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Les coulisses du Sidaction | Éric Chapeau-Åslund | François Dupré

Les salariés du Sidaction sont-ils à bout ?

19 octobre 2011 (lemegalodon.net)

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Sandra : Le responsable des ressources humaines du Sidaction est accusé d’avoir recueilli des informations personnelles sur les employés de l’association. C’est dans le journal Libération qu’a été publié cette information. Mais à l’émission Survivre au sida, et sur le site megalodon.net on dénonce depuis des années les dérives du Sidaction. Alors ce qui s’est passé, c’est que, ces notes privées sont tombées entre les mains d’autres salariés et, le syndicat du sidaction a remis ce dossier à l’inspection du travail. C’est un fichier qui est daté du 29 avril 2011 où on peut y voir, des informations sur la santé mentale ou physique des salariés, ou bien sur la profession des parents, sur l’origine ethnique, sur l’état de grossesse ou encore si telle ou telle personne a témoigné dans une affaire de justice. Pour le syndicat c’est donc un fichage inadmissible et pour le directeur général de Sidaction, François Dupré, il se défend. Je cite : Comment peut-on croire une chose pareille. Nous, Sidaction, qui sommes si à cheval sur les questions d’éthiques, nous ficherions nos employés ? Ce n’est pas sérieux. Il s’agit de quelques infos mises bout à bout pour y voir plus clair dans la gestion du personnel. J’ajoute que ce document est strictement confidentiel et n’avait pas vocation a être diffusé”. Fin de la citation. En tout cas, le listing existe bel et bien, il est sur le site megalodon.net. Zina, avais-tu entendu parler de ce listing, de ce fichage ?

Zina : Non, pas du tout.

Sandra : Pas du tout. J’ai résumé un peu les informations, as-tu compris de quoi il s’agit, est-ce que ça te surprend ?

Zina : Oui, j’ai très bien compris. Ca me surprend complètement. Mais, en même temps, on est dans un système comme ça maintenant. On est de plus en plus épié. On a de moins en moins de vie privée. On se sent espionné de partout. Et il disait quoi pour se défendre ?

Sandra : Que c’était des informations mises bout à bout pour y voir plus clair dans la gestion du personnel.

Zina : Je ne vois pas en quoi ça l’aide à y voir plus clair dans la gestion du personnel. Si ce n’est pour faire des... Mince, j’ai perdu le mot.

Sandra : Peut-être que ça te reviendra plus tard. Je crois qu’on a quelqu’un au téléphone. Excuse-moi de te couper Zina. Invité mystère, pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît. Allô, est-ce que vous m’entendez ?

Eric : Allô ?

Sandra : Oui,bonjour, pouvez-vous, vous présenter aux auditeurs de l’émission Survivre au sida.

Eric : Bonjour les auditeurs de l’émission Survivre au sida. Je m’appelle Eric. Je suis sans doute un des dinosaures de la lutte contre le sida, parce que j’ai commencé en 1982. Je suis médecin. J’ai 52 ans. Et, je voulais intervenir sur l’article qui est paru dans le Libération de ce week-end, sur le sidaction.

Sandra : Avant de donner ton avis, peux-tu nous dire, comment et quand as-tu connu le Sidaction ?

Eric : Oh bah j’ai connu le Sidaction bien avant qu’il soit créé. Je l’ai connu quand c’était en train de se faire. On n’était pas invité quand il s’est constitué. On était exclu. Il y avait les associations AIDES, Act-up, Arcat Sida et l’association des artistes contre le sida de Line Renaud. Et, qui nous ont exclus ainsi que beaucoup d’autres associations provinciales. On s’appelait tour Elisa 2000 à l’époque, et je peux vous dire, qu’on avait 300 adhérents cotisants. C’est-à-dire 300 foyers de gens qui cotisaient à notre association et c’était, certainement, l’une des plus grosses associations de France. Peut-être même la plus grosse. On avait plus d’adhérents que AIDES Paris. Eh bien, on n’était pas invité à participer à la constitution du Sidaction. On était ignoré.

Sandra : Ce week-end, on a appris que le Sidaction fiche ses salariés. Es-tu surpris par cette information ?

Eric : Je ne sais pas si je suis surpris. Ca me rappelle une grève qui avait lieu dans une association, Arcat Sida où les gens étaient très malheureux. J’en ai rencontrés quelques-uns à l’époque. Ils avaient énormément de mal à parler de l’ambiance qu’il y avait dans l’association et tout. Quand je lis Libération, j’ai cru lire des conditions inhumaines. Je ne veux plus polémiquer sur le Sidaction aujourd’hui, ce n’est pas l’heure. Je pense à ces gens, qui sont peut-être au bord de la dépression, au bord du suicide. Je pense aux suicides qu’il y a eu chez Orange. Je ne voudrais pas que, en rajoutant de l’huile sur le feu, entendre que demain, un s’est jeté sous le métro ou s’est pendu. Ce que je voudrais leur dire c’est, parce que, évidemment, ces gens-là, ne sont pas responsables des actions du sidaction. Ce ne sont que des employés. Ils obéissent. Je voudrais leur dire qu’on est tous passé par des périodes de découragement. Mais que, moi j’ai toujours connu un management humain et je rends grâce à la Terre pour ça. Mais, je voudrais leur dire, qu’on ne les oublie pas, ces gens, ces 40 ou 60 employés, donc 40 sont en grèves. Je voudrais leur dire aussi que, j’aimerai bien que, je ne sais pas si le Comité le fera mais, que le Comité leur tende la main. Leur fasse une pétition de soutien, les invite pour venir parler. Je pense que, ces gens-là, ont besoin de dignité, qu’ils ont besoin de parler. Je ne veux pas donner de conseils à Monsieur Bergé. Mais, si j’étais lui, je donnerai un tiers de confiance à un médiateur, pour aller rencontrer son personnel et essayer, sans voir qui a tort ou qui a raison, de redonner à ces gens-là, leur permettre d’abord de redresser la tête. Le plus urgent, pour moi c’est, ces gens-là, d’après ce que j’ai lu dans l’article de Libération, de Willy Le Devin, j’ai l’impression que ces gens-là sont au bord d’une crise morale et affective et qu’ils sont en danger de mort. Et donc, j’aimerai bien que ces gens-là, soient sous la protection de la justice et de la police. Et, qu’ils soient aussi sous la protection des associations. Et même si, je sais que le Sidaction n’a jamais rien fait pour le Comité des familles, bien au contraire, je trouve que si, le Comité des familles, tendait la main à son personnel aujourd’hui, ce serait un drôle de beau geste.

Sandra : Alors, le Comité des familles, je précise, pour ceux qui ne connaissent pas, une association créée pour et par des familles concernées par le VIH. Eric, Sidaction s’est défendu de cette accusation. Le directeur général a dit que, c’était pour y voir plus clair dans la gestion du personnel, qu’est-ce que tu penses de cette défense ?

Eric : Je lis l’article de Libération, qui parle de conditions de travail inhumaines. De charge de travail et de pression inhumaines. Je pense que, s’il y a 40 personnes sur 60 qui sont en grève, sachant qu’il y en a peut-être qui ont peur de s’y mettre ou qui sont trop désespérés pour l’être, je pense qu’il y a quelque chose. J’avais déjà entendu des bruits de, j’ai déjà croisé des gens qui travaillaient et qui avaient du mal. Je le sais. Je ne peux pas dire, parce que, je suis lié par le secret médical. Mais je connais suffisamment de militants du sida dans toutes les associations. Et, je pense que, aujourd’hui, il y a un vrai problème. Je n’accuse personne. Mais je pense que, que ces gens-là, sont en danger.

Sandra : Finalement tu n’es pas surpris que les salariés de Sidaction se plaignent d’une surcharge de travail, d’une pression inhumaine ?

Eric : Je pense aussi, qu’ils n’ont pas la liberté d’expression. Ils ont peut-être des choses à dire. Ce serait intéressant de les écouter. Mais ça, je ne peux pas en dire plus. Je pense qu’ils ont des choses à dire, sur le fonctionnement interne du Sidaction. C’est quand même malheureux je trouve, que dans une association, qui est faite pour aider les autres, où on devrait pouvoir se réaliser humainement, je trouve ça scandaleux de voir des gens encore plus malades que ceux qui, peut-être viennent en aide, sur le plan moral. C’est du gâchis. Je serais vraiment atterré d’apprendre qu’il y en a un qui se suicide, parce qu’on n’a rien fait assez tôt, et qu’on se dira, le Sidaction, il est bourré de thunes. Je pense que, là, il faut leur tendre la main. Je pense que, c’est une question de vie ou de mort pour certains d’entre eux. Cet article me bouleverse. S’il y a bien un endroit où on devrait se sentir bien, c’est bien dans une association de lutte contre le sida. Je suis allé la semaine dernière dans une réunion du Comité des familles. Je crois que c’était mercredi ou mardi dernier. C’était tellement chaleureux et tout. J’ai dû repartir pour Orléans. Mais je serais bien resté. Je me sentais tellement bien. Il y a très peu d’association où on se sent aussi bien. Et, j’aimerai bien que le Sidaction apprenne un peu du Comité pour gérer son personnel.

Sandra : Si 40 salariés commencent à se plaindre d’une surcharge de travail, de mauvaises conditions, est-ce qu’on peut parler de la fin du Sidaction selon toi ?

Eric : On annonce la fin du Sidaction depuis 17 ans. Mais je pense que, le Sidaction, n’a jamais été aussi malade qu’aujourd’hui. Il faudrait bien regarder ce qu’il se passe dans cette association et écouter. Je le redis encore une fois, ces gens-là ont des choses à dire. Je pense qu’ils ne peuvent pas les dire, et, la première chose pour leur redonner leur dignité, c’est de les écouter. Mais, je crois qu’on apprendrait des choses intéressantes.

Sandra : Merci Eric pour ta participation à l’émission.

Eric : Merci à vous. Et puis, je voudrais remercier le journaliste de Libération. Parce que, Libération, pendant 17 ans, a systématiquement suivi le Sidaction, a systématiquement occulté toutes les critiques. Et, pour la première fois, Libération, a ouvert une porte et je trouve ça très bien. La vérité finie toujours par triompher.

Sandra : Il y a Zina qui voudrait poser une question.

Eric : C’est pour moi ?

Zina : Oui, bonjour Eric. Tout à l’heure, tu disais que, au moment de la création du Sidaction, votre association n’était pas invitée. Pourquoi ?

Eric : Je pense parce qu’on faisait du très bon boulot avec très peu de moyens. Ca faisait de l’ombre à certaines associations parisiennes qui voulaient représenter tout le monde. On a même écrit un pacs à signer à 5 associations, si je ne m’abuse. 4, 5 ou 6, je ne sais plus. Et qui s’appelle, le 7 avril donne pas ta thune pour des prunes. Et je pense qu’il y a une version de ce pacs au Comité des familles. Je pense qu’on a été exclu. Vous savez, quand ces gens-là, ils appelaient info sida service, ces gens de Tours et tout ça, on leur disait qu’il n’y avait pas d’association à Tours.

Zina : D’accord.

Eric : Comme ça, on savait qu’on n’existait pas. Vous voyez.

Zina : Bon, bah c’est bien. C’est rassurant de voir que, même dans le milieu associatif, c’est un milieu de requins quoi.

Eric : Je pense qu’il y a beaucoup de requins aussi.

Sandra : Et, c’est pour ça que le megalodon est là pour dénoncer tous les requins du sida.

Eric : Il y avait un monsieur, qui est mort aujourd’hui, son prénom c’était Henri et il disait : il y a plus de gens en France qui vivent du sida, que de gens qui en meurent. Et il n’avait pas tort.

Transcription : Sandra JEAN-PIERRE