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Aline | Annonce de la séropositivité | Criminalisation des séropositifs

Voilà, voilà, ça recommence ! Des réponses saines contre la criminalisation des séropositifs

9 novembre 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Condamné parce qu’il est séropositif. Peut-être que certains d’entre vous ont entendu parler de ce sujet. L’émission Survivre au sida a choisi de diffuser la prise de parole d’Aline. Elle s’était exprimée en avril 2005 sur ce sujet. C’est une maman qui a un enfant de 11 ans, enfin à l’époque son enfant avait 11 ans. Elle a toujours refusé la haine et la tentation de la vengeance, comme presque toutes les personnes concernées par le VIH. Je vous propose d’écouter Aline.

Début du son.

Reda : Pourquoi, toi, tu n’as pas porté plainte contre la personne qui t’a contaminée ?

Aline : Par respect, tout simplement par respect de cette histoire, qu’on a vécu ensemble. Certains moments, on se disait je t’aime, je lui ai dit je t’aime, pour ces mots-là, je ne pouvais pas l’enfermer. Je ne pouvais pas l’enfermer sachant que la prison ne résoudrait pas ses problèmes.

Reda : Deuxième question, pour toi, un séropositif, qui contamine quelqu’un qui est séronégatif, pourquoi n’est-il pas un criminel pour toi, à tes yeux ?

Aline : Il n’est pas un criminel parce qu’il est peut être en manque d’information. Il peut être en manque d’aide psychologique, parce que, quand on n’arrive pas à comprendre ce qui nous arrive, il vaut mieux éviter ce qui nous arrive et l’oublier. Donc, faire comme si de rien n’était. Pour moi, oui, c’est un problème psychologique. Un mal-être qui s’instaure. Evidemment, on est tous mal à l’aise vis-à-vis de cette maladie parfois. Pour moi, ce n’est donc pas un criminel. C’est quelqu’un qui a besoin d’aide. D’aide médicale.

Reda : Si les procès, les condamnations se multiplient, quelle va être la conséquence de ces procès sur le regard que porte la société sur les personnes qui vivent avec le VIH ?

Aline : Déjà que ce n’est pas facile de parler de sa maladie. C’est très difficile de se confier. Alors, avec de plus en plus de condamnations pour nous, on vivra encore plus dans l’ombre. On n’en parlera encore moins. On fera peut-être moins de prévention. Quand je parle de ma maladie, quand j’arrive à en parler avec des jeunes, j’en profite pour faire de la prévention, pour leur faire comprendre que ce n’est pas qu’à Paris, ce n’est pas que dans certains milieux. Ca peut être partout. Il faut être vigilant. Il n’y a pas que le SIDA qui est MST. Il y en a partout. Alors oui, on risque de se taire. Les gens risquent de ne plus se faire dépister. Donc de ne plus se soigner, etc. Une telle loi, m’inquiète aussi pour mon petit, parce que, j’ai beau lui dire maintenant, utilise des préservatif, etc. Le jour, où il sera dans sa chambre avec sa petite copine, je ne serai pas là pour vérifier. L’erreur est humaine aussi. Toujours responsable quand on est jeune, ce n’est pas évident non plus. J’espère que ça se passera bien pour lui, et puis, qu’effectivement, on n’arrivera pas un jour, à ce genre de problème. Bon, cela dit, on est à l’abri de rien. Ca peut arriver. Ce ne sont que de si mais, ça m’inquiète quand même.

Reda : Aline, au micro de l’émission Maghreb Afrique Survivre au sida. Aline est la maman d’un enfant de 11 ans. La maman et son enfant sont touchés, sont concernés. Elle réagissait aux propos tenus par l’association femmes positives.

Fin du son.

Sandra : Femmes positives, une association qui réclame la criminalisation des hommes séropositifs soupçonnés d’avoir contaminé leur partenaire féminin. Maintenant je vous propose d’écouter la lecture d’une lettre ouverte, publiée le 19 mai 2004, qui explique pourquoi l’émission Survivre au sida prend position contre la logique de criminalisation et d’enfermement des séropositifs.

Nous déplorons le fait que des personnes séropositives fassent le choix d’engager des poursuites pénales contre une autre personne vivant, elle aussi, avec le VIH. Le sida est une maladie profondément injuste, parce qu’il prend pour cible d’abord les déshérités et les opprimés. C’est en s’organisant et en se mobilisant collectivement que les malades et les familles confrontées à l’épidémie ont, jusqu’à présent, réussi à faire reconnaître notre droit non seulement aux soins mais à la dignité.

Il peut paraître compréhensible que des personnes récemment contaminées tiennent d’autres séropositifs responsables de leur contamination. Mais quelle que soit la « punition » infligée, elle ne guérira personne de l’infection à VIH. Par contre, en criminalisant la transmission du virus, elle précarisera l’ensemble des séropositifs.

Oui, les séropositifs sont pleinement responsables de leur santé et de leurs actes. Mais les séronégatifs le sont aussi. Dans une relation sexuelle consentante, il y a toujours deux personnes responsables. En tant que séropositifs ou partenaires (maris, femmes) de séropositifs, nous avons appris qu’on ne peut pas protéger les autres, on ne peut que se protéger soi-même. Les femmes séropositives ont le plus souvent été contaminées par leur mari ou conjoint, mais dans ce cas le problème posé est non pas celui de la séropositivité mais celui du pouvoir des hommes sur les femmes.

N’est-il pas profondément injuste de faire porter uniquement à ceux qui sont déjà malades le poids de la responsabilité de la prévention, et de réduire le débat à une question de morale à sens unique ? Pour poser la question brutalement : veut-on faire payer aux séropositifs le prix de l’inconscience de séronégatifs « irresponsables » ?

Nous savons que ce n’est pas par la menace de l’emprisonnement qu’on mettra fin aux prises de risques sexuels, encore moins à l’injustice de l’épidémie du sida.”

J’arrête la lecture ici. Il s’agit de quelques extraits. Si vous souhaitez la lire entièrement, rendez-vous sur le site lemegalodon.net. Pareil pour écouter le récit d’Aline. Je vais maintenant me tourner vers Tina, Ali et Loane pour vous poser cette question : quelle serait votre réaction si vous apprenez que vous avez contaminé quelqu’un ? Je vois Tina qui prend une grande respiration, qui à l’air de réfléchir. Ali ?

Ali : Moi je, normalement honneur aux dames, mais je vais me prononcer là-dessus. Moi, ayant vécu en couple sérodifférent et ayant fait courir des risques, entre autres, à la mère de mon fils, c’est vrai que, j’aurais probablement culpabilisé jusqu’à la fin de mes jours, si je l’avais contaminée. Mais, il se trouve que j’ai été confronté à ce problème. Je lui avais dit que j’étais usager de drogue par voie intraveineuse. Je ne lui ai jamais dit clairement que j’étais séropositif, bien que je le savais. Et donc, quand elle a souhaité avoir un enfant, je lui ai dit de faire des examens et tout s’est bien passé par la suite. De fait, j’ai eu des rapports à risque avec trois femmes, à qui, j’ai demandé de faire des examens par la suite. Fort heureusement, aucune des trois n’a été contaminées. Il y a même une situation particulière, c’est qu’une des femmes avec qui j’ai passé deux, trois mois, en permanence ensemble, elle me disait qu’elle était séropositive. Donc, on ne prenait aucune précaution. Il se trouve qu’un jour, elle va à l’hôpital, elle fait des examens et quelques jours après, elle reçoit les résultats et elle était séronégative. Donc, c’est vraiment des situations toutes plus compliquées les unes que les autres. Bon, maintenant, on sait très bien qu’il faut protéger son partenaire, il y a différentes manières, le préservatif et la prise de traitement. Je pense que, ça aurait été un fardeau de savoir que j’ai contaminé une femme. Je pense que ça aurait été quelque chose qui m’aurait énormément déprimé. Et je finis sur l’aspect pénal. Ce n’est pas le premier cas. Le cas qui a fait jurisprudence, il remonte il y a 8, 9 ans, en arrière. Il y en a eu quelques-uns depuis. Donc, c’est entre deux personnes. Tous les avis sont respectables. Mais, voilà quoi, maintenant que c’est passé au pénal, il y a eu des cas qui ont fait jurisprudence, on ne reviendra pas en arrière et je pense que, ça risque d’être sanctionné, de plus en plus lourdement.

Sandra : Tina ?

Tina : En gros, je pense que, dès qu’on a une sexualité avec une personne séronégative, qu’on prend bien son traitement, le risque il est infime. Le risque zéro n’existe pas. Pour ma part, oui, j’essaye de diminuer au plus le risque avec mon partenaire séronégatif et je pense que, une majeur partie des personnes séropositives sont dans le même cas. Une contamination, ça ferait extrêmement mal. Je pense que, c’est parfois pas mal d’en parler aussi. De dire, si tu serais contaminé, on ne peut pas dire que c’est inexistant. Si peut-être ça arrive, ça peut taper encore plus fort. Après, je pense que, je connais des personnes que j’apprécie beaucoup, qui ont fait prendre des risques à leur partenaire parce qu’ils n’avaient pas eu le courage de le dire, parce que, la société ne nous aide pas dans ce domaine. La société est extrêmement stigmatisante. Devoir le dire à tous les coups, ça revient pour certaines personnes à ne plus avoir de sexualité. Donc là aussi, la question, pourquoi c’est tellement difficile pour une personne séropositive de le dire à son partenaire. C’est aussi parce que l’image des personnes séropositives est toujours choc, est toujours une raison de partir, de quitter la personne. On ne peut pas juger et effectivement, je pense qu’une personne séronégative est responsable de sa santé et c’est à chacun de se protéger.

Sandra : Loane ?

Loane : Moi je pense quand même, j’attends ma troisième fille. Donc avec 3 pères différents. C’est vrai que, moi j’ai toujours cette question là, du après. Donc je disais, même s’il y a très peu de chance de contamination, au fond de nous, on a toujours un doute. Même si on sait que non. On a toujours la peur de ça. De contaminer. Même si on sait qu’il n’y a pas de risque vraiment, c’est minime. On a toujours au fond de nous, quand même la peur de contaminer quelqu’un. Même si on sait que non. La personne, si elle fait des tests, si elle est suivie. Mais au fond, on a toujours peur pour la personne qu’on aime, avec qui on est. Ca, c’est clair. Moi je vois aussi, où j’habite, il y a des personnes qui ont contaminé d’autres personnes, dont plusieurs personnes. Il y a eu jugement. La personne n’a jamais été condamné à rien. On la voit encore en train de contaminer actuellement sur Saint-Brieux. Donc, il y a eu plusieurs personnes qui ont porté plainte contre cette personne-là. Rien n’est fait. Donc ça dépend aussi des tribunaux.

Sandra : Et deuxième question : Si un de vos ex faisait un procès, alors que cette personne n’a pas été contaminé, situation qui s’est déjà produite, comment vivriez-vous cette situation ? Que diriez-vous à votre ex partenaire ?

Tina : Du moment que cette personne était au courant de cette sérologie. Il était consentant. Sinon c’est vraiment enfermer les séropositifs dans une pièce et les obliger à avoir des rapports entre eux. Si on peut être condamné pour avoir des rapports avec une personne séronégative, ce n’est pas possible quoi. Au contraire, moi je me demande si des personnes séropositives ne pourraient pas plutôt aussi penser à porter plainte contre des personnes séronégatives, à qui, on a annoncé notre sérologie, et qui après, vont le crier sur tous les toits, parce que ça, ce n’est pas pire ? Donc oui, voilà, une personne séronégative qui connaît le statut de la personne, je pense qu’il n’y a pas de raison qu’elle puisse porter plainte.

Sandra : Ali ?

Ali : Pour ma part, si j’avais eu le malheur de contaminer une partenaire et qu’elle m’aurait traîné devant la justice, je ne pourrais pas la blâmer. Ce n’est quand même pas un cadeau. De fait, j’ai vécu la situation complètement inverse. Quand mon fils, il est né, un peu égoïstement, j’ai pris la décision de me séparer de la mère de mon fils, bien que je savais que ça allait faire du mal à trois personnes. Etrangement, dans des crises de dépit, et d’énervement, la mère de mon fils, m’a quasiment, littéralement, reproché de ne pas l’avoir contaminée, parce qu’elle sait, que par rapport à ma mentalité, je serais resté avec elle, je me serais senti obligé de rester avec elle. Donc, vraiment, chaque cas est différent et spécifique. Maintenant, si jamais j’avais contaminé quelqu’un et que la personne m’avait envoyé derrière les barreaux, j’aurai accepté et voilà. C’est comme ça quoi.

Sandra : Loane ?

Loane : Je suis d’accord. Je pense que, moi aussi, je ne pense pas que ça arriverait, je n’espère pas. Mais de toute de façon, on assume ce qu’on fait quoi. On vit avec tous les jours. Le fait d’avoir 3 enfants, j’assume, même pareil, ce qu’on me dit. Quand j’ai eu ma fille, il y a 11 ans, on m’a dit votre fille a de grands risques d’être malade, parce qu’on ne sait pas quel effet a la trithérapie. Bah tant pis, je l’ai eu. Pareil, j’aurai pu la contaminer en sachant que j’allais la contaminer. Mais je l’ai eu parce que j’assume, c’est pareil, c’est contaminer quelqu’un, c’est ma propre fille. Elle n’a rien. J’ai quand même assumé jusqu’au bout et j’assumerai si un jour je contaminerai quelqu’un.

Au Comité des familles, le sujet a été évoqué dernièrement, lors d’un atelier pôle qualité de vie. C’était le sexologue Jacques Waynberg qui était venu échanger avec les personnes concernées par le VIH. Et puis quelqu’un a posé la question, est-ce qu’une personne séropositive doit obligatoirement dire à son partenaire qu’elle est séropositive ? Est-ce que, avant tout rapport sexuel, on doit faire l’annonce. Et, voici comment Jacques Waynberg a répondu.

Début du son.

Jacques Waynberg : C’est une question qui a été malheureusement posé à la justice. Il y a eu des procès pour manquement de sincérité, tromperie, empoisonnement. Enfin bon. Là, on est dans quelque chose qui est une caricature de la société actuelle. Je ne sais pas si aujourd’hui encore, un tribunal, se prendrait la tête pour condamner ce genre de situation. Mais à l’époque, où c’était vraiment une obsession politique, où il y avait beaucoup d’enjeux financier, c’était très présent dans l’esprit des ministres des uns et des autres pays. Effectivement, ça pousse à rendre la chose juridique. Alors c’est comme si, il faut banaliser le truc, c’est comme si on n’allait devoir absolument annoncer qu’on a un cancer. C’est comme si qu’on allait annoncer qu’on a que deux dixième sur la vision d’un oeil. Il faut aller jusque là. C’est-à-dire qu’il faut arrêter de stigmatiser le VIH. Il y en a marre. Pourquoi est-ce qu’on serait obligé d’annoncer ça, sous prétexte que c’est une MST ? C’est comme si, une fille allait dire, j’ai des mycoses, excusez-moi, vous me plaisez beaucoup, mais je ne peux pas aller plus loin. On peut pousser le ridicule assez loin précisément pour montrer le ridicule de la situation.

Fin du son.

Sandra : Alors, que pensez-vous des propos de Jacques Waynberg ? Loane je t’ai vu rigoler. Ali aussi. Pourquoi avez-vous souri quand vous avez écouté Jacques Waynberg parler sur ce sujet ?

Loane : C’est qu’il compare ça à des mycoses quoi. Moi, pour mon cas, je ne le cache pas. Maintenant, je n’ai pas besoin de le cacher. En général, je le dis tout de suite. Même que ce soit les gens qui m’entourent, parce que, on ne sait jamais, s’il m’arrive quelque chose, que j’ai un accident quelque part, je me dis, les pompiers, comment ils peuvent le savoir ? Donc en fait, moi je pense à ça tout le temps. Je me dis, là où je suis, faut qu’il y ait une personne qui le sache. Tout simplement parce que, s’il m’arrive quelque chose, qu’il y a quelqu’un qui sache ce que j’ai. Je ne le cache pas, que ce soit à mes conjoints ou à mon entourage. Là où je vais, il y a toujours quelqu’un qui sait ce que j’ai.

Sandra : Ali, oui.

Ali : Moi en même temps, je me pose la question de savoir, si on pousse le bouchon un peu plus loin, un enfant qui naît séropositif, à l’avenir, s’il s’entend mal avec sa maman, est-ce qu’à l’avenir, on verra des cas de figure où les enfants porteront plainte envers les parents de ne pas avoir avorté et, par conséquent, de leur avoir transmis le VIH, dès leur naissance. Donc c’est vrai que, c’est un sujet qui n’est pas évident à traiter. Déjà, en société, et devant la justice quoi.

Sandra : Tina, quelque chose à rajouter par rapport à ce qu’a dit Jacques Waynberg ?

Tina : Je pense que c’est une question de relation. Si c’est une histoire d’une nuit ou une histoire passagère, je pense que tant que la personne, tant qu’il y a un préservatif, non seulement pour le VIH, c’est une hygiène de vie quoi. Dans ces cas-là, je pense que ce n’est pas la peine de le dire. Ca ne regarde pas la terre entière qu’on soit séropositif. Maintenant pour une relation, qu’on espère longue et stable, je pense que, pour la relation, c’est plus efficace de le dire au début, disons, pas dès le premier jour de la rencontre, mais assez rapidement, pour que la personne en face, ne se sentent pas trahie, si elle l’apprend au bout de an ou deux. Je parle de mon expérience personnelle. Quand je me suis mise avec quelqu’un, que j’ai vu que c’est une relation, que j’ai envie qui dure, je lui ai dit, rapidement, pour pas qu’il se sente ensuite trahi quoi.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE