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Kaya Manga et Ras Naya, artistes reggaeman, sont-ils des charlatans ?
28 septembre 2011 (lemegalodon.net)
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Ousmane : Toute de suite, on va vous présenter ces deux artistes qui sont avec nous. Kaya Manga et Ras Naya. Déjà je pose toute de suite la première question à Kaya Manga, pourquoi Kaya Manga ?
Kaya Manga : Pour rendre hommage à l’ancien roi de Ouagadougou, le roi de l’ancien empire du Ghana en fait, qui est un peu mon arrière-arrière grand-père. Et Kaya Manga qui veut dire l’esprit et le corps en fait.
Ousmane : L’esprit et le corps dans quel sens ?
Kaya Manga : Dans le sens que l’esprit ne peut pas vivre sans le corps. Le corps ne peut pas tenir sans l’esprit en fait.
Ousmane : Kaya, depuis quand as-tu commencé à faire du reggae ou de la musique en général ?
Kaya Manga : Ca date un peu depuis les années 80. J’ai commencé quand j’étais au Zaïre en fait. J’ai commencé d’abord, faut pas trop dire, j’étais un peu dans le style zairois. De l’Afrique du Sud aussi, je faisais un peu la musique traditionnelle de là-bas, je suis né de là-bas en fait. Après j’ai fait un peu du m’balar parce que j’étais au Sénégal et puis je me suis rendu compte que le reggae c’est ma mission en fait. C’est le seul où que je peux passer mes textes, ce que j’ai envie de dire à la nation africaine.
Ousmane : A part cette émission, as-tu déjà écouté une autre émission, qui parle du sujet du VIH et surtout qui donne la parole aux personnes séropositives ?
Kaya Manga : Non, je ne crois pas. C’est la première fois que j’assiste à une émission qui rend en quelque sorte, qui soutient les malades du sida, du VIH. Ce n’est pas souvent, parce que, même en Afrique, on ne leur donne pas la parole en quelque sorte. Tout à l’heure, j’écoutais avec le docteur, quand il parlait, ça m’a tout de suite fait rappeler l’Afrique en fait. Nous, chez nous, dans les villages, au fond, tu as des guérisseurs traditionnelles, mais ils ne sont pas écoutés. Donc, on leur lance les cailloux en disant oui, c’est des sorciers, ceci cela mais, ils soignent avec des plantes. Ils ont prouvé au Mali qu’ils ont eu le secret du sida mais le système a boycotté. Ils ne veulent pas que le savoir vienne du village. On les appelle des ignorants alors que c’est eux qui découvrent les techniques pour soigner le sida.
Ousmane : Et toi, tu crois vraiment à ça ?
Kaya Manga : J’y crois parce qu’ils ont prouvé en quelque sorte. En fait faut pas croire que, tu vois simplement les plantes, c’est qu’ils ont soigné une personne au Mali, qui vit jusqu’à présent, il me semble que je ne peux pas dire non c’est faux, parce que la personne vit encore. Ca fait plus de 10 ans, elle n’a pas réclamé, aucun soucis du sida quoi.
Sandra : De tes propres yeux tu as vu cette personne qui était infectée par le VIH ?
Kaya Manga : Oui, on m’en a parlé.
Sandra : Tu as vu ou... ?
Kaya Manga : Des amis m’en ont parlé quand on a été à Diafounou. On a été rendre visite à la personne qui a guéri cette dame. Et après, on a été voir la dame qui a été guérie.
Sandra : Qu’est-ce qui te prouve que cette personne avait le VIH et qu’elle a été guérie, médicalement ? C’est simplement des paroles ?
Kaya Manga : Non, c’est avec les médicaments, des plantes. Pas seulement les paroles, c’est avec les plantes qu’on lui faisait boire, laver, boire. C’est ce qu’elle a dit. C’est ça qui l’a soignée. Nous, on l’a vue en fait, c’était 10 ans après.
Sandra : Zina, Tina, soigner le VIH par les plantes, vous y croyez ?
Tina : Moi je n’y crois pas du tout. A ceux qui croient, je leur dirai bah, dans ces cas-là, si vous pensez que c’est possible, faites-vous infecter par le VIH et prenez les plantes et après, si c’est vraiment possible, si ce guérisseur peut le faire, le guérisseur en premier, qu’il se fasse infecter par le VIH et qu’ils nous prouvent que, après, il devient séronégatif. Moi je pense que c’est du charlatanisme et que c’est dangereux parce que ça n’existe pas. Aujourd’hui, la guérison par les plantes, tout ça, c’est faux. C’est un business parfois même. Alors, moi je vois ça comme ça.
Sandra : Zina ?
Zina : Moi pareil, je suis très septique que des plantes puissent guérir le virus du sida. Et effectivement, c’est un peu dangereux de dire des choses comme ça parce que ça peut donner espoir à pleins de gens qui ont pris des mixtures comme ça.
Ousmane : Qui se sont retrouvés avec des problèmes effectivement.
Zina : Voilà. Et moi pareil, on m’avait dit aussi de prendre quelque chose qui, on m’avait conseillé d’arrêter le traitement, et puis résultat j’ai eu une bonne pneumonie. Donc, je crois qu’il faut faire attention à tout ça.
Ousmane : Oui, je suis parfaitement d’accord, mais je pense quand même ce débat, il est très difficile à éclaircir pour pas mal de personnes déjà qui nous écoutent. Toi, tu as ton point de vue, elles ont leur point de vue.
Kaya Manga : Moi c’est que simplement, je vais leur dire, je suis d’accord avec elles. Il ne faut pas croire les plantes. Ce n’est pas que les plantes qui soignent. Donc, il y a beaucoup de médecins qui disent, ils peuvent soigner avec tel médicament. Mais en fin de compte, c’est l’autre médecin qui peut soigner plus que l’autre. Ce que je voulais dire, je ne veux pas dire que, tu vas à la forêt et tu coupes les plantes, et tu te soignes avec. Non. Ce n’est pas ça du tout.
Ras Naya : Il y a les plantes spéciales. Comme chez moi au Kenya.
Ousmane : Excusez-moi, on ne va pas en faire tout un tas de débat, je pense que ça c’est très difficile quand même pour faire la part des choses. Mais ce qui est sûr, ce qui a toujours été dit, je pense que même si, pour les africains, il y a des africains qui croient aux plantes, qu’ils n’oublient pas que même quand tu te soignes avec les plantes, il n’y a aucune plante qui peut te faire savoir combien de CD4 tu as, et jusqu’à quel niveau ton système immunitaire est élevé ou baissé. Donc là dessus, on va laisser vraiment aux spécialistes de pouvoir, de départager, parce qu’on est tous, des gens, enfin, hormis ces personnes qui vivent avec et qui sont soignées ici en Europe, qui peuvent quand même, nous dire bien des choses, pour nous en tant que personnes séronégatives, et vous, en tant qu’artistes, c’est très difficile de débattre de ça parce qu’on n’a aucun médecin avec nous. Néanmoins, je demanderai justement à Ras Naya, toi, depuis que tu as quitté l’Afrique, ça fait combien de temps et le VIH en Afrique, est-ce que tu l’as vécu là-bas, par rapport à tes proches ou bien c’est plus ici que tu en entends parler ?
Ras Naya : Chez moi, le VIH est vraiment présent. J’ai joué les concerts pour aider les familles qui ont perdu de la famille à cause du VIH. Ce n’est pas quelque chose de nouveau pour moi, j’ai assisté même, j’ai sorti mon premier album, il y a un morceau je l’appelle Attention. Je disais aux gens pour la jeunesse, de se protéger.
Ousmane : Dites-moi, de vous deux, combien de copines vous avez eu dans votre vie ?
Kaya Manga : J’en ai eu une en Afrique et une ici.
Ousmane : Et Naya ?
Ras Naya : Moi j’ai été marié pendant des années, depuis l’âge de 24 ans.
Ousmane : Avez-vous fait vos tests ou pas ?
Ras Naya : Bien sûr.
Kaya Manga : Chaque année.
Ras Naya : Chaque année, tu sais, pour nous les artistes, tu ne sais pas où ça arrive.
Ousmane : Alpha Blondy, qu’on a interviewé une fois, disait qu’il était le président des syndicats des coureurs de jupons, et lui aussi fait du reggae, tout comme vous, est-ce que vous pensez que c’est vérifier, que tous les rastaman soient aussi coureurs de jupons ?
Kaya Manga : Oui mais tu sais Alpha, c’est un musicien, ce n’est pas vraiment un reggaeman en fait. Il fait la musique, il fait du reggae quoi. Même la deuxième fois, le morceau qu’il a fait, vuvuzela. C’est bien, ça parle du sida. Mais, il ne faut pas le mélanger avec l’esprit rasta, ça n’a rien à voir. C’est sa manière de vivre à lui.
Ousmane : Kaya, toi, tu as déjà fait une chanson sur le VIH ?
Kaya Manga : Ca vient sur mon prochain album que j’ai dédié à notre président. Au lieu de construire des monuments et des châteaux, il faut s’occuper de la nation qui meurt du sida et de la souffrance de notre nation.
Ras Naya : Et les enfants de la honte, qui mangent dans les poubelles. On est concerné avec beaucoup de choses mon frère. Ce n’est pas juste le sida qui nous fait saigner chez nous aussi. Nous, les artistes, on a une hyper mission et j’espère qu’on va y arriver, pour aider les enfants.
Ousmane : Tous les deux, vous serez en concert, à FPP part en live, c’est le festival organisé par la radio FPP. Vous pouvez nous donner un peu plus d’informations ?
Kaya Manga : Ca se passe le 30 septembre. Ils nous ont invité en fait, c’est pour le soutien à la radio. Vous savez, c’est une radio associative. Je pense que, tout ce qui est associatif, il faut en tant qu’artiste participer si tu as le temps ou si tu as des moyens. Sinon on n’attend pas après le système quoi.
Ousmane : Justement, en parlant d’association et manifestation, le Comité des familles organise justement le Méga Couscous des familles en 2012. Pensez-vous que si le Comité vous demandait de venir jouer justement pour ces familles touchées par le VIH, que diriez-vous ?
Kaya Manga : Avec un immense plaisir. Je pense que, notre contribution fera toujours faire augmenter, soit dans la recherche ou dans un autre domaine.
Ousmane : Histoire oubliée, tu peux nous en dire plus ?
Kaya Manga : Oui, je l’ai dédié, au départ c’était mon père, je l’ai dédié aux tirailleurs sénégalais en fait, mon père aussi était tirailleur. C’est une histoire qui est quelque fois oubliée, j’ai rendu hommage à eux. J’ai écrit un album, et un morceau qui s’appelle histoire oubliée. C’est une histoire française et une histoire africaine. Je voulais un peu éduquer la jeunesse avec, parce que, on n’a pas encore de livre à l’école qui éduque la jeunesse soit ici, soit en Afrique, qui explique, qu’est-ce que le tirailleur ? Dans quoi ils ont participé ? Dans quoi ils ont contribué pour avoir la paix dans ce monde.
Transcription : Sandra JEAN-PIERRE
