé de sa séropositivité en public, c’était le 7 avril 1994 pour le Sidaction. A l’émission du 18 octobre 2011, n°524, nous avons parlé d’une actualité par rapport au Sidaction, comme quoi, cette association fiche ses salariés pour collecter des informations personnelles. Il était donc logique de demander à Barbara ce qu’elle pense de cette pratique.

Début du son.

Barbara : En 1994, on m’a proposée de faire l’ouverture de la première soirée de Sidaction qui se déroulait le 7 avril 1994 sur toutes les chaînes de télévision. C’est par un enchaînement de circonstances tout à fait incroyable, par le biais d’une association parisienne que je connaissais. Ils m’ont contactée, ils m’ont dit voilà, le Sidaction, enfin, pas le Sidaction, Canal +, recherche quelqu’un pour faire l’ouverture de cette émission Sidaction, est-ce que tu accepterais de témoigner ? J’ai dit ok, allons-y. C’est comme ça que je me suis retrouvée à témoigner dans cette émission et donc, à rencontrer pour la première fois, l’association Sidaction que, ma foi, je trouvais que l’initiative était excellente. J’étais extrêmement ravie de tout ça. C’était bien, qu’enfin, on puisse parler en 1994, je répète, du sida sur toutes les chaînes nationales à la télé. C’était quelque chose de formidable, c’était extrêmement important.

Et puis malheureusement, on s’est rendu compte, quand je dis on, c’est des associations provinciales, celle dans laquelle j’étais militante, qui s’appelait jamais sans chapeau, plus d’autres que je connais, que, une grosse partie de cette argent qui avait été récolté ce soir-là à la télévision par Sidaction, ne servait pas à aider les associations comme ils le prétendaient. Enfin, du moins, toutes les associations provinciales que je connaissais, aucune n’a été aidée financièrement par l’association Sidaction. Malgré des projets, des dossiers extrêmement importants je trouve. Une partie de cet argent servait aux dirigeants, donc partait dans leur salaire, ce genre de chose. Et moi, ça m’avait déjà choqué à l’époque, je trouve ça absolument inadmissible et en plus, l’association était à la fois juge et partie. Donc c’est-à-dire, non seulement elle récoltait et en plus c’était elle qui décidait à qui elle attribuait et elle s’auto également attribuait de l’argent.

Donc j’ai commencé à critiquer publiquement cette façon de faire. Ca n’a évidemment pas plus à Sidaction. Sidaction s’est mis à faire circuler des rumeurs absolument dégueulasse sur mon compte. Je suis devenue une paria pour eux. Ils m’ont vraiment traité de tout. J’en ai eu ma claque et j’ai pris mes distances par rapport à tout ça. Voilà mes premiers rapports avec Sidaction, vous voyez, n’ont pas été très sympathiques.

Donc en fait, je n’ai pas été du tout surprise quand il y a eu cet article dans Libération. Il y avait des choses que je savais. Les salaires par exemple. Quand on fait de l’humanitaire, on n’est pas humanitaire pour s’enrichir. L’humanitaire, c’est quelque chose... dans humanitaire il y a humanité, il y a humain, il y a homme. Donc, c’est solidarité, c’est tendre la main. On ne va pas dans l’humanitaire pour s’enrichir. Malheureusement, il y en a qui n’ont pas compris. Donc je trouve ça absolument révoltant. Après, ficher ses salariés, ça, en revanche, j’ignorais totalement qu’ils le faisaient. Je trouve ça scandaleux. Surtout une association, par rapport justement à toute la façon dont on peut parfois stigmatiser la personne séropositive, justement par rapport à tout ce que la personne séropositive peut aussi endurer, tous les tabous que ça suscite. Puis souvent, l’exclusion dont la personne séropositive peut subir, que l’on fiche ses salariés par rapport à un âge, par rapport à une origine ethnique parce qu’elle est syndiquée ou autre. Je trouve ça révoltant. Je n’aurai jamais imaginé. Ce n’est pas beau. En même temps, vu la personnalité des dirigeants, malheureusement, j’allais dire que, je ne suis qu’à moitié surprise.

Fin du son

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE